Archives départementales, dossiers personnels
2. Dans le tableau général des prêtres du diocèse de Lyon (ler vendémiaire 1802), on lit : Aymard, cx-joséphistc, jureur, schismatique, apostat, marié, demeurant à Lvon.
sacerdotales faites jusqu'à ce jour; les autres seront envoyées décade par décade.
Un grand nombre d'ecclésiastiques préférèrent la mort à l'apostasie. Hélas ! d'autres^ presque tous les constitutionnels ardents, n'hésitèrent pas à sacrifier leur honneur sacerdotal par découragement ou par terreur. C'est l'heure la plus douloureuse.
A Lyon les abdications commencent vers le 28 brumaire : Molin, Ange-Lamourette, Antoine Flachat, Guy, Ponson, Brun, Nicolas Jolyclerc, Aymard, Bret, Doutre, Renaud, J.-B. Bernardet, Lassausse, Lunaud, Lemontey, tous vicaires métropolitains, abdiquent sans hésiter; Charrier de la Roche, le curé de Saint-Paul (Colomb), le curé d'Ainay (Gobert), le curé de Saint-Nizier (Fr. Jolyclerc), le curé de Saint-Pothin (Dunand), le curé de Saint-Just (Bottin), le curé de Saint-Louis (Chazette), le curé de Vaise (Salicis), ont fait de même, ainsi que bon nombre de vicaires et de religieux \ La liste de Lyon renferme cent soixante-trois noms. L'un des abdicataires, Giraud, est signalé comme s'étant rétracté. Si, à ce total, nous joignons, d'après les indications puisées aux Archives nationales, le chiffre maximum de cent autres abdicataires, nous arriverons à un total de deux cent soixante-trois. Dans le nombre nous comprenons les Ustes de Saint-Etienne et de Villefranche.
I. Nos Archives ont conservé l'abdication des deux Jolyclerc. « (28 brumaire, an II.)Citoyens : Deux frères, plus unis encore par les liens et la conformité du patriotisme que par le sang, déposent à vos pieds une offrande que leur paraît solliciter en ce moment la voix de la patrie. L'un avait été appelé par le vœu de ses concitoyens à la cure de Saint-Nizier, dans cette ville ; l'autre a été vicaire épiscopal. Ils abdiquent l'un et l'autre ces emplois qui ne leur étaient chers que parce qu'ils les mettaient à même d'être utiles à leurs frères. De concert ils se vouent à l'état unique et isolé de citoyens français. Affaiblis par l'âge, ils voudraient encore pouvoir présenter leur première force à l'utilité commune. Il ne leur en reste que pour labourer un champ ; l'état de cultivateur peut encore s'accorder avec leur vue altérée par leurs travaux primitifs et fournir à leur subsistance. Daignez, citoyens, protéger leur plan et leur permettre de se rendre dans une maison rustique que leur mère possède à six lieues de Ville-Affranchie, commune de Saint-Laurent-de-Chamousset. Les habitants de cette montagne, que leur retraite de Lyon pendant le siège a si puissamment édifiés, ne le seront pas moins de leur nouveau genre de vie. Les hymnes de la nature, de la patrie et de l'Éternel, s'allient trop bien pour qu'ils puissent rougir de les mêler dans leurs chants. Puissent leurs sueurs restaurer (sic) en quelque manière le sol français de l'éloignement de tant de braves colons que le zèle et la valeur font voler aux frontières », Cette pièce est précieuse ; elle montre que les Jolyclerc abandonnèrent simplement l'évêque constitutionnel, Lamourette, à l'heure du danger.
Le chiffre est d'ailleurs assez tristement éloquent par lui-même. Toutefois, il faut encore ajouter à cette énumération, le nom du curé constitutionnel de la Guillotière (Menu), duquel un auteur a pu dire avec raison : « Dans le crime et l'ignominie, cet apostat n'allait être surpassé par personne. » En qualité de lieutenant de Vauquoy, il désola le département de l'Isère, se saisit des prêtres et pilla les églises. Las de toutes ces horreurs, le district de la Tourdu-Pin dénonça Vauquoy et sa bande ; Vauquoy et Menu furent conduits à Paris. Le premier fut condamné à mort et le second relaxé.
L'abdication, c'est-à-dire la promesse de ne plus faire aucune fonction ecclésiastique, s'appela, dans le populaire, déprêtrisation ; ce ne fut au fond qu'une lâcheté. Les traditeurs de lettres de prêtrise furent plus criminels que les simples abdicataires. Les malheureux qui signèrent la formule d'Albitte devinrent seuls des apostats notoires. Ils furent hélas! très nombreux dans le département de l'Ain, alors encore du diocèse de Lyon. Trois cent vingt-quatre religieux ou prêtres ne craignirent pas de souscrire l'exécrable formule.
