I. Récit de M. Cheuzeville. Cattin, p
Sur la fin de 1788, il fut envoyé, par ses maîtres de Saint-Sulpice, à Clermont-Ferrand pour y tenir la chaire de philosophie. Alors seulement il devint prêtre; il se trouvait à la dernière ordination que fit, au Puy, M. de Galard, le matin même du jour où l'évêqueintrus Delcher faisait son entrée solennelle. Une famille amie, les de Méda, offrirent à M. Gardette un refuge dans leur demeure de la Praderie. Mais les temps devenaient de plus en plus difficiles ; les prêtres étaient obligés de changer fréquemment d'asile. Fait prisonnier, M. Gardette entra dans la maison de réclusion de la Chasse le 6 décembre 1793. Pendant qu'il était là, il dut subir un interrogatoire de trois heures. On voulait à tout prix qu'il déclarât le nom de la famille qui l'avait caché jusque-Là. M. Gardette s'y refusa obstinément : « Vous savez, dit-il, qu'il y a peine de mort contre les gens qui reçoivent ceux qui sont dans mon cas. Comment pourrais-je envoyer à la mort mes charitables bienfaiteurs? Le feriez-vous si vous étiez à ma place? Pour moi je ne puis m'y résoudre. J'aime mieux souffrir tout ce qu'il vous plaira de me faire endurer. » Une réponse si énergique exaspéra ceux qui étaient venus pour l'interroger. Comme M. Gardette était originaire de la Loire, on allait se décider à le livrer à Javogues et au tribunal révolutionnaire de Feurs lorsque l'un des juges, plus humain que les autres, se prit à dire : « Jusqu'à présent nous n'avons pas voulu que le sang fût versé. Une troupe de condamnés va partir pour Bordeaux, à destination de Cayenne ; mettons celui-ci avec les autres, et nous en serons débarrassés '. »
Ici commence le cahier-journal de M. Gardette. Il n'est composé que de cinq ou six feuillets, destinés à fixer, pour lui seul, quelques dates et quelques souvenirs. C'est plutôt le journal d'un voyageur que celui d'un prisonnier. M. Philibert Gardette indique jour par jour l'itinéraire suivi. En quelques mots il fixe un paysage, notant la qualité des terrains, la diversité des productions. Il n'a pas une plainte, pas un reproche. Parti le 6 mars, à 11 h. du matin, de Clermont, avec quatorze de ses confrères composant le cinquième envoi du Puy-de-Dôme, il couche le 6 à Pont-Gibeau, le 7 à Saint- Avit, le 8 à Aubusson, le 9 en prison à Bourganeuf, le 10 à Saint- Léonard, le II à Limoges. On trouve dans ses notes : « Couché en
I. Lettre envoyée au super, gén. de Saint-Sulpice (16 août 1848).
prison, à Limoges, grande ville située sur le penchant d'une petite colline, au milieu d'une vaste plaine, à quatre lieues de Saint-Léonard. Les environs paraissent fertiles, riants et embellis de jolies maisons de campagne. La ville est ornée de fort beaux édifices ; mais grand nombre de maisons sont mal bâties, presque toutes en bois, et les rues mal percées. » Le 12, il couche à Chalu à 6 lieues de Limoges, le 13 a Tivier, le 14 à Périgueux « jolie ville, lit-on dans le journal, au midi d'un petit vallon et à sept petites lieues de Tivier. Elle a des remparts et de belles places en dehors; mais les rues en sont étroites et obscures. Le terrain est médiocre, ensemencé partie en seigle, partie en froment, entremêlé de beaucoup de petits coteaux vignobles avec un grand nombre de châteaux. Les environs sont beaux, le climat chaud, l'air pur et l'horizon découvert . . » Le 14, il couche à Museidan, le 15 à Montpont, le lé à Libourne. « Le 17, note-t-il, nous nous sommes embarqués sur la Dordogne, avons dîné sur la gabare et passé le bec d'Ambèz. . . traversé la rade. . . débarqué avec beaucoup de danger et entré dans Bordeaux à la tombée de nuit, couché à l'auberge. Le 18, demeuré à l'auberge ou promené dans la ville iusqu'au soir... A six heures du soir entré dans la maison de réclusion appelée le petit séminaire ou Saint-Raphaël ; là nous avons été jusqu'au nombre de plus de trois cents, entassés dans six salles basses et de médiocre grandeur, sans qu'il nous fût permis de sortir pour respirer un air moins corrompu, jusqu'à la fin de septembre ; alors on nous a permis de nous promener dans la cour. Pour toute subsistance, la Nation nous a fourni une livre de mauvais pain par jour et de l'eau, jusqu'au commencement d'août qu'elle a commencé à donner deux livres à chacun. Outre les trois cents prêtres prisonniers, dont cent soixante-quinze du Puy-de-Dôme, au petit séminaire, il y en avait près de six cents au fort de Ha, cent au pâté de Blaye, deux cents à Blaye même, et sept cent cinquante à Rochefort sur les vaisseaux. » M. Gardette demeura neuf mois dans la prison Saint-Raphaël ; pendant ce temps la mort diminua d'un sixième le nombre des prisonniers.
Une Notice manuscrite raconte les souffrances qu'endurèrent les malheureux. « En entrant dans la maison, M. Gardette se trouva mal tant l'air y était infect. Pour procurer aux détenus un lieu d'aisance, on s'était contenté de creuser un trou à la profondeur de
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quelques pieds dans un coin de chaque salle. Il n'y avait pour lit que les carreaux. Un peu plus tard M. Gardette trouva le moyen de se procurer une botte de paille qu'il déliait le soir et liait le matin. Malgré ses soins, il en perdait tous les jours, et bientôt il ne lui resta presque rien. Il fit venir une seconde botte de paille et, pour qu'elle durât plus longtemps, il se mit à la tresser en manière de natte. La nuit, il l'étendait par terre et en faisait un matelas qui n'était pas trop doux. Le jour, il la roulait, et elle lui tenait lieu de chaise; une petite planche inclinée contre la muraille servait d'oreiller. Tandis qu'il tressait sa paille, on l'accusa de vouloir en user pour s'échapper. Il s'excusa en disant : « Si j'étais dans les étages, vous pourriez dire que je me ménage un moyen pour descendre. Maintenant que je suis au rez-de-chaussée, userai-je de cette paille pour descendre à la cave? » Une cruche d'eau servie pour dix, chaque jour, devait suffire aux prisonniers pour se blanchir et se désaltérer.
