I . M. Linsolas, Manuscrit. Actes authentiques
MARTYRS ET RENEGATS 259
qiier et reconnaître comme fausseté, illusion et imposture, tout prétendu caractère et toutes prétendues fonctions de prêtrise, dont j'atteste déposer sur le bureau de la Municipalité tous décrets, titres et lettres. Je jure, en conséquence, devant les magistrats du peuple, duquel je reconnais la toute puissance et la souveraineté, de ne jamais me prévaloir des abus du métier sacerdotal auquel je renonce, de maintenir de toutes mes forces la Liberté et TÉgalité, de vivre et de mourir pour l'affranchissement de la République une, indivisible et démocratique, sous peine d'être déclaré parjure, ennemi du peuple, et traité comme tel ».
M. le chanoine Théloz (Fie de M. Ruivet, p. 80) a écrit : (( Albitte rédigea et fit rédiger par le renégat Gramet, — il faut lire : Griimet — ancien vicaire général du malheureux cardinal de Loménie, devenu d'abord administrateur du département de l'Ain, et, dans le moment, détenu en prison comme fédéraliste, une formule d'apostasie abominable, où le caractère sacerdotal du prêtre était traité d'imposture, les fonctions sacerdotales de ///^7/Vr '. »
« On ne prête qu'aux riches », dit le proverbe. Il ne serait pas téméraire de prétendre que Grumet eût été capable de ce crime. Rien ne prouve toutefois qu'il ait été le rédacteur de V« Albitte ».
Dans un Mémoire, Grumet prend soin de nous livrer ses intimes pensées : « « Avant la Révolution, j'étais un prêtre riche et retiré, mais un prêtre qui avait refusé ce qui eût fait la vanité de tant d'autres, et qui m'étais retiré au moment le plus favorable à mon avancement, un prêtre désabusé dès ma jeunesse des préjugés religieux, amateur des belles-lettres, de la morale naturelle et de la nouvelle philosophie, un riche sans luxe, sans ostentation, n'économisant point, mais donnant chaque année une grande partie de mes revenus. Dès l'aurore de la Liberté, je l'embrassai avec enthousiasme ; j'écrivis, j'imprimai, contre les privilèges des nobles et du clergé. »
Il y a dans ce plaidoyer pro capite de nombreuses et naturelles réticences. Jean-Marie Grumet, qui n'était pas tenu de tout dire à Albitte, se garde de rappeler sa qualité de grand-vicaire. Il faut avouer que le milieu dans lequel il exerça ses hautes fonctions n'était guère propice au développement d'une vertu sacerdotale. Loménie
I. Cattin, Hist. ceci., p. 283, ûvait déjà formulé la même accusation.
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de Brienne qui l'avait choisi comme collaborateur, sur le siège de Toulouse d'abord, sur celui de Sens après, ne put que lui donner de regrettables exemples. Type du prélat ambitieux, Tarchevêque de Toulouse, qui devint avec le temps cardinal et ministre avant de finir évêque constitutionnel, intrigua toute sa vie. Il paraît prouvé qu'il n'avait ni foi, ni réserve.
Laissons continuer l'ex-vicaire général : « La perte de mes revenus me fut, dit-il, à peine sensible. Je vécus en laboureur, aussi heureux, plus heureux qu'auparavant; l'ami des laboureurs, des vignerons mes voisins, l'instituteur gratuit de leurs enfants, l'apôtre journalier de la Révolution. Comme prêtre non salarié, je n'étais point tenu au premier serment prescrit aux seuls ministres du culte : je le prêtai cependant, et mon exemple ne fut pas inutile. »
J.-M. Grumet confia entièrement sa fortune « au vaisseau de la Révolution » . Hélas ! sur ce vaisseau, les factions allaient bientôt se trouver aux prises, et nombre de ceux qui y étaient si joyeusement établis seront jetés à la mer. Tel fut le cas de J.-M. Grumet.
