‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 123 sur 191 · I. Arch. du Rhône, doss. personnels · texte numérisé non relu

I. Arch. du Rhône, doss. personnels

sait un des prêtres prisonniers. S'il n'y avait pas de prêtre, elle se chargeait d'en faire venir du dehors, et elle s'y prit toujours si adroitement qu'aucun des ecclésiastiques qui répondirent à son appel ne fut arrêté.

Durant sa longue captivité, Françoise Michallet demeura soumise à la volonté de Dieu, toujours égale dans son caractère et son humeur, soupirant même après le martyre. Elle écrivit à quelqu'un qui s'employait pour sa délivrance : « Si le moyen que tu prendras pour me rendre la liberté, sans que ma conscience soit compromise en rien, ne réussit pas, je te prie, en grâce, de ne pas te chagriner. Je regarde mon cachot comme un Heu de délices puisque j'y suis par la volonté de mon divin Epoux qui m'y prodigue une abondance de grâces. Je ne veux en sortir qu'autant que ce sera son plaisir et pour sa gloire. » Ecrivant à la même personne, elle montre que toute sa pensée est au Ciel : « Encore quelques instants, et notre cœur n'aura d'autre occupation que de contempler Dieu pendant toute l'éternité et d'être consumé d'amour pour lui! Encore quelques instants, et nos larmes se changeront en joies ! O brillant séjour de mon Epoux, quand aurons-nous le bonheur de t'habiter! Quand quitterons-nous cette terre de malédiction et de mort, cette terre d'où la vertu semble bannie, où le vice triomphe ! O mort, que tu parais douce à un cœur qui ne soupire que pour son Dieu! »

Et puisque la voie du martyre est la plus courte et la plus sûre, notre prisonnière a un ardent désir de confesser sa foi. Elle le confie au guide de son âme : « J'ai un grand attrait pour le martyre, mais je n'ose m'y livrer, ma corruption et ma misère me rendant trop indigne de cette faveur singuUère. Comme une enfant soumise, je me conformerai à tout ce qu'il plaira à Dieu de me faire connaître par votre volonté. » La réponse ayant été « qu'il fallait suivre cet attrait », la chrétienne se prépara au martyre par des oraisons plus longues, un recueillement intérieur plus profond, et par la pénitence. Le grand amour qu'elle avait eu toute sa vie pour la pureté lui fit désirer de se consacrer à Dieu, par le vœ^u de virginité, d'une manière définitive. Elle écrivit à son directeur : « Depuis 15 jours surtout j'ai un pressentiment que j'aurai le bonheur de mourir pour ma foi, tout indigne que j'en suis. Je désirerais remporter la double

MARJVRS ET KHNEGATS

couronne. Je serais heureuse si vous vouliez m'accorder de renouveler le vœu de virginité dans le cas que je fusse condamnée à mort : ce serait une grande fiiveur pour moi d'être consacrée à Dieu d'une manière si particulière dans le dernier instant, d'être l'épouse de Jésus-Christ ». La faveur ayant été accordée, l'âme de la prisonnière se trouva remplie de consolations.

Peu de jours après, M"" Michallet fut conduite à l'Hôtel de Ville pour y être interrogée. Un juge, ayant passé dans la chambre où elle se trouvait avec ses compagnes, lui conseilla de mentir : « Niez tout », disait-il. Lorsqu'arriva le tour d'être jugée, Parrein, le président, lui demanda : « Tu es fanatique ? — Je ne suis point fanatique, mais catholique — Tu crois donc à toutes ces momeries, ces rêveries de l'enfer, du paradis ? — Je crois à toutes les vérités que la religion m'enseigne. — Ce n'est pas la réponse de ton catéchisme? — Il serait trop long de te répéter tout le catéchisme. — Tu as bien fait dire la messe chez toi ? — Il faudrait me le prouver. — Ce n'est pas répondre. Oui ou non as-tu fait dire la messe chez toi ? — Citoyen, aucun décret ne le défend. Tu n'as pas le droit de m'interroger à ce sujet. Les opinions sont libres, pourvu qu'on ne trouble pas l'ordre public. — Pourquoi as-tu été arrêtée? — Je ne saurais le dire. »

M'^^ Michallet fut accablée d'injures par quelques-uns de ses juges. Aussi, en rentrant dans son cachot, elle ne se faisait pas illusion.