« C'était une année de disette. On faisait du pain avec de la farine provenant de toute sorte de graines, et les fournisseurs y mêlaient beaucoup de cendre. De plus, on cuisait si mal le pain que ce n'était pour ainsi dire que de la pâte. Vingt-quatre heures après avoir été distribué, il était tout couvert d'une moisissure de couleur jaunâtre. Ce qui soutenait les prisonniers, c'était le vin dont ils se procuraient, quand ils le pouvaient, une petite mesure tous les trois jours. Lorsque arrivèrent les chaleurs dé l'été, il n'y eut plus dans les salles que des malades, des morts ou des mourants. Ceux qui conservèrent un peu de force et de santé ne se lassèrent pas de consoler et de servir leurs bien-aimés confrères. Chacun, en venant, avait apporté quelque volume de son bréviaire... et c'était une grande consolation pour ceux qui le pouvaient de réciter l'office et de prier pour eux-mêmes et pour ceux auxquels la maladie ne permettait pas de prier. » On n'épargna aux prisonniers aucune peine morale. A l'annonce de la mort de Robespierre, les détenus se rattachaient à l'espoir de leur délivrance. Le guichetier qui s'en aperçut leur dit : (( Vous vous flattez de sortir bientôt d'ici ! Oui, vous en sortirez, mais ce sera pour aller à la guillotine. » Peu de jours après, une guillotine fut dressée dans la cour même de la prison.
Bientôt on décida que les prisonniers seraient embarqués pour la Guyane. Ils sortirent deux à deux, demeurèrent une demi-journée
sur leurs pieds, puis ils défilèrent, comme des criminels, entre deux lignes de soldats armés. C'était le 2 décembre 1794.
A la date précise reprend le cahier-journal de M. Gardette : « Nous sommes partis sur une gabare qui nous a mis, vers les neuf heures du soir du même jour, à bord du Diinkerque. Nous nous y sommes trouvés au nombre de cent soixante prêtres. De notre bord nous apercevions nos confrères montés suv\t Jeanly, au nombre de deux cent cinquante, et partis trois semaines avant nous de Blaye, du fort de Ha, de Saint-Raphaël ; et cent quatre-vingts montés sur le Républicain et partis huit jours avant nous. Nous avons laissé à Bordeaux près de deux cents de nos confrères sexagénaires, malades, infirmes ou convalescents. » Le 8 décembre, on mit à la voile. Du 9 au 16, les vaisseaux descendent la Gironde; le 17, à sept heures du matin, ils sont en pleine mer; le 18, le 19, ils louvoient en face des îles d'Oléron, de Ré, d'Aix. Le 27 décembre, ils pénètrent dans la Charente et arrivent au Port des barques : les vaisseaux sont amarrés sur la vase de la Charente. Là avaient été entassés sur trois vaisseaux, les Deux Associés, le Washington et V Indien, des prêtres venus de Rochefort. Embarqués sur les deux premiers vaisseaux, au mois d'avril 1794, au nombre de sept cent soixante, ils se trouvaient réduits à deux cent cinquante. L'Indien servait de vaisseau-hôpital. »
Les navires avaient rencontré, en pleine mer, une croisière anglaise qui, après leur avoir donné la chasse, les tenait bloqués dans la Charente ; de là l'impossibilité de gagner la Guyane. Le Port des barques avait peu de profondeur ; lorsque la marée descendait, les vaisseaux reposaient sur la vase et s'inclinaient tantôt sur un côté, tantôt sur l'autre, ce qui était assez incommode ; pour vivre, les détenus recevaient la même ration que les matelots.
« M. Gardette, continue la Notice, fut mis sur un négrier. Le jour, il pouvait monter sur le pont; mais, la nuit, il fallait descendre dans les salles où on avait coutume de loger les nègres. Là, on ne pouvait se tenir debout. Point de draps ni de couvertures, point de matelas, point de paillasse : on couchait sur le plancher nu. Le local était oblong. Chacun plaçait sa tête, le long du bord, de chaque côté ; mais les pieds de ceux qui étaient de chaque côté se rapprochaient beaucoup de la tête de leur vis-à-vis. On ne recevait un peu de jour que par une seule ouverture fort petite. Lorsqu'on ne pou-
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valt sortir, un des prisonniers s'approchait de la petite fenêtre et récitait le bréviaire à voix haute : les autres l'écoutaient et s'unissaient à lui. »
Le long martyre de M. Gardette, qui fut aussi celui de MM. Guérinet Cheuzeville, allait trouver son terme. Le Dimanche de Quasimodo (12 mars 1795), M. Gardette quitte le vaisseau. Il va coucher à Rochefort où il fait signer sa mise en liberté et un passeport ; puis, le bâton à la main, son sac sur l'épaule, il reprend le chemin de la Praderie : une âme charitable lui avait donné cent cinquante livres en assignats. A Limoges, il tombe malade et entre à l'hôpital le 20 mars pour en sortir le 22 mai. Il arrive à Clermont, le lendemain 23, par le courrier, grâce à la générosité d'une chrétienne de Limoges qui a payé sa voiture. Il retourne à la Praderie, d'où un nouvel orage (sept. 1795) l'exilera encore, le forçant à se cacher dans son pays natal.
