REORGANISATION DU CULTE APRES LA TERREUR
La déportation en 1793 et 1794 : MM. Guérin, Cheuzeville et Paret. — M. Gardette : Journal d'un déporté. — Le Conseil archiépiscopaL — Plan de M. Linsolas : établissement des missions. — Réintégration des fidèles tombés dans le schisme. — Réhabilitation des prêtres : justification de M. Linsolas. — Sentiment de M. de Marbeuf. — Le Conseil appelle à Lyon les vicaires forains en assemblée extraordinaire. — Une faute de tactique du Conseil. — Grégoire entreprend de ressusciter l'église constitutionnelle. — Charrier de la Roche et le presbytère de Lyon. — Leur plan de réorganisation. — Ponson. — M. Linsolas se tient sur ses gardes. — M. de Marbeuf conseille la prudence et l'abstention. — M. Navare. — Visite d'une partie du diocèse par M. Linsolas.
Pour être complet et donner une idée exacte de l'intensité de la rage révolutionnaire qui proscrivit le culte catholique, il reste à parler de la déportation.
Durant les années douloureuses 1793 et 1794, il n'y eut, dans le diocèse de Lyon, que quelques prêtres condamnés à cette forme de martyre par sentence des tribunaux; les juges étaient plus expéditifs : ils préférèrent envoyer à l'échafaud. L'insurrection lyonnaise d'ailleurs avait eu pour conséquence de conserver dans les prisons de Pierre-Scyse un certain nombre de prêtres destinés à la déportation ; ils furent délivrés sur la fin du siège.
Gardons le souvenir de quelques-ans de nos confesseurs de la foi, notamment MM. Cheuzeville et Guérin.
M. François Cheuzeville, qui avait été ordonné prêtre en 1789 et nommé aussitôt vicaire de la paroisse de Grandris, prêta serment en cette qualité, le 6 février 1791. Comme son curé, toutefois, il ajoute à la formule du serment une restriction significative « exceptant formellement tous les objets qui dépendent de l'autorité spiri-
Catherine-Salinguerra-Antoinette de FENOYL
Comtesse de MARBEUF,
tante de l'Archevêque de Lyon
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tuelle ». Son curé ayant dû céder la place à un intrus, l'abbé Cheuzeville fit, le 27 juin, ses adieux à ses paroissiens réunis dans l'église à 5 heures du matin. Les paroles qu'il adressa, sous forme de catéchisme, ont été conservées dans la déposition d'un témoin : elles dépeignent le prêtre tout entier : « Vous m'avez tous promis, dit-il, de ne pas aller aux offices des prêtres qui doivent nous remplacer, et de ne pas vous confessera eux. Je crois que nous serons remplacés la semaine prochaine ou la semaine de la Pentecôte; mais so3'ez tranquilles ; nous ne vous abandonnerons pas. Je vais faire ma malle que je fermerai à deux clefs et à double tour; je la déposerai dans une maison sûre pour que je puisse changer de vêtements quand je viendrai vous voir. Car je reviendrai souvent, je vous confesserai, je vous dirai la messe et, si je ne puis vous la dire dans l'église, je vous la dirai dans une maison, dans une grange, dans une écurie même s'il le faut. Ceux qui voudront se confesser se tiendront prêts parce que je ne veux pas attendre longtemps. Je vous avertirai lorsque je viendrai vous voir et, pour qu'on ne me cherche pas, je viendrai tantôt par Lamure, tantôt par Cublize, tantôt par Villefranche. »
L'abbé Cheuzeville se mit alors à parler de Lamourette, évêque de Lyon : « Je ne suis point, dit-il, comme ces gens qui prêchent leur religion à coups de canon, et qui se font garder par des milliers d'hommes, qui se font escorter lorsqu'ils vont prêcher; ils ont peur, ces gens-là; c'est une preuve que leur religion n'est pas bonne. Et moi, me fais-je escorter depuis la cure jusqu'à l'église ? Je n'ai pas peur. D'ailleurs je ne puis vous apprendre que la religion que l'on m'a enseignée; je la crois bonne parce que, sans cela, on ne me l'aurait pas apprise. Donc vous devez la suivre. Je demande : qu'estce que l'Église ? l'Église est sainte, elle est une, et pour être une, il faut qu'elle soit entière. Et comment doit-elle être composée? Elle est composée du Pape, des cardinaux, des évêques, des curés, des vicaires. Dans l'église constitutionnelle, on ne veut plus croire au Pape, on chasse les évêques, on chasse les curés; cette Église n'est donc pas entière ; par conséquent c'est une mauvaise religion qu'on veut vous faire embrasser ^ »