Le lendemain, jour de décadi, la sortie d'une de ses amies, qui avait confessé la foi, lui donna à penser qu'elle serait aussi relaxée. Mise ensuite en face de la certitude du supplice, notre héroïne eut un moment d'inexprimable angoisse : le Sauveur lui donnait, durant quelques instants, une part au calice de Gethsémani. Mais les terreurs, les dégoûts, les tristesses disparurent bien vite : la grâce triompha de la nature. Sa demoiselle de magasin, qui était venue la visiter, l'entendit, durant la soirée entière, parler des beautés et du prix du sacrifice.

Toutefois cette âme si délicate fut encore traversée par une inquiétude. En songeant aux réponses qu'elle avait faites aux juges, elle eut peur d'avoir dit un mensonge. On lui avait demandé : Pourquoi as-tu été arrêtée?... et elle avait répondu : « Je ne saurais le dire ». Or, elle se rappelait maintenant qu'au moment de son arrestation le

Yves- Alexandre de Marbeuf. ij

commissaire lui avait dit : « Tu es bien fanatique ? » Elle communiqua la crainte à son confesseur qui répondit sur-le-champ « qu'elle pouvait se tenir tranquille ». La prisonnière cessa d'être tourmentée.

On s'accorde à dire qu'avant de sortir du cachot Françoise Michallet, par esprit de pauvreté, distribua ce qu'elle avait dans ses poches; elle alla même jusqu'à quitter ses bas et ses souhers, qu'elle donna pareillement. Un des juges, la voyant marcher nu-pieds au supplice, l'interpella en ces termes : « Pourquoi te déchausser ? — Parce que je suis libre. — Tu t'enrhumeras ? — Ce ne sera pas pour longtemps. » En arrivant au bas de l'échafaud, elle entonna le « Salve Regina » que ses compagnes chantèrent avec elle. Seul, l'abbé Martin, qui fut guillotiné le dernier, l'acheva sur la terre '.

Ainsi mourut notre héroïne lyonnaise. On peut aussi dire d'elle qu'elle fut « mère des martyrs ». La primitive église n'a pas seule de ravissants modèles de vierges « ayant blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau ». Françoise Michallet est vraie sœur des Cécile par sa fierté chrétienne et son apostolat, des Agathe par sa vaillance, des Agnès par sa candeur, et de notre Blandine par sa simplicité.

Pourquoi à de si idéales figures de vierges faut-il opposer — et la vérité le demande — d'horribles portraits ?

Nous voici en face d'un renégat de marque : Jean-Marie Grumet ex-grand-vicaire qui « a pris et fait prendre des arrêtés liherticides à V effet de propager le fédéralisme ». Le personnage est des moins intéressants. Dieu veuille qu'il ait effacé ses fautes par le repentir!

Jean-Marie Grumet faisait partie du convoi envoyé de Bourg à Lyon par le terroriste Albitte. On sait quelle haine satanique ce Représentant du Peuple avait vouée cà l'Eglise et au sacerdoce. Il exigeait des prêtres la plus totale apostasie. La formule qu'il faisait signer, et qu'on appelait vulgairement « l'Albitte », est la plus impie de celles qu'inventa la Terreur :

« Je soussigné, né à. . ., commune de , département de

l'Ain, faisant le métier de prêtre depuis l'an , convaincu des

erreurs par moi longtemps professées, déclare, en présence de la Municipalité, y renoncer à jamais; déclare également rejeter, abdi-

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