La tourmente a passé sur l'Église et le diocèse de Lyon. M. Linsolas songe aussitôt à y rétablir la religion sur des bases solides. Il est seul vicaire général avec M. Daudet, supérieur des Lazaristes. Autour d'eux viendront se grouper : MM. Desprès, ancien jésuite; Jaillard, ancien supérieur de l'Observance ; M. de Villers, vicaire général, échappé des prisons de Lons-le-Saunier, et M. de Bois- Boissel. Quatre vicaires généraux forains, MM. Paret, Ruivet, Farge, Billiet, investis de pouvoirs étendus, ont été envoyés, en résidence, chacun dans une partie déterminée du diocèse. MM. Ribier et Détard assureront la correspondance, et M. l'abbé Girard, vicaire général, dans sa résidence de Saint-Maurice, servira d'intermédiaire entre M. VerdoUin, l'Archevêque exilé, et le Conseil des vicaires généraux préposés au gouvernement du diocèse.
M. Linsolas n'hésitera plus à mettre à exécution le plan régénérateur qu'il a conçu par l'établissement des Missions. Pour lui, la France est devenue une vraie région d'infidèles : les moyens dont on s'est servi avec succès dans les pays d'outre-mer, pour la conversion des païens et la propagation de l'Évangile, peuvent avoir chez nous la même vertu, ils répondent aux mêmes nécessités. Le prêtre deviendra donc un missionnaire qui aura à dépenser son zèle et son activité tant au service des fidèles qu'à la conversion des schisma-
tiques et des apostats ; Tautorité civile poursuivant la religion de sa haine, le prêtre s'entourera d'infinies précautions. Les cadres anciens d'archiprêtrés et de paroisses seront maintenus en principe; dans la pratique on les négligera et les curés seront invités, tous leurs droits demeurant saufs pour le temps où finira la persécution, à se mettre comme simples ouvriers sous la conduite des chefs de mission et, brisant leur cœur avec leurs habitudes, leurs affections, leurs relations, à se transporter loin de leur église, qu'il est nécessaire de délaisser, suivant les règles de la prudence et les nécessités de l'évangélisation.
L'exécution de ce plan rencontrera de sérieuses difficultés même chez d'excellents prêtres qui n'arriveront pas à comprendre la nécessité d'abandonner leur troupeau, et garderont cette persuasion que les fidèles, retrouvant leurs pasteurs anciens, deviendraient plus dociles et plus fervents.
M. deMarbeuf, à qui le plan de rénovation du diocèse fut envoyé aussitôt que conçu, l'approuva dans sa totalité : « Je suis tellement satisfait, écrit-il à M. Linsolas, de l'organisation que votre lettre m'a fait connaître que je désirerais l'envoi de quelques copies de ce plan à mes pairs dans l'épiscopat, bien persuadé qu'ils l'adopteraient pour leurs diocèses (1794). » Les prévisions de l'Archevêque se réalisèrent; la plupart des diocèses de France furent réorganisés à la manière de celui de Lyon.
Louis XVIIl fut mis par le général de Précy au courant de la nouvelle organisation. Dans l'admiration de ce qu'il en avait vu pendant son séjour à Sainte-Agathe, le général ne craignit pas de dire au Roi : « Vous remonteriez facilement sur le trône de vos pères si l'on fliisait dans chaque diocèse ce que j'ai vu faire dans celui de Lyon. » Le plan primitif de M. Linsolas recevra, dans la suite, pour l'accommoder aux nécessités au milieu desquelles il se développera, de réels perfectionnements. A la fin de 1796, en pleine réalisation, il deviendra possible de l'étudier dans ses détails, de voir à l'œuvre les ouvriers missionnaires, et de montrer quels avantages la Religion retira d'une conception nouvelle qui fait le plus grand honneur à M. Linsolas.
L'attention de M. de Marbeuf et de son Conseil se porta sur
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les malheureux diocésains tombés dans le schisme. Les yeux d'un grand nombre s'étaient ouverts, et ils venaient à l'Église, usant de l'intermédiaire des prêtres fidèles, demandant le pardon de leurs fautes et l'absolution des censures qu'ils avaient encourues.
Par leur Lettre du 21 février, les Préposés rappellent aux missionnaires certains principes d'après lesquels ils devront régler leur manière de fiiire avec les pécheurs qui parlent de retour. « Il faut, disent-ils, avant de les réconcilier, les instruire fortement pour qu'ils comprennent la grandeur de leur crime, et aussi les éprouver et les amener à réparer le scandale qu'ils ont donné. Ne nous faisons pas illusion ; beaucoup reviennent à nous parce que la nouvelle église, qui a tant fliit de maux à la France, n'est plus, parce qu'ils se voient dépouillés de secours spirituels et que la mort peut s'approcher d'eux. Éprouvons ceux qui demandent à rentrer, toutefois pas tous également, car ils ne sont pas tous également coupables; sachons distinguer ceux que la faiblesse ou que la crainte a entraînés. Leur crime est moins grand que le crime de ceux qui se sont précipités dans le schisme par leur faute, et qui s'y sont maintenus par orgueil. Le crime de ces derniers est moins grand encore que le crime de ceux qui ont concouru à l'établissement du schisme, qui en ont été les fauteurs, qui ont employé les conseils, la séduction, la crainte respectueuse, les sollicitations, la voix de l'autorité, pour entraîner les autres. » A l'origine « l'Eglise fut sévère pour les lapsi. Elle inventa les canons pénitentiaux pour empêcher qu'on ne fût trop enclin à l'indulgence. Sa discipline sans doute est changée ; mais l'esprit est resté le même. Si on ne peut exiger les longues épreuves de jadis, il n'est toutefois pas permis d'absoudre sans épreuves suffisantes et sans que les coupables aient réparé en partie le scandale qu'ils ont donné. Il arrivait souvent qu'on réconciliait les pécheurs pénitents, sans les admettre aussitôt aux saints mystères : on exigeait encore une épreuve. Il convient d'agir de cette sorte ».