Il avait un oncle octogénaire, curé d'Ambérieu-en-Bugey. L'oncle fit venir son neveu pour qu'il le secondât dans les fonctions pastorales. J.-M. Grumet s'employa surtout à donner de nombreux gages de civisme. Il se plaît ci rappeler que, « lorsque ses frères d'armes ont eu besoin de secours, il a donné sa montre à répétition pour être vendue et leur acheter des souliers ». Tant de générosité le conduisit aux honneurs civiques : il est nommé membre du Directoire de l'Ain. Quelques-uns des arrêtés de ce Directoire ayant déplu aux Représentants du Peuple Reverchon et Petit-Jean, J.-M. Grumet fut destitué le i8 juillet; le 23, il est rétabli dans ses fonctions; le 31 août, il donne sa démission; le 5 septembre, il lui est ordonné de la retirer. Le 25 septembre, il est destitué à nouveau. Pour son malheur, il réclama contre cette destitution. Albitte donna ordre de l'arrêter dans la cure même d'Ambérieu, où il était retourné, et il le fit enfermer, avec la note de (<^ fédéraliste », dans les prisons de Bourg. Que va devenir le malheureux ?
Le 23 brumaire, il rédige en quatre exemplaires un acte de renonciation à la prêtrise, acte qu'il adresse à la Convention, au Directoire de l'Ain, à la municipalité et à la société populaire. La teneur de cet écrit fait frémir :
«Affranchi des préjugés religieux dès les premières études de ma jeunesse, je n'ai été dans le sacerdoce chrétien que le ministre fidèle des principes éternels de la morale commune ci toutes les religions. Ne pouvant détruire ce joug de la superstition, j'ai du moins tâché de l'adoucir. Dans la dernière assemblée du clergé de France, j'ai voté pour la liberté de conscience la plus illimitée. A mesure que la Révolution a détaché quelques anneaux de la vieille chaîne de la superstition, je me suis empressé de m'en dégager. J'étais un prêtre sans fonctions de qui la Loi n'exigeait rien. Eh! bien, sans nécessité, sans intérêt personnel, j'ai prêté tous les serments prescrits aux prêtres salariés, et mon exemple n'a pas été inutile dans cette contrée. Il m'en reste un plus frappant à donner et je n'hésite pas. Il faut enfin que tout Français identifie ses principes et ses discours, sa conduite publique et sa vie privée, comme sa fortune et sa destinée avec celle d'une République uniquement fondée sur les droits et les devoirs de l'homme social. Plus de servitude, plus de superstition, et par conséquent plus de prêtres, plus de Pontifes, plus d'autre culte que celui de la Raison. Que les lois établissent des officiers de m.orale : je m'estimerai heureux d'être appelé à un ministère aussi convenable à mon âge, à mes goûts, à mes études favorites et, j'ose le dire, à mes manies. Quelle douce et sainte philosophie que celle qui ne tendra qu'à affermir les Lois par les mœurs, qu'à faire de vingt-cinq millions de Français un peuple d'amis et de frères! Voilà, voilà la vraie, la bonne religion, la seule que mon cœur ait toujours avouée. Si les ministres de ce nouveau culte doivent donner l'exemple des vertus conjugales, j'espère acquérir bientôt ce nouveau droit à la confiance publique. Mais ne tardons plus à abdiquer un état incompatible avec celui d'homme libre et vrai. Que n'ai-je ici le diplôme sacerdotal qui me fut donné comme un titre à la crédulité populaire? J'en joindrais les lambeaux déchirés à l'abjuration que je fais du nom et de la qualité de prêtre chrétien. Que cette abdication soit consignée dans les registres de la Convention nationale, de ma municipalité, de nos sociétés populaires et de tous les lieux où je suis connu; qu'on lui donne la plus grande publicité. Les fanatiques vont se déchaîner contre moi, que m'importe? Puisse l'exemple d'un prêtre studieux qui, sans croire an christianisme, a fourni une assez longue carrière en faisant aimer et honorer la
vertu, et qui finit par jeter le masque importun dont il était couvert, porter d'autres prêtres à m'imiter. » Signé : J.-M. Grumet. En post-scriptum : « Mes lettres de prêtrise se trouvant sous le scellé, je n'ai pu les remettre; mais celui qui déclare qu'il n'est pas même chrétien est bien éloigné de se croire prêtre. »
L'apostat, en envoyant cette rétractation, comptait que le Représentant Albitte lui ouvrirait la porte du cachot. Il n'en fut rien. Pour l'y décider, Grumet essayera d'aller plus avant que le proconsul lui-même dans la voie de la perversité.
