‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 122 sur 191 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

MARTYRS ET RENEGATS

Françoise Michallot. — J.-M. Grumct. — Des qualifications à donner aux victimes. — Supplice de M. Dupleix, vicaire général de M. de Marbeuf. — La fête de l'Égalité. — M. Bruyère, vicaire général, guillotiné à Feurs. — Ecclésiastiques et

religieux condamnés à mort.

Dans la journée du ii février (22 pluviôse), mourut sur l'échafaud une vaillante chrétienne, Françoise Michallet, âgée de trentequatre ans, condamnée comme « fanatique, recalant les prêtres réfractàires et faisant dire la messe che^ elle ». Sœur de M"'*' Loras, Françoise Michallet, marchande, place Saint-Nizier^ rendit de grands services aux catholiques durant la persécution. Dès 1788, bien avant d'être nommé vicaire général, M. Linsolas avait fondé une société de demoiselles pieuses, appartenant à des familles honnêtes et franchement chrétiennes. Il donna à cette société un règlement qu'il adapta à la situation difficile qu'il présumait devoir être bientôt faite à l'Eglise, en France. Les associées étaient peu nombreuses, mais chacune devait s'affilier secrètement quatre ou cinq parentes ou amies pour les porter à la pratique de la vertu, principalement à la charité envers les pauvres. M. Linsolas put bientôt utiliser leur dévouement : il leur donna pour mission de travailler à éloigner du schisme les personnes qu'on cherchait à séduire, et à retirer celles qui avaient eu le malheur de s'y laisser entraîner. Pour arriver à cette fin, il procurait à la société de nombreux exemplaires des brochures orthodoxes opposées aux faux principes de l'église constitutionnelle. Les brochures étaient répandues dans les familles par les soins de ces pieuses demoiselles.

Françoise Michallet fut l'âme de la petite société; son zèle ne tarda pas à la désigner aux fureurs jacobines.

M. Linsolas, emprisonné à Pierre-Scyse après l'émeute de Saint- Nizier, résolut d'utiliser ses loisirs et composa une Instnictim aux catholiques de France-, il la fit distribuer par les associées et affiliées.

Trahie par une indiscrétion, Françoise Michallet, qui en avait le dépôt, vit un jour des commissaires entrer chez elle : on put saisir, dans sa chambre, une centaine d'exemplaires. La vaillante chrétienne, Jeanne, sa troisième sœur, qui « pour rendre hommage à la vérité » avait tout avoué, et d'autres femmes coupables du même délit, furent jetées dans les prisons de l'Hôtel de Ville; on les relâcha après quelques jours d'incarcération. La prison, dans laquelle avait été enfermée Françoise Michallet, était malsaine ; aussi, quand elle en sortit, fut-elle très malade. Dieu la préparait ainsi par la souffrance et un état de langueur très pénible à recevoir la couronne du martyre. Au lieu de se plaindre, Françoise redoubla de mortification, se privant de tout ce qui lui plaisait, couchant sur la dure, ayant un fagot de sarments pour traversin, cela si discrètement que ni sa sœur, ni la demoiselle de magasin, ni la servante ne s'en aperçurent. Obligée par son directeur de cesser ces mortifications, bien qu'avec regret, elle se soumit.

M. Linsolas, devenu vicaire général, demanda aux chrétiennes qu'il dirigeait les actes les plus héroïques. Il partagea les associées et affiliées en trois classes. Celles de la première classe allaient dans les prisons visiter et assister les religieuses et les femmes fidèles, s'informant des besoins et distribuant les aumônes; elles se chargeaient encore — et en cela elles coururent de réels dangers — de remettre les lettres de direction au vicaire général et de rapporter ses réponses. Les associées de la seconde catégorie visitaient les malades à l'Hôtel-Dieu, elles leur procuraient les secours matériels et spirituels en conduisant des prêtres catholiques au chevet des moribonds. Les associées de la troisième classe étaient chargées de faire, dans les divers quartiers de la ville, le catéchisme aux jeunes filles, à celles surtout qu'on devait préparer à la première communion. Elles se présentaient aux prêtres, munies d'une autorisation au sceau de M. de Marbeuf; le prêtre indiquait le lieu où il fiillait conduire les enfants pour qu'ils reçussent les sacrements de pénitence et d'eucharistie. En 1794, M. Linsolas compléta cette organisation en procurant par les associées et affiliées, de quinze jours en quinze

MARTYRS ET RHNKGATS 255

jours, des provisions à près de trois cents religieuses demeurées sans ressources à la suite de la dispersion.

M"*" Michallet était alors pour la seconde "fois en prison. Elle avait été arrêtée le 14 novembre (24 brum.) : « Nous membres du comité révolutionnaire de Saint-Nizier, d'après les ordres donnés par le comité de surveillance générale d'arrêter toutes les personnes suspectes, nous nous sommes transportés dans le domicile de la citoyenne Michallet, place Saint-Nizier 129, fanatique, recevant des prêtres et soupçonnée de faire dire des messes che^ elle, et nous nous sommes assurés de sa personne '. » Sa sœur Jeanne, arrêtée en même temps, put s'échapper des mains des commissaires. Elle passa en Suisse, d'où elle ne revint qu'après la Terreur.

M"^ Michallet retrouva, dans le cachot, son amie M"^^ Gagnière et M'^'^ Potteaux. Elle écrivait à son confesseur : « Mon interrogatoire n'a roulé que sur des choses indifférentes... Je n'étais pas sans doute digne du martyre puisque j'ai été interrogée entre mes deux amies qui ont eu le bonheur d'aller posséder éternellement Celui qu'elles désiraient avec une si vive ardeur. Je me console par l'espérance que, tôt ou tard, je recevrai la couronne... Je partage mon temps entre le recueillement, la prière vocale et mentale, le travail, et l'instruction que je fais cà quelques prisonniers. » Transférée dans la prison de Roanne, elle se hâta d'écrire ci son confesseur : « L'on m'a transférée à Roanne le vendredi. Je me suis réjouie de me voir traitée, dans ce jour, comme mon divin Époux qu'on conduisait, au milieu des huées, de tribunal en tribunal. Nous avons eu d'autant plus de ressemblance avec Lui, que ceux mêmes qui nous conduisaient nous accablaient d'invectives. Si Dieu veut que je sois mise en liberté, ce que je suis loin de désirer, mon premier soin sera de saluer ces terres (les Terreaux) arrosées par le sang de tant de martyrs et de me mettre sous leur protection. »

De Roanne, elle passa à Saint-Joseph, puis aux Recluses. Dans chacune de ces prisons elle fut un objet d'édification par ses discours et ses exemples. Inlassable, elle disposa plusieurs prisonniers à faire le sacrifice de leur vie, elle en ramena plusieurs à Dieu. Quand elle avait conquis une âme par sa douceur et son autorité, elle avertis-

Page 1