Les Préposés insistent sur l'obligation d'une pénitence qui soit à la fois médicinale et expiatoire. « Il ne faut pas affaiblir, par des pénitences légères, le nerf de la discipline; il ne convient pas d'admettre subitement au mariage ou au bénéfice de la réhabilitation. Quelques fidèles murmureront : leurs murmures prouveront qu'ils ne sentent pas la grandeur de leur crime, ou qu'ils ne reviennent que par res-
pect humain et en l'absence de leurs ministres schismatiques. La plupart allégueront leur bonne foi. Il faut se souvenir que la bonne foi ne peut coexister avec le doute fondé. Celui qui doute est tenu d'éclaircir son doute. Il y a eu doute chez les schismatiques : ce doute a détruit en eux la bonne foi. Il ne faut ni faiblir, ni temporiser. »
Cette Lettre, destinée à rappeler les principes directifs, en appelait une autre laquelle établirait l'échelle des peines à appliquer suivant les divers degrés de culpabilité.
Les Préposés l'envoyèrent le 24 mai 1794. Leur but est d'établir partout l'uniformité dans la manière d'agir. Ils sont résolus d'ailleurs à garder le juste milieu entre une facilité trop grande et une sévérité qui éloignerait les pécheurs.
Pour juger sainement les épreuves qui vont être indiquées, les Préposés demandent qu'on les compare à celles dont usait la primitive Eglise. Même au sein des persécutions, elle exigeait souvent dix années de pénitence. La réparation du scandale doit venir encore se surajouter au temps d'épreuve. Dès lors, tous ceux qui, ayant donné dans le schisme, auraient apostasie extérieurement, coopéré au renversement des signes de religion, aux sacrilèges commis, ou même auraient simplement donné leur approbation à ces actes, seront tenus de réparer publiquement. Ils répareront à l'égard des catholiques en confessant leur repentir; à l'égard des patriotes en s'abstenant de toute assemblée où ils ne pourraient se rendre sans autoriser ce qui se fait et annoncer par là qu'ils ne sont pas sincèrement convertis : ils promettront d'ailleurs de ne jamais se rendre aux fêtes ou réunions, et de manifester leur foi quand ils seront dans l'obligation de le faire. « C'est la seule pénitence publique qu'on devra permettre dans les circonstances présentes. » Ceci posé :
1° Toutfidèlequi a communiqué iii divinis avec les schismatiques, de quelque manière ou pour quelque motif que ce soit, sera éprouvé deux mois avant sa réconciliation. La réconciliation faite, on attendra encore un mois pour admettre le fidèle à la communion. Jusqu'à la communion, la pénitence se fera une fois par semaine et, après la communion, encore une fois par semaine pendant deux mois : elle sera proportionnée à l'âge, à l'état, à la santé des pénitents.
2° Si le fidèle a communiqué longtemps in divinis, quel que soit le motif qui l'ait décide, l'épreuve sera de trois mois avant la réconciliation, de deux mois encore avant la communion. La pénitence, qui sera plus pénible, se fera, dans ce cas, deux fois par semaine. Après la communion, on la continuera durant quatre mois, pne fois par semaine seulement.
3° Quand le fidèle, qui a communiqué in divinis, aura de plus induit les autres à une semblable communication par conseil, sollicitations, menace, voies de faits, il sera éprouvé quatre mois durant avant d'être réconcilié, trois mois encore avant de communier. La pénitence s'accomplira trois fois la semaine jusqu'à la communion, deux fois par semaine après, mais avec une prolongation de six mois.
4° Les fauteurs de schisme, les membres de la Constituante, administrateurs de département et de district, électeurs, officiers municipaux, officiers de gardes nationales qui ont commandé leurs soldats, en un mot tous ceux qui ont contribué à l'établissement du schisme, persécuté ouvertement et publiquement les prêtres et les catholiques, les dénonçant, pesant sur eux, les faisant arrêter ou, par l'impiété de leurs discours et de leurs écrits, ont travaillé à avilir la religion et le sacerdoce, tous ces délinquants seront éprouvés durant six mois, et quatre mois encore avant la communion, avec une pénitence, plus pénible quatre fois la semaine ; après l'admission à la communion, ils prolongeront cette pénitence pendant huit mois, ne la faisant que trois fois par semaine.
5° Tous ceux qui, obligés de témoigner de leur foi ou devant l'autorité, ou devant des particuliers en certains cas, ne l'ont pas fait, seront assimilés aux pécheurs dont il a été parlé au 2°.
Il y a obligation de témoigner de sa foi devant l'autorité lorsqu'on est interrogé sur la religion et en haine de la religion, aussi lorsque l'interrogation ambiguë est reconnue généralement pour une interrogation faite sur la religion : il faut alors juger par l'intention même de l'autorité et par le sens qu'on sait publiquement qu'elle donne aux mots. Il y a obligation de témoigner sa foi devant des particuliers : a) lorsque l'honneur dû à Dieu et à la religion le demande; b) lorsque la charité envers le prochain l'exige, soit pour ne pas paraître rougir de la religion, soit pour confirmer les faibles dans la foi ; r) lorsque le silence tournerait au mépris de la religion ou pas-
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serait pour une espèce de renoncement. — Rentrent dans la catégorie des coupables visés par l'article 5° ceux qui, dans ces circonstances, auraient usé d'ambiguïté, de restriction mentale, pour ne pas paraître catholiques.
6° Tous ceux qui auraient nié qu'ils fussent catholiques ou qui auraient fait entendre par leurs discours qu'ils adoptaient la religion républicaine; tous ceux qui auraient assisté plusieurs fois aux fêtes de la Raison, au prétendu culte de l'Être suprême et autres fêtes antichrétiennes ; enfin tous ceux qui sont compris dans la Lettre circulaire relative aux nouvelles fêtes, seront traités comme les délinquants de l'article 5° — que si par curiosité ou légèreté, toujours très coupables, ils n'avaient assisté qu'une fois ou deux à ces fêtes, ils seraient traités comme il est dit à l'article 1°.