Voici une lettre, du 14 pluviôse, envoyée à Albitte de la maison de détention dite Sainte-Claire, à Bourg : « J'ai vu ici la formule d'abjuration proposée aux ci-devant prêtres... Daigne jeter les yeux sur celle que j'ai faite de mon propre mouvement, dès le 23 brumaire. Tu y trouveras plus que tu ne demandes et tout ce qu'on peut désirer. Aussi la Convention l'a-t-elle agréée et insérée dans son Bulletin. Des patriotes non suspects pourraient te dire avec quelle franchise, avec quelle force, j'ai écrit contre le fanatisme et contre les prêtres. Jamais je ne l'ai été que de nom. J'étais occupé d'en effacer jusqu'au souvenir en me mariant, lorsque ton arrêté du 8 pluviôse m'a presque ôté cet espoir. Permets-moi de te présenter quelques observations sur cet arrêté. Elles viennent d'un détenu et d'un malade; mais tu jugeras du moins si ce sont celles d'un fanatique ou d'un vrai républicain. Vive la République! ».
Suivent les observations : « Je tiens pour maxime évidente, avec Montesquieu et Rousseau, que la religion catholique est incompatible avec l'état républicain. Pour éteindre cette religion, il faut détruire la prêtrise. Eh! bien, la prêtrise ne peut avoir d'ennemis plus mortels que ses anciens suppôts déprêtrisés et mariés. Il faut donc favoriser leurs déprêtrisations sincères et leurs mariages.
« L'arrêté du 8 pluviôse ne remplit ce but qu'en partie; il ne distingue pas assez entre l'abjureur suspect et celui qui ne l'est pas. Il fait trop et trop peu contre les ci-devant prêtres : il empêche leur mariage.
« Il fait trop peu contre ceux qui, abjurant la prêtrise, restent entichés de christianisme. Ces gens-Là tiennent leur caractère de prêtre pour ineffaçable comme celui du baptême. Toutes leurs abjurations n'empêcheraient pas qu'ils reprissent leurs fonctions, si
les événements qu'ils désirent le leur permettaient. On ne peut donc se fier qu'aux abjurations formelles de toute doctrine révélée, de toute autre religion que la religion naturelle, de tout autre culte que celui de la Raison. Sans cela on ne tient rien. On peut en croire un citoyen qui connaît les mystères du métier.
« Le même arrêté fait trop contre ceux des ci-devant prêtres qui font nettement profession de ne pas croire au christianisme. Ceuxci sont en horreur aux autres et à tous les fanatiques. Us sont liés par cela seul à la Révolution plus sûrement qu'aucun autre citoyen; si la Liberté vient à périr, ils périssent eux-mêmes. Car le fanatisme accompagne toujours le despotisme. Il ne leur reste plus de sûreté que dans l'abolition totale du christianisme. Ils sont dans la nécessité de se faire apôtres de la seule Raison, et la République n'en peut avoir de plus capables et de plus zélés.
« Cependant l'arrêté du 8 pluviôse enchaîne leur zèle et leur ôte tout crédit : il les met dans un état humiliant de gêne et de suspicion en les obligeant d'aller s'établir tous dans le chef-lieu de leur district et de se présenter tous les cinq jours à la municipalité, pour qu'elle juge de leur conduite, en les rendant responsables de troubles qui arriveraient pour cause de religion ou autres quelconques. Estil de la saine politique de traiter en gens ennemis, ou du moins en gens suspects, des citoyens dont la République peut tirer le plus grand parti pour l'extinction du fanatisme ?
