Guillon, Martyrs, III
4. Noies Instoriques sur h séminaire Saint-Irénée, 4e fiiscicule, p. 373. Yvi'S-Alcxundre de Mmbeuf. i6
que les dix-neuf élèves du séminaire s'étaient mutinés. Le maire de Lyon chasse tous les séminaristes. L'évêque et la Municipalité, ayant reconnu l'erreur commise, rouvrent le séminaire. Mais Aymard ne veut pas endosser les gaspillages de François Jolyclerc ; il exige du Directoire une vérification de l'état de la maison. La commission nommée vint au séminaire, le 23 juillet, et fit un rapport lequel constate que le séminaire ne compte plus que le supérieur, Aymard, Girardot nouvel économe, et six pensionnaires. Le Directoire décida alors de réunir ensemble les séminaires Saint-Charles et Saint- Irénée, et il leur assigna le local de la Manécanterie. La lutte avec les Jolyclerc ne fut pas terminée pour cela. On se battit à coups de Mémoires. Pour mettre fin au scandale, Lamourette envoya provisoirement Aymard à Montbrison. Celui-ci revint bientôt au séminaire où la lutte continua plus ardente. Enfin, au mois de juillet 1793, avec l'appui des Tribunaux des Districts, Aymard fut destitué par l'évêque. Il se vengea par un appel à un synode qui serait composé de tous les curés du département.
Après le siège, le 28 octobre, Aymard demande à faire partie du club des Jacobins. C'est son histoire qu'il va leur raconter. « Citoyens, frères et amis : Eussiez-vous jamais pu croire que Tévêque Lamourette, qui n'était autrefois qu'un vrai sans-culotte, ne voulût avoir cependant, dans son séminaire, que des muscadins, et que ses seize grands vicaires métropolitains, éblouis de se voir, de chétifs pauvres enfants de chœur qu'ils étaient auparavant, la plupart, devenus comme comtes de Lyon, ne voulussent admettre aux ordres sacrés que les enfants des gens qu'ils appellent comme il faut} C'est ce que je suis, moi, supérieur du séminaire constitutionnel du département du Rhône, en état de vous prouver. Mais, citoyens, ce qui vous étonnera peut-être davantage, c'est qu'après vingt ans de services dans l'instruction publique, après avoir été successivement, supérieur du séminaire Saint-Charles, supérieur des dix-huit écoles de pauvres de Lyon, et supérieur enfin du séminaire constitutionnel de la Métropole, l'évêque et ses vicaires m'aient destitué de ma place, après le 29 mai, parce que j'étais ami de Chalier et de Bertrand, que j'étais un anarchiste, un partisan du meurtre et du pillage, et qu'ils aient fait confirmer leur acte de destitution par une sentence du même tribunal contre-révolutionnaire qui avait égorgé
OU proscrit tous les héros du sans-culottisme. Aussitôt un vicaire (Je la Métropole, mon dénonciateur, Brun, nommé pour me remplacer, m'écrit, au nom de Tévêque, de sortir sur-le-champ du séminaire et d'aller chercher mon pain ailleurs. Bourdelin, commissaire national, m'envoie un huissier à face terrible, Neyrod, me signifier de par la Nation, la Loi et la Justice, de vider et rendre libre, sur le champ, l'appartement que j'occupe au séminaire, à défiiut de quoi on fera mettre mes meubles sur le carreau. Ainsi, après vingt ans de services, jeté à la rue, obligé de demander l'aumône, n'ayant où reposer la tête, je cherche à sortir de la ville pour implorer l'humanité des habitants de la campagne. Mais le commandant du bataillon de Saône, nommé Chevalier, de garde aux portes Perrache, m'arrête, me fait conduire par six fusiliers au comité de sûreté générale comme un conspirateur et, par une inconséquence singulière, sans doute pour me conduire au désespoir, on me met les armes à la main et on me pousse en avant. Mais la déesse de la Liberté veille sur moi, me couvre de son égide et, pendant la nuit, m'ouvre elle-même un passage pour sortir de cette ville et n'y rentrer qu'avec l'armée de la République. Nos bons républicains, Laporte, Couthon, Maignet, Chateauneuf-Randon, me réintégrèrent par un arrêté qui est consigné dans les registres du district de la campagne de Lyon. Le citoyen Javogues, en me voyant, m'embrasse et, pour me consoler, me dit qu'une si horrible persécution est le plus beau de mes titres. Je vous prie, citoyens, frères et amis, d'y ajouter celui de jacobin. » La pièce est signée : « Aymard, supérieur du séminaire des sans-culottes du département de Rhône-et- Loire... ^ »
Quelques jours après, 12 novembre, Aymard dénonce Girardot économe, et Brun supérieur du séminaire, comme ayant « introduit pendant le siège un grand nombre d'aristocrates rebelles dans le séminaire », leur avoir fourni « des appartements, lits, draps », et même avoir délivré beaucoup d'objets mobiliers à destination des casernes des soldats révoltés.
Comment ce parfait jacobin était-il venu échouer, le 7 décembre (17 frimaire), dans les prisons de l'Hôtel de Ville ? Le procès-verbal