7° Tous ceux qui ont participé à la destruction des croix, des autels, s'ils l'ont fait par ordre des autorités, au mépris de la religion; ceux qui ont livré les vases sacrés ou ont concouru à les livrer; tous ceux qui ont participé aux profanations abominables qui se sont commises à cet égard subiront, avant la réconciliation, une épreuve de dix mois, de six mois encore avant la communion. En les admettant à la communion, on leur imposera encore une année et demie de pénitence : une pénitence pour chaque jour (les actes du chrétien); une pour chaque semaine (le dimanche, par exemple, une lecture spirituelle de demi-heure, ou, pour ceux qui ne savent pas lire, un chapelet); une pour chaque mois (jeûner un vendredi, se confesser, si on le peut, si on ne le peut pas lire l'exercice de la confession). Ceux qui auraient abattu des croix ou des autels dans le but de les soustraire à la profanation, mais n'auraient pas manifesté leur intention qui était bonne, seront traités comme il est dit dans l'article 2^
8^ Ceux qui revenus, soit du schisme, soit de l'apostasie, y seraient retournés extérieurement seront traités comme il est dit dans l'article 7°.
Les Préposés demandent qu'on instruise les fidèles d'après ces détails, et qu'on les interroge exactement sous peine de se rendre coupables devant Dieu et de scandaliser les fidèles qui verraient trop promptement réconcilier les coupables. On pourra diminuer le temps de l'épreuve, même le supprimer : en faveur des femmes enceintes.
des vieillards et des infirmes, des personnes fort éloignées, de celles qui montreront une ferveur extraordinaire et soutenue. On les réconciliera, sans toutefois les admettre trop vite à la communion. Les pénitences à imposer sont : des prières, les actes du chrétien, quelques privations, des lectures spirituelles, des méditations, quelques retours sur soi-même, l'aumône, le jeûne. Les prêtres se rappelleront les règles sages édictées sur ce sujet par le Concile de Trente.
La Lettre se termine ainsi : « Nous vous prions, pour l'honneur de la Religion et de l'Église, pour l'uniformité dans la conduite, si essentielle en ce moment, de vouloir bien vous conformer ci ce que nous venons de vous mander. Outre que le premier Chef de ce diocèse vient de nous faire un devoir strict de veiller d'une manière particulière à ce qu'on tienne aux vrais principes pour réconcilier les nouveaux convertis, nous pouvons vous assurer que ce plan, déjà en vigueur dans quelques missions, y a fait tout le bien possible. Nous attendons de votre zèle que vous le suiviez ponctuellement. »
Comme il est aisé de le voir dans cette Lettre à leurs coopérateurs, les Préposés n'ont en vue que les réconciliations des simples fidèles. Le retour des prêtres sera environné de plus de prudence, s'il se peut, et accompagné de réparations et de pénitences plus rigoureuses.
Les prêtres tombés se montraient impatients. Les vicaires généraux tinrent bon, exigeant un temps d'épreuve. Il y eut bientôt des plaintes, et le Conseil de M. de Marbeuf fut accusé de s'opposer systématiquement à toute sorte de retour. M. Linsolas, particulièrement visé, crut devoir écrire à l'Archevêque et présenter sa défense. Sous le pseudonyme de Villardot, il envoie ci Lubeck un long Mémoire pour justifier les décisions qu'il a prises durant les années 1793 et
Tout d'abord il déclare qu'il n'a rien fait sans l'avis de M. de
Castillon. Il s'est opposé à l'impression d'un Mandement relatif à la mort de M. de Sarept jugeant que, vu la persécution, il serait dangereux de jeter cette pièce dans le pubhc. On l'accuse d'intransigeance ; mais M. de Castillon répétait sans cesse : « Gardons-nous de mollir. )) — Le clergé de Bresse a porté de très grandes plaintes : « On
l'avait tellement prévenu contre nous par lettres, que M. de Castillon voulait quitter le timon des affaires, disant : « Puisqu'on ne fait que nous heurter, quoique nous voyions tout ce qui se passe, il est impossible de pouvoir travailler. » Le vicaire général continue : « A l'époque de l'arrestation de M. de Castillon, et jusqu'à présent, je me suis toujours fait un devoir de m'environner de lumières. Tant que M. de Castillon a vécu, je lui faisais passer secrètement, dans les prisons, la décision motivée et les noms de guerre des théologiens. Je ne la faisais connaître 'que d'après le jugement de mon collègue. Peut-être blâmera-t-on la décision sur les intrus, schismatiques, et ceux qui avaient seulement prêté le serment condamné le 13 avril 1791. J'aurai l'honneur d'observer : 1° qu'elle fut communiquée à M. de Castillon qui fut éloigné de la désapprouver; 2° l'église constitutionnelle n'existait plus; les constitutionnels voulant toujours travailler, il fallait craindre qu'ils ne trompassent les fidèles; 3° plusieurs missionnaires s'écartaient des vrais principes, n'étaient pas d'accord entre eux, se laissaient facilement gagner, surtout après un bruit qui s'était répandu que vous aviez donné tous vos pouvoirs à ceux qui étaient approuvés, ce qui faisait que nombre de prêtres très catholiques donnaient les approbations, ce qui occasionnait un très grand mal. Nous ignorions vos volontés relativement aux coupables sus-nommés, et en leur permettant le travail sans une autorisation expresse de votre Grandeur, nous allions contre sa volonté très présumée et contre tous les vrais principes; 4° Nous avons mis à couvert les droits des curés par les mots « Juridictio quœ tolli potest sine lœsione juris ». Si nous n'avons pas parlé plus clairement, c'est que plusieurs de ces MM. nous écrivant et recevant nos réponses, trompaient leur troupeau disant qu'ils étaient en communion avec vous puisqu'ils étaient en communication avec nous. Cette raison fit décider, en mai 1793, qu'on ne communiquerait point /;/ divinis avec ceux qui étaient restés en place, lesquels induisaient en erreur nos missionnaires, leur persuadant qu'ils étaient en règle.
