I. Doss. person. Archiv. départ
Yves-Alexandre de Marbetif. l8
Cité à comparaître devant la chambre criminelle de Villefranche, l'abbé Cheuzeville fit défaut et fut décrété de prise de corps (5 sept.). Il s'était réfugié à Belleroche, dans la maison paternelle; mais il continuait à exercer le ministère dans les pays avoisinants. On parvint à le faire prisonnier le 9 juillet 1793, au bourg même de Poule, d'où il fut amené dans les cachots de Villefranche; là se trouvait déjà son ami M. Guérin, curé d'Avenas, arrêté depuis le 11 avril.
Les deux prêtres travaillèrent courageusement à préparer à la mort leurs compagnons d'infortune tant à Villefranche qu'à Lyon où ils ne tardèrent pas à être envoyés. Ce fut dans la prison de Saint-Joseph qu'ils virent arriver l'évêque jureur de Viviers avec un domestique arrêté sur les frontières et porteur des bijoux de la couronne. L'évêque, Lafont de Savines, demanda à l'un et à l'autre de vouloir bien le confesser. Ils exigèrent préalablement qu'il rétractât ses erreurs; mais l'évêque s'y refusa, criant contre le Pape et surtout contre ses curés qui avaient repoussé le premier serment et qui avaient accepté celui de liberté et d'égalité. Comme il était sans ressources, MM. Cheuzeville et Guérin, pendant deux ou trois jours, fournirent à sa nourriture \
Vers le 20 juin on signifia aux deux prisonniers qu'ils allaient partir pour la déportation ainsi que M. Paret, curé de Mogneneins, lequel avait été condamné sur la dénonciation de six de ses paroissiens fâchés de ce qu'il eût acheté des biens d'église. M. Paret était curé constitutionnel et de plus fort avare. M. Cheuzeville dira de lui : (f Ce bon curé nous en fit endurer de belles, en route, à cause de son avarice. »
Ici s'arrête le récit de M. Cheuzeville.
Il sera aisé cependant de le compléter par un tableau des soufi'rances auxquelles furent soumis les prêtres déportés. Ce tableau nous le tracerons en grande partie à l'aide de documents nouveaux concernant M. Gardette, l'un des fondateurs de Saint-Jodard, qui mourut supérieur du grand séminaire de Lyon.
M. Phihbert Gardette, né à Saint-Romain d'Urphé le 7 mai 1765, avait fait au séminaire Saint-Irénée à Lyon de brillantes études.