‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 112 sur 191 · I. Souvenirs, p · texte numérisé non relu

I. Souvenirs, p

Le surlendemain du massacre, Achard, agent national, écrivait à Gravier de Paris : « Frère et ami, encore des têtes et chaque jour des têtes tombent ! Quelles délices tu aurais goûtées si tu eusses vu avant-hier cette justice nationale de 209 scélérats ! Quelle majesté ! Quel ton imposant ! Tout édifiait. Combien de grands coquins ont, ce jour-là, mordu la poussière dans l'arène des Brotteaux ! Quel ciment pour la République ! Encore deux fois autant, sans doute, et puis.... ça ira ' ! » Les prévisions devaient être dépassées.

Le 8 décembre (i8 frimaire), soixante-sept condamnés furent foudroyés aux Brotteaux et six furent guillotinés. Après la tuerie, on jetait au Rhône les cadavres des victimes. Les riverains se plaignirent. Aux graviers d'Ivours cent quarante cadavres durent être relevés et ensevelis ^.

Le 9 décembre, alors que treize victimes gravissaient les marches de l'échafaud, avait lieu un banquet patriotique où vinrent s'asseoir des jacobins de marque. On vida, dans une casserole figurant la coupe de l'égalité, trois pintes de vin rouge, et Dorfeuille, debout, s'écria : « Voilà le sang des rois. Républicains, buvons ! » Le vase circula, dit le chroniqueur du Journal de Commune Affranchie, « et chaque bouche empressée, avide, croyait, en buvant cette liqueur, dessécher les veines des tyrans de l'Europe. Dans cette extase patriotique, tous les convives ont regretté que de pareils festins ne fussent pas plus souvent à l'ordre du jour K » Mais la mort fauchait si vite que les victimes allaient manquer. Il était urgent de remplir à nouveau « la mauvaise cave ». A cette fin, la Commission révolutionnaire somma les sections « de lui fournir sans délai — le moindre serait un crime envers la justice nationale — l'état nominal de tous les contre-révolutionnaires ou présumés tels, des conspirateurs, enfin de tous les ennemis du peuple, détenus dans les prisons ou maisons d'arrêt ». L'état devait contenir, dans une colonne d'observations, les motifs d'arrestation et les renseignements qui pouvaient assurer la juste punition des coupables et le brisement des fers des innocents 'K De nouvelles visites domiciliaires, destinées à peupler les prisons, furent ordonnées.

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