« La délibération du 31 janvier contre les rétractations secrètes fut occasionnée par diverses causes : 1° Beaucoup de rétractés devant nous n'avaient jamais levé le scandale vis-à-vis des catholiques. 2° Plusieurs se servaient du certificat de leur serment pour prouver qu'ils l'avaient prêté. 3" Plusieurs, conduits aux municipalités, disaient qu'ils avait prêté serment sans avouer qu'il l'avaient rétracté. »
M. Linsolas termine en donnant les raisons qui l'ont décidé à retirer au supérieur de Saint-Joseph, M. Bertaud, tous ses pouvoirs : « Ce prêtre, dit-il, enseignait qu'on pouvait prêter serment de liberté-égalité et qu'il n'y avait pas de mal à livrer ses lettres de prêtrise. On a refusé de communiquer in divinis avec les prêtres de La Valla et leurs voisins, parce que les noms de ^ces prêtres avaient été affichés publiquement avec les noms des jureurs : ce fut M. de Castillon qui leur écrivit. »
Le vicaire général de Lyon n'avait pas à redouter un blâme de son Archevêque lequel, lui aussi, tenait avant tout aux principes. Même l'exemple des diocèses voisins, qui réconciliaient assez facilement, ne put fliire impression sur M. de Marbeuf : « Les réintégrations, écrit-il, doivent toutes dépendre de la gravité des fautes, surtout des dispositions du coupable repentant. Rien ne me ferait approuver par conséquent, une règle générale de réconciliation. Lorsqu'on se pénétrera de ce que le Souverain Pontife a pensé et exigé des simples jureurs, on ne croira pas que les nuances supérieures et aggravantes puissent s'accommoder d'une éponge aussi douce que celle qu'on vous propose. L'Église de Saint-Irénée doit affirmer plus que les autres l'amour de la discipline. »
Il ne faudrait pas croire toutefois que l'Archevêque de Lyon fut un absolu rigoriste. Il distingue l'absolution de la faute, qui tient au salut des âmes, de l'absolution des censures et des irrégularités qui tient à l'honneur du sacerdoce. Il veut qu'on soit très indulgent pour accorder l'absolution de la faute, très réservé pour l'absolution des censures et des irrégularités. Son sentiment personnel serait même d'attendre, pour cette dernière absolution, le rétablissement de l'ordre. Il sent néanmoins « que si la colère du Seigneur continue à s'appesantir, il faudra rapprocher le terme de toute indulgence. » Mais il déplore la trop grande facilité que donnent certains de ses collègues dans l'épiscopat, espérant toutefois que, de même qu'ils ont accueilli la forme des Missions telle qu'elle a été établie dans le diocèse de Lyon, ils recevront aussi et adopteront la méthode suivie à Lyon pour les réconciliations. »
La décision de M. de Marbeuf eut pour effet de retarder l'absolution des censures et la réintégration, dans le ministère paroissial.
des prêtres tombés. Les vicaires généraux s'efforçaient de tenir dans la patience les prêtres qui demandaient à rentrer en fonctions: ce fut sans succès. Bientôt les chefs de Mission joignirent leurs instances à celles des solliciteurs. Le Conseil écrivit alors au Prélat, estimant qu'il était urgent de satisfaire à un certain nombre de demandes, que ce serait un encouragement, et pour ceux qui attendaient depuis longtemps, et pour ceux qui seraient dans la disposition de se rétracter.
L'Archevêque se rendit aussitôt aux sollicitations de son Conseil : il demandait toutefois qu'on ne procédât qu'avec beaucoup de discernement et de prudence. Le Conseil devait établir des catégories fondées sur le degré de culpabilité. Il précise : celles des jureurs simples, des schismatiques, des intrus, des traditeurs de leurs lettres d'ordre, des apostats suivant la formule d'Albitte, des profanateurs de leurs vœux sacrés et solennels. A ces catégories le Prélat voulait qu'on ajoutât une nouvelle catégorie : celle des prêtres ordonnés par les évêques intrus, dans la crainte que l'intérêt et l'ambition ne les eussent, seuls, déterminés à accepter le sacerdoce.
Il trace-, pour ces derniers, des règles fort précises : « En principe, il faut se défier d'eux, mais examiner cependant avec soin leur portée intellectuelle, leur application, leurs études, les motifs qui les ont conduits dans le sanctuaire d'une manière aussi répréhensible, et enfin ce qu'ils se proposent en nous demandant de nous les associer. Si, de cette information et de plusieurs autres, il résulte qu'on peut excuser le passé et espérer pour l'avenir un sujet vraiment utile à l'Église, je crois qu'il faut le relever et nous l'approprier. Mais pour ceux qui se sont laissés attacher à l'Église par corruption et dans l'espoir de mener une vie inutile et lucrative, nous devons nous occuper de leur salut avec suite et charité, mais ne jamais penser à les sortir de l'état de suspense où nous les trouvons. Les recrues de cette espèce offrent beaucoup de dangers; les avantages, s'il s'en trouve, doivent être bien examinés avant de s'y fier. »
M. de Marbeuf ayant manifesté le désir de voir ses vicaires généraux se réunir pour délibérer et adopter à l'égard des réhabilitations sacerdotales un plan uniforme, le Conseil invita les vicaires généraux forains à se rendre à Lyon pour une assemblée générale. Ceuxci répondirent à l'invitation.