« Autre inconvénient : cet état de gêne et de suspicion va rendre impossible le mariage des prêtres même déprêtrisés. Quel est le père sensé qui voudra donner sa fille à un homme soumis à de telles gênes? Quelle est la fille qui voudra épouser un homme traité comme suspect ?Quel est le prêtre, honnête homme, qui voudra, en se mariant, exposer sa femme et ses enfants à l'état précaire où cet arrêté met les ci-devant prêtres après leur abjuration?
« L'on sait combien il importe à la République de faire marier les prêtres non sujets à la déportation. C'est peut-être l'unique m.oyen d'effacer aux yeux du vulgaire le prétendu caractère qu'il faut oublier. Or, je crois avoir montré que l'arrêté du 8 pluviôse contrarie cette vue politique.
« Qu'oserai-je donc proposer? De rétracter cet arrêté? Je n'en ai garde. Des exemples frappants n'ont que trop prouvé comment il
est dangereux de faire des mouvements rétrogrades dans la marche révolutionnaire.
« Mais, sans toucher à l'arrêté du 8 pluviôse, l'on pourrait en publier un nouveau où l'on distinguerait entre les abjurations partielles et incomplètes, qui ne permettent pas de donner une entière confiance à ceux qui les ont faites, et les abjurations complètes par lesquelles les ci-devant prêtres déclarent ne reconnaître ni révélation, ni mystères, ni sacerdoce, et n'admettre d'autre culte que celui de la Raison.
« Tout prêtre qui s'exprime ainsi, ou d'une manière équivalente, n'est certainement ni prêtre, ni catholique, ni chrétien. Il a rompu avec le fanatisme et les croyants le regarderont toujours comme leur plus mortel ennemi.
« L'on pourrait donc, par un nouvel arrêté, déclarer : 1° que l'arrêté du 8 pluviôse ne concerne point ceux qui ont fait ou feront des déclarations ou abjurations de cette nature; 2° que cet arrêté n'est pas appUcable à ceux des citoyens-prêtres qui auraient joint ou qui joindraient le mariage à l'abjuration de la prêtrise. »
N'est-il pas vrai de dire que le prêtre, lorsqu'il tombe, s'enfonce plus avant que les autres? La logique diabolique du mal n'a jamais eu plus de rigueur et de clairvoyance.
Albitte semble avoir tenu compte des observations de J.-M. Grumet car, dans une lettre du 24 pluviôse, le prisonnier annonce au Représentant son prochain mariage : les conventions ont été signées de part et d'autre. Il ajoute : « Tes dispositions à l'égard des ci-devant prêtres mariés, ou qui se marient, n'ont pas peu contribué à faire conclure cet engagement : nous n'attendons plus que le moment de ma liberté pour l'exécuter. »
- Mais Albitte avait choisi au mauvais prêtre, vrai Judas, une autre fiancée : ce fut la guillotine.
Il envoya à Lyon J.-M. Grumet, contre-signant de sa main la dénonciation du comité central de surveillance de l'Ain : « Grumet, ci- devant prêtre et grand vicaire de Y archevêque de Toulouse, mendire du Directoire du département de l'Ain : homme de cour d'autrefois, bien fin, bien adroit, nageant toujours entre deux eaux, d'autant plus coupable qu'il sentait bien où portaient les arrêtés liberticides. » Il fut exécuté le 15 février.
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Certes, il n'appartient qu'à l'Église de donner aux victimes de la Révolution française l'auréole du martyre. Toutefois les documents qui viennent d'être publiés établissent qu'il convient d'user d'une extrême prudence en qualifiant de martyrs, même au sens large qi privé, les prêtres qui furent exécutés. Si, comme le dit Benoît XIV traitant de la Béatification des serviteurs de Dieu, « tout péché, quel qu'il soit, est etîiicé par le martyre », il ne s'en suit pas que, mis en présence de prêtres ayant fiiit tous les serments et déposé leurs lettres de prêtrise, lorsque les rétractations de ces malheureux restent introuvables, l'historien ait le droit d'écrire : « Nous pouvons offrir une preuve irrécusable ,de leur justification : c'est leur sang ! ' »
Le Conseil de M. de Marbeuf, à Lyon, allait faire une grande perte en la personne de M. Gabriel Dupleix qui monta sur l'échafaud le 17 février 1794. Son jugement le qualifie de « prêtre réfractaire préchant le fanatisme ».
