Mémoires de M. Linsolas
LE SIEGE DE LYON 197
Le tribunal qui jugea Chalier établit nettement que le misérable était un agent du Comité révolutionnaire de Paris. Bottin, curé constitutionnel de Saint-Just, faisait partie du complot. Toute sa correspondance avait été saisie. Thonion, un faiseur de bas de Lyon qui était allé à Paris prendre le mot d'ordre, écrivait à Bottin : « Je pense que vous allez suivre l'exemple de Paris et, à son instar, vous formerez un Comité central, à la Commune, que vous chargerez de pouvoirs suffisants pour protéger l'insurrection. » Bottin répondait : « On attend de jour en jour une explosion. Fasse le Ciel qu'elle soit heureuse ! C'est à la capitale cà nous donner l'exemple... Mais ne hâtez rien, ne précipitez rieii, prenez des mesures sûres et réfléchies. Je crois que la commotion se fera sentir à Lyon plus fortement qu'ailleurs. Mon cher ami, écrivez-moi souvent, entrez avec moi dans les plus petits détails ; ne me cachez rien de vos projets et de vos espérances. Tout intéresse quand on est dans le péril et qu'on aime sa patrie. » — Nouvelle lettre de Thonion à Bottin : « Citoyens, les aristocrates ne sont qu'étourdis et ne sont pas morts : veillez et combattez. Point de milieu; tout parti modéré nous perdra. Faites, comme à Paris, une administration centrale qui sera composée d'un nombre de citoyens que vous nommerez dans chaque section. Devant cette administration devront s'anéantir toutes les autres autorités constituées : cette même administration établira un jury et des juges pour juger tous les coupables de votre ville \ »
Chalier eut-il des intelligences avec les princes émigrés ? La chose paraît assez peu vraisemblable. Toutefois une lettre compromettante fut trouvée dans ses papiers. Elle portait en substance : « Courage, Chalier, n'épargnez ni le sang, ni l'argent, et comptez que les Princes reconnaîtront vos services. » Quoi qu'il en soit, Lamourette, devant ses juges, fit usage de cette lettre pour établir qu'il avait eu raison de conclure « qu'il existait un système de subversion et d'anarchie excité et soudoyé par les princes émigrés, et que les entreprises de la Municipalité et de quelques membres du Club central n'étaient qu'une branche d'une grande trame ourdie par les contre-révolutionnaires du dedans et du dehors pour ramener l'ancien gouverne-