I. Jouniaî de Rhône-et-Loin\ p
sur la dénonciation de son ancien supérieur, Aymard, qu'il avait jadis défendu contre les Jolyclerc. Accusé d*avoir fourni des draps, des matelas, pendant le siège, Girardot dut établir qu'il s'était soumis à des réquisitions auxquelles il ne pouvait s'opposer; du tout il avait demandé des reçus réguliers qu'il présenta. On le relâcha. Mais il ne tardera pas à revenir dans les prisons.
Les exécutions qui avaient lieu aux Brotteaux attiraient la lie de la populace. Des groupes de mégères s'y donnaient rendez-vous pour le plaisir de voir couler le sang et contempler les derniers spasmes des victimes. La cruauté toutefois et la curiosité n'étaient pas seules à attirer la foule à un horrible spectacle : l'appât de quelque misérable gain fut trop souvent la principale cause de cette affluence. Quand les soldats exécuteurs avaient plus ou moins imparfaitement terminé leur œuvre, les femmes se précipitaient sur le champ de carnage pour dépouiller les corps des suppliciés. Le général commandant la place, quoique jacobin et soldat, fut révolté de la scène d'horreur dont il fut témoin à l'issue de l'exécution du 3 février. Il fit afficher le lendemain, sur les murs de la ville, un ordre du jour énergique pour flétrir de semblables excès. Voici l'ordre du jour tel qu'il fut communiqué aux rédacteurs du Journal :
« Républicains : une scène révoltante a eu lieu hier aux Brotteaux après l'exécution des rebelles. Des femmes, des enfants, oubliant la décence et le respect dû aux mœurs, se sont permis de dépouiller les cadavres des suppliciés pour se partager les lambeaux sanglants qui les enveloppaient . Ce spectacle dégoûtant a indigné toutes les âmes honnêtes et pudiques. Oublient-elles donc, ces nouvelles Euménides, que de telles licences sont incompatibles avec l'austérité républicaine, et que la modestie est la première des vertus de leur sexe ? Femmes de Commune-Aflranchie, est-ce ainsi que vous élevez vos enfants? Est-ce ainsi que vous respectez leur innocence? Ah! si vous croyez par là nous montrer votre patriotisme, certes, vous êtes dans l'erreur. Cette conduite, indigne de votre sexe, ne fait que nous persuader que votre ville infâme était le réceptacle de tous les vices. Voyez d'un œil sec la punition des coupables; vous le pouvez^ vous le devez même; mais rougissez de vous être avilies à ce point, et sachez à l'avenir respecter votre dignité, votre pudeur. Signé : Declaye. »
Les serments se multipliaient. La loi en avait déjà requis trois différents : 1° le serment de garder la Constitution civile du clergé; 2° celui de libercé-égalité; 3° le serment de vivre et de mourir en bon républicain. Les deux derniers serments pleins de sous-entendus, et au fond assez grossiers pastiches du premier, avaient été repoussés par les vrais fidèles et par leurs prêtres. Mais il arrivait que souvent les municipalités, dans le désir de pacifier ou de faire, en les trompant, céder les catholiques, inventaient de nouvelles formules à souscrire. Pouvait-on accepter la formule amendée? Devait-on la repousser? La porte était ouverte à de pénibles discussions, à des suspicions, même à des troubles graves de conscience.
En face d'un tel état de chose le Conseil archiépiscopal dut intervenir. « Il recommanda aux fidèles, et à ceux qui avaient mission de les diriger, de s'abstenir de prêter aucun serment jusqu'à ce que l'autorité spirituelle ait déclaré ce serment licite. S'il arrivait cependant qu'avant la décision de l'autorité quelques fidèles ou quelques prêtres se soient vus forcés, pour des raisons très graves et très urgentes, d'en prêter dont la formule leur ait paru ne rien contenir d'illicite, le Conseil précisait qu'il faudrait lui en donner incessamment avis. »