Il serait difficile de rencontrer une énergie sacerdotale plus entière. Né en 1726, Gabriel Dupleix entra dans la Compagnie de Jésus le 7 septembre 1744. A l'époque où son Ordre fut banni de France, il était ministre du collège de Lyon. Il s'y fixa et vécut dans la pratique des plus éminentes vertus. Les archives du Rhône conservent ses résolutions de retraite de 1784, résolutions approuvées par le P. Baudrand : elles font connaître la générosité de celui que Dieu allait appeler à l'honneur de donner le témoignage du sang. Au bas de son règlement il avait écrit :
« Fis nie, Christe mori? Moriar. Vis vivere? Vivant, Dulce niihi tecum vivere, dulce mori.
Inter tôt vitœ scopulos, mundique procellas, Virgo parens, servis auxiliare tuis ^ »
L'abbé Dupleix ne se laissa pas prendre aux pièges de l'erreur et se garda de tout contact avec les partisans de la Constitution civile
1 . A.-M. de Franclieu : La persécution retigiense dans Je Département de V Isère, II, p. 46.
2. « O Christ, voulez-vous que je meure? Je mourrai, Que je vive? Je vivrai. Avec vous il est doux de vivre, il est doux de mourir. Au milieu des écueils si nombreux de l'existence, au sein des tempêtes du monde. Vierge, ô Mère, venez en aide à vos serviteurs. »
du clergé. Aussi M. Linsolas, chargé par M. de Marbeuf de s'adjoindre quelques collègues dans l'administration du diocèse, ne crut pas qu'il fût possible, en désignant M. Dupleix, de faire un choix plus avantageux. Tout d'abord M. Dupleix refusa. Le vicaire général fit de nouvelles instances : ce n'était pas un honneur qu'il offrait, mais bien, vu la difficulté des temps, une lourde charge et une difficile fonction. L'abbé Dupleix, au pied de son crucifix, c'est-à-dire à l'école de tous les sacrifices, finit par se soumettre. Avant que l'Archevêque ait reçu la lettre qui lui annonçait cette soumission, le nouveau vicaire général était déjà dans les prisons de l'hôtel de ville. Arrêté le 27 pluviôse, il fut interrogé le jour même et fit d'admirables réponses.
« Quel est ton nom? — Gabriel Dupleix.
— Ta profession ? — Ex-jésuite.
— Ton âge ? — Soixante-neuf ans.
— Ton pa3^s ? — Lyon.
— Qu'as-tu fait depuis la destruction des jésuites? — Je n'ai rien fait; je suis demeuré chez ma mère.
— Depuis quand as-tu cessé de dire la messe? — Depuis que les églises sont fermées.
— Qu'as-tu fait de tes lettres de prêtrise? — Je les ai.
— Pourquoi ne les as-tu pas remises? — Parce que ma conscience ne me le permettait pas.
— En cessant tes fonctions de prêtre, as-tu renoncé au caractère de prêtre ? — Non, ma conscience ne me le permet pas.
— Crois-tu ce caractère ineffaçable ? — Oui.
— Que penses-tu de Jésus-Christ ? — Qu'il est mon Dieu et que je suivrai sa loi tant que je pourrai.
— Que penses-tu du Pape? — Que c'est le vicaire de Jésus- Christ, successeur de saint Pierre ^ »
L'interrogatoire ayant été aussitôt envoyé à la Commission Révolutionnaire, le généreux confesseur parut devant le tribunal de sang. Il s'y montra avec un air si paisible, une contenance si ferme, qu'il commanda l'estime de ses juges et intéressa leur sensibilité. L'un d'eux s'approchant même du prisonnier, pendant que le Prési-