La terrible année 1793 devait se clore par un abus de pouvoir effrayant : les annales de la Révolution n'offrent pas d'exemple d'un fait aussi monstrueux. Trente-deux suspects de Moulins, envoyés irrégulièrement à la Commission révolutionnaire de Lyon, furent condamnés par elle et subirent la mort. Aucun des faits déclarés contre eux n'était établi : ils avaient tous été incarcérés avant la révolte lyonnaise. En les dirigeant sur Lyon, on les avait fait accompagner d'une lettre au procureur : « Nous avons fait partir pour Commune-Affranchie trente-deux coquins, qui peuvent passer, malgré tout ce qu'ils pourront dire d'astucieux, pour W quintessence et Je sublime de V aristocratie de notre département. Fais-les donc participer à l'honneur de la grande fusillade. . . Ne te jette pas dans le labyrinthe des formes : il ne faut pas de preuves matérielles pour une Commission à qui la preuve morale doit suffire. » En vain les malheureux suspects protestèrent-ils de leur innocence. Leur supplique fut renvoyée au Comité de surveillance de Moulins, qui se contenta de répondre : « que si les pièces envoyées à la Commission temporaire ne pouvaient fournir des preuves assez matérielles pour faire
tomber les têtes, on invitait et sollicitait les Représentants « à prendre Ion les les mesures révolutionnaires que leur prndence jugerait nécessaires ». Les mesures révolutionnaires furent tôt prises et les trente-deux innocents allèrent à la mort.
Le diocèse s'organisait lentement.
M. de Marbeuf, dans sa lettre du i'^'' janvier 1794, autorisa M. Linsolas à se choisir des aides et à leur déclarer qu'ils auraient les pouvoirs de vicaires généraux. Celui-ci pourrait toutefois restreindre ou étendre ces pouvoirs selon qu'il le jugerait nécessaire. M. Linsolas choisit : M. Farge (Fégar), curé de Saint-Bonnet-le-Château, pour le Forez, une partie des arrondissements de Roanne et de Montbrison exceptée; M. Billiet pour les montagnes du Lyonnais, une partie du Roannais, et le Beaujolais ressortant de la juridiction de l'Archevêque; M. Ruivet (Circular) pour la Bresse, le Bugey et la Dombes. Ces Messieurs eurent le titre de zicaires généraux forains, sous lequel, bien que leurs pouvoirs fussent pour tout le diocèse, ils devaient administrer spécialement le territoire qui leur était assigné. Dans l'intention de l'Archevêque, les affaires importantes de l'arrondissement devaient être, avec un avis motivé, adressées au Conseil archiépiscopal séant à L3^on. Peu après, M. Linsolas, pour entrer totalement dans les vues de M. de Marbeuf, appela encore au Conseil l'abbé Dupleix, ancien jésuite, particulièrement estimé de M. de Marbeuf. Malheureusement M. Dupleix ne garda que quelques jours le titre de vicaire général : l'occasion de raconter son martyre se présentera bientôt.
A la date du 7 janvier 1794, 18 nivôse, un arrêté émanant des Représentants du Peuple anéantit les derniers signes religieux qui subsistaient encore : « Considérant que le peuple français ne peut reconnaître d'autres signes religieux que ceux de la Loi, de la justice et de la liberté, d'autre culte que celui de la raison publique et de la morale universelle, d'autre dogme que celui de sa souveraineté et de sa toute-puissance; — considérant que si, au moment où la République vient de déclarer solennellement qu'elle accorde une protection égale à l'exercice des cultes de toutes les religions, il était permis à tous les sectaires d'établir sur les places publiques, sur les routes,
dans les rues, les enseignes de leurs sectes particulières, d'y célébrer leurs cérémonies religieuses, de les annoncer au son des cloches ou autres instruments quelconques, il s'ensuivrait de la confusion et du désordre dans la société, — arrêtent ce qui suit :
I. Tous les cultes des diverses religions ne pourront être exercés que dans leurs temples respectifs.
IL La République ne reconnaissant point de culte dominant ou privilégié, toutes les enseignes religieuses qui se trouvent sur les routes, sur les places, et généralement dans les lieux publics, seront anéanties; les cloches seront brisées et envoyées aux fonderies de canons.
IIL II est défendu sous peine de réclusion à tous les ministres, à tous les prêtres, de paraître, ailleurs que dans leurs temples, avec leurs costumes religieux .
IV. Dans chaque municipalité tous les citoyens morts, de quelque secte qu'ils soient, seront conduits, 24 heures après le décès, 48 en cas de mort subite, au lieu destiné pour la sépulture commune, couverts d'un voile funèbre sur lequel sera peint le Sommeil, accompagnés d'un officier public, entourés de leurs amis revêtus de deuil, et d'un détachement de leurs frères d'armes.
V. Le lieu où leurs cendres reposeront sera isolé de toute habitation et planté d'arbres sous l'ombre desquels s'élèvera une statue représentant le Sommeil. Tous les autres signes seront détruits.
VL On lira sur la porte de ce champ, consacré par un respect religieux aux mânes des morts, cette inscription : La mort est un sommeil éternel.
VIL Tous ceux qui, après la mort, seront jugés par les citoyens de leur commune avoir bien mérité de la patrie, auront sur leur tombe une pierre figurée en couronne de chêne.
VIII. Le présent arrêté sera imprimé, lu, publié et affiché dans toute l'étendue des départements environnants, adressé à tous les districts qui le feront parvenir à tous les conseils généraux des communes. Tous les ci-devant prêtres, tous les ci-devant nobles, sont responsables des obstacles qui pourraient être apportés à son exécution ' ».