Il fut décidé d'un commun accord : i" que le temps d'épreuve serait proportionné à la gravité de la faute, qu'on tiendrait compte cependant des dispositions des coupables, de leur repentir, de leur empressement à réparer le scandale. — 2° Que les formules des réconciliations, fliites par un vicaire général, seraient lues dans l'assemblée des fidèles de la paroisse où la faute avait été commise. — 3° Dans l'espace de temps compris entre la rétractation et la réconciliation, les prêtres seraient tenus d'assister aux assemblées des fidèles, de fréquenter, suivant les règles imposées par leurs confesseurs, les sacrements de pénitence et d'eucharistie, et de s'employer aux bonnes œuvres que leur demanderaient les missionnaires, aux fonctions de catéchiste par exemple, l'Archevêque ne voulant accorder le bienfait de la réconciliation que dans les cas où il serait moralement sûr de rendre à l'Eglise et au saint ministère « des prêtres selon le cœur de Dieu, remplis de zèle et de charité, fermes dans les principes, sans qu'il ait lieu de craindre qu'ils ne redeviennent relaps \ »
Lorsque l'acte de réconciliation était accompli, le prêtre recevait un celebret pour dire la sainte messe; il était autorisé à faire les fonctions, du saint ministère; toutefois, dans une pensée de délicatesse et de prudence, on avait soin de lui assigner une mission hors de la paroisse et du canton qui avaient été témoins de ses égarements.
Dans la suite, le pouvoir de dresser l'acte de réconciliation, pouvoir réservé d'abord aux vicaires généraux, fut accordé aux chefs de Mission. L'Archevêque obtint pour cela un rescrit de Pie VL
Les vicaires généraux crurent qu'il serait sage de porter à la connaissance de tous les résolutions qu'ils avaient prises dans le Conseil réuni extraordinairement. Ils firent une Instruction à l'usage des fidèles et la Hvrèrent à l'impression.
M. de Marbeuf en éprouva du mécontentement. La lettre qu'il écrivit à cette occasion est un chef-d'œuvre de franchise et de prudence délicate. Il expliquera et montrera le tort, mais avec quelle habileté et aussi quelle paternité !
V Instruction y qui a paru sous son nom, traite de la réconciliation
T. C'est par M. Linsolas seul que nous connaissons les décisions du Conseil extraordinaire. Le résumé, qu'il donne, semble atténué. En réalité, et la lettre de l'Archevêque, lettre qui suit, le prouve, les décisions à l'égard des prêtres tombés furent sévères à l'excès.
Yves-Alexandre de Marbeuf. i^
des prêtres tombés. L'Archevêque en loue l'exactitude; il estime qu'elle a dû imposer un gros travail, et il fait ses remerciements à ses collaborateurs. En demandant une réunion de ses vicaires généraux, « il avait pour objet de les rendre tinivoqucs, voulant aussi que chacun pût profiter des lumières de tous ». Ils ont donc parfaitement réalisé son dessein, et V Instruction , qu'ils ont rédigée, restera le code particulier de son Conseil. On ne contrariera en aucun cas les décisions émises.
Toutefois il n'eût pas fallu livrer ces décisions à l'impression. Si du moins on les avait publiées dans la langue de l'Eglise ! Avec des associés tels que ceux que la Providence lui a donnés, M. de Marbeuf croit entrer dans leurs vues en parlant clairement. « Nous ne devons pas, dit-il, publier le secret de notre pénitencerie. » D'ailleurs, on ne peut établir, lorsqu'il s'agit de suspense, de censure et d'irrégularité, uniformité de jugement, puisqu'il n'y a pas d'uniformité entre les coupables. « Les supérieurs majeurs ne doivent jamais s'obliger à un tarif qui donnerait aux pénitents des droits à faire valoir et qui seraient préjudiciables à leur salut. » Les supérieurs majeurs doivent être iinivoques; mais ils doivent aussi reconnaître et suivre les opérations de la grâce, accélérer ou retarder les réconciliations suivant les fruits de pénitence qui prouvent son action. « Lorsqu'il s'agit de réconcilier avec le Ciel, c'est de lui seul qu'il faut prendre conseil. »
M. de Marbeuf veut aussi qu'on ait à r extérieur de très grands ménagements pour les prêtres. Or, voilà que l'Instruction va rendre pubHques les fautes des prêtres ; par elle, on les aura graduées et exposées dans toute leur horreur. On rendra ces prêtres méprisables, on les effarouchera, et le respect des fidèles pour le ministère ecclésiastique en sera atteint.
L'Archevêque ne veut pas davantage que, pour les prêtres, on parle de pénitence publique. Il espère qu'il n'a jamais eu, lui, cette idée. S'il avait eu le malheur de la produire, il eût fallu par charité lui prouver que dans la primitive Eglise, lors de la plus grande ferveur, jamais les prêtres n'ont été soumis à la pénitence publique. Il croit que le caractère sacerdotal y aurait trop perdu. La suspense, les censures, la déposition, ont été imaginées et employées pour suppléer les autres rigueurs. Sans doute l'imposition publique d'une
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pénitence n'est pas hi pi3nitence publique, mais l'expression pénitence publique est employée dans Vhistruction, et elle peut seule faire beaucoup de mal.
Cette explication donnée et le tort signalé, M. de Marbeuf adoucit avec un rare savoir-flure l'amertume de la leçon qu'il s'est vu obligé de donner : « Je suis loin, dit-il, de comparer mes lumières à celles de MM. les associés. D'ailleurs, leur vertu, leur courage, leur douceur, tant d'avantages qu'ils ont, font que je ne cesse de m'humilier d'être aussi loin de pouvoir leur être comparé. Qu'ils regardent donc, je les en conjure, ma critique avec bienveillance, et qu'ils me permettent de leur adresser ce que l'évêque de Boulogne a fait dans des circonstances à peu près pareilles. Ils verront que ce prélat a partout poursuivi le vice, mais toujours respecté le caractère, même lorsqu'il sévit contre ceux qui en sont revêtus. »
L'Archevêque termine par de nouvelles effusions de bienveillance : (( Vous verrez par l'immensité de ma lettre combien je trouve heureux de m'entretenir de mes associés. Puisse la Providence permettre que les distances disparaissent enfin ! Je sentirai vivement la satisfaction de leur parler de ma reconnaissance, de mon admiration, des sentiments respectueux qu'ils m'ont inspirés. » Rien ne l'arrêtera, ne l'empêchera de regagner son poste dès que des conseillers comme ses vicaires généraux l'y autoriseront. D'après cela « qu'ils se regardent, dit-il, comme maîtres de ses actions, et qu'ils ne doutent pas un instant de sa déférence » \
Robespierre était mort. Les espérances et les revendications commencent à se faire jour. Le clergé fidèle se reprend à espérer.
De son côté, le clergé constitutionnel va sortir de la nuit dans laquelle il s'était enseveli : il accable déjà la Convention de pétitions en faveur de la liberté religieuse. Le 21 décembre, Grégoire, son porteparole, reprend son rêve de christianiser la Révolution et, à l'occasion des fêtes décadaires, il oppose à la profession de foi philosophique de Chénier une profession de foi chrétienne. L'idée de Uberté pour les cultes faisait son chemin.
I. Copie oivoyèepar M. Ga ni iiia ire ÇGirurd) d'une îeUre que tePatro)i adressait aux associes. Ainsi que l'exigea M, de Marbeuf, les exemplaires de V Instruction, demeurés en dépôt, furent anéantis, et on fit tout le possible pour supprimer ceux qui étaient en circulation (Archives ecclésiastiques).
Le 21 février 1795, sur le rapport de Boissy d'Anglas, la Convention vota le décret qui apportait à tous les cultes, sinon le droit de vivre, du moins le droit de ne pas mourir. Ce n'est pas que Boissy d'Anglas, qui était calviniste, eût la moindre intention de restaurer la religion chrétienne : il fait de la politique en réclamant la liberté : « Gardez-vous, disait-il, de faire pratiquer avec enthousiasme dans les souterrains ce qui se pratiquait avec indifférence, avec ennui même, dans une maison privée. » Il estimait que la religion de Socrate, de Marc-Aurèle et de Cicéron serait bientôt la seule religion du monde.
Quoi qu'il en soit, la France accueillit le Décret avec des transports de joie.
L'église constitutionnelle, sympathique par nature au pouvoir, se présenta la première pour jouir des bienfaits de la tolérance. Grégoire groupa quelques-uns de ses collègues de l'épiscopat schismatique, qui partageaient ses espérances, et il fonda avec Saurine (Landes), Royer (Ain), Desbois de Rochefort (Somme), Gratien (Rouen), Primat (Cambrai), le comité des Evéques Réunis. Leur premier manifeste parut, le 15 mars 1795, sous forme d'encyclique : il invitait les évêques constitutionnels à reprendre leurs fonctions. Grégoire arriva ainsi à remettre quarante évêques sur leurs sièges; dans les églises veuves, il établit un Presbytère : car on ne pouvait procéder à des élections pour le remplacement des disparus, les formalités de la Constitution civile étant impraticables. Un journal nouveau, les Annales de la Religion, organe de Grégoire, servira de lien entre les églises diverses. Ce journal enregistrera les victoires du parti constitutionnel, transmettra les mots d'ordre et les décisions prises par les Réunis.
Ce fut Charrier de la Roche, évêque démissionnaire de Rouen, qui, dans sa retraite de Juliénas, reçut l'appel de Grégoire. Il accepta la mission d'organiser à Lyon un Presbytère constitutionnel. Le 24 avril 1795, il répond à Grégoire : « J'ai adressé la Lettre encyclique à un ancien vicaire épiscopal de Lyon, Renaud... Il vous écrira lui-même en droiture et vous donnera les adresses avec précision. Il ne manquera pas d'en conférer avec ceux du clergé assermenté, qui sont restés fidèles, et vous en fera passer les résultats. Je
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lui donne, à cet égard, toutes les instructions que j'ai prises dans votre lettre et que les circonstances exigent. Je ne me suis pas adressé à Ponson, que vous m'indiquez, parce qu'il vient défaire une démarche que je ne juge pas encore, mais qui m'a donné des doutes sur ses sentiments. Il y a une espèce de Conseil établi au nom de M. de Marbeuf (que, par parenthèse, on dit mort, mais du moins qui est bien émigré et rebelle, et qui n'a jamais paru à Lyon), composé de fanatiques dont les principes ne sont propres qu'à faire haïr la Religion, et bien entièrement inconciliables avec la république et la révolution. Ils font toutes leurs affaires très mystérieusement, et néanmoins on sait avec certitude qu'ils ne reconnaissent que Louis XVII, lorsque la république est décrétée, qu'ils refusent l'absolution à ceux qui ont acheté des biens nationaux, à ceux qui ont été aux messes des sermentés, et leur font faire une abjuration pour les admettre aux leurs; ils condamnent le serment même de libertéégalité, et n'admettent parmi eux que ceux qui ne fréquentent pas les fidèles attachés aux constitutionnels. Ponson s'est adressé à ce Conseil — (qui met le trouble dans les familles jusqu'à défendre aux femmes d'habiter avec leurs maris, quand ils ne pensent pas comme elles) — et a offert de s'y réunir en se rétractant. On a envoyé le lendemain, chez lui, deux ecclésiastiques fanatiques et insolents qui lui proposèrent des conditions déshonorantes qui l'ont fait repentir de la démarche qu'il avait faite, et les choses en sont
restées là jusqu'à présent Je n'ai pas cru devoir lui faire passer la
pièce que vous m'avez adressée, parce que rien n'est moins sûr que son attachement à la cause que nous soutenons, et que la conduite anti-civique de nos adversaires rend à mes yeux toujours plus juste. Je l'ai donc adressée à Renaud qui est sûr, plein de talents, excellent prédicateur, membre de l'ancien Conseil épiscopal, et qui est resté fidèle. La plupart de ses autres collègues se sont mariés ou sont indignes de confiance '. »
Charrier de la Roche termine en faisant l'éloge de VEncycUqiic de Grégoire : « Il en a été touché comme d'un ouvrage digne de la sagesse des beaux siècles de l'Église, et il n'y a rien à désirer si ce n'est que ses principes soient tenus fidèlement pour le bien de la Religion et de la République. »