I. Collection de M. Ga/.icr
Un mois plus tard, 29 mai. Charrier écrit à ses collègues, les Réunis, pour indiquer ce qu'il a fait en vue de ressusciter à Lyon le culte constitutionnel. Le document est long peut-être; mais il paraît difficile de ne pas le citer presqu'en entier. Il révèle l'état d'âme de l'ancien évêque intrus de Rouen.
Quelques résolutions qu'il ait prises de ne point se mettre en vue, la cause de la Religion l'intéresse si fort qu'il ne refusera ni ses conseils, ni son influence, ni tout ce qui pourra concourir au but salutaire que poursuit l'Encyclique. Il a écrit au citoyen Renaud et cà quelques autres membres de l'ancien Conseil, restés fidèles, pour rendre la vie cà l'Église de Lyon, « ravagée par des fanatiques, dont elle est inondée », et préparer tout ce qui peut lui donner une existence nouvelle.
« Voici, dit-il, les principes que je leur rappelle, et la marche réguUère que je trace à leur zèle.
« L'Église de Lyon n'a point d'évèque, et, comme le lieu de ma résidence actuelle [Juliénas] est dans la dernière circonscription de ce grand diocèse, je tacherai, pendant la viduité, de la consoler de ce malheur autant que les circonstances le permettront, suivant les lois, sans m'écarter des règles de la prudence.
« Celui qui s'en prétend le premier pasteur ne peut être reconnu sous ce titre : il n'a jamais mis les pieds dans ce diocèse, il est rebelle, il est émigré; en voiLà plus qu'il n'en faut pour l'exclure.
« Ceux qui s'y disent ses vicaires, son Conseil, n'ont pas plus de pouvoir que lui, et il ne peut leur communiquer ceux qu'il n'a pas lui-même, d'autant mieux que cette correspondance avec un émigré est un crime politique aux yeux de la Loi. Ils ne pouvaient donc tout au plus travailler qu'en vertu du cas de nécessité qui légitime tous les pouvoirs quand les ouvriers sont aussi rares et la moisson si abondante ; mais leur prédication est si contraire aux maximes de notre gouvernement et aux principes de la Religion qu'elle ne peut que se discréditer et se détruire elle-même, si toutefois la puissance publique ne la proscrit pas, comme elle le doit, en les poursuivant comme des fanatiques et perturbateurs de la société.
« Il faut donc, dans le dénûment où se trouve cette Église, recourir à la seule autorité qui nous reste, selon la discipline constante de l'Église, l'ancien Presbytère et conseil épiscopal qui doit gouverner
RÉORGANISATION DU CULTK 295
pendant la vacance jusqu'à ce qu'on ait un nouvel évoque suivant le mode canonique et uniforme qui sera établi.
« Le Conseil, malheureusement, se trouve désorganisé par le petit nombre de ses membres qui sont restés fidèles. Mais, n'importe. C'est là où réside l'autorité spirituelle, et il fimt en recueillir les débris qui peuvent encore se réunir pour en former la seule autorité visible et légitime qui nous reste. Ne fussent-ils que quatre ou cinq, c'est assez quand on a réuni tout ce qu'il est possible d'avoir. Je leur conseille même, pour fortifier le poids de ce Conseil, de s'adjoindre quelques ecclésiastiques vertueux, que l'on peut trouver encore dans cette grande cité, quelques vues qu'ils aient, et je leur en désigne qui méritent ce nom parmi les curés et vicaires de cette ville qui ont prêté le serment...
« Réunis tous ensemble, ils ne peuvent, quant à présent, que se livrer à un travail préparatoire pour l'organisation totale du diocèse en prenant toutes les mesures de sagesse et de patriotisme que le zèle éclairé qui les anime leur inspirera, et je les invite à vous donner avis de tout pour vous mettre à portée d'en conférer avec le Conseil formé à Paris sur cet objet, et de diriger l'ensemble de leurs opérations d'une manière légale, sûre, uniforme et digne en tout de la protection du gouvernement, dont il ne faut jamais se séparer. Ils entretiendront aussi correspondance avec moi; et comme je ne puis
— pour beaucoup de raisons et surtout le défaut de domicile et de secours pour la vie animale, où je me trouverais à Lyon, et que j'ai ici plus facilement, indépendamment des affaires qui m'y retiennent
— quitter de sitôt le séjour que j'habite, les uns ou les autres viendront, quand il le faudra, conférer de vive voix avec moi sur tout ce qui exigera des discussions verbales et approfondies
« J'ajoute, dans ma lettre au Presbytère de Lyon, qu'il serait très à propos d'annoncer, par le moyen d'une Instniclion, que l'on s'occupe de cet objet, et que l'on n'a d'autre vue, dans ce travail, que l'affermissement de la République, le salut des âmes, la consolation des fidèles, le repos des familles, et les vrais principes 'de conscience sur la vente des biens nationaux et la communication des chrétiens entre eux que des ouvriers infidèles traversent de tout leur pouvoir; enfin d'y joindre une profession de foi abrégée dans laquelle la primauté du Pape, selon les canons, serait consacrée.
Mais, comme ci ce moment, ce Pontife, circonvenu de toutes parts, a des liaisons d'intérêt avec les ennemis de la France, qui ne permettent pas de lui donner des témoignages directs de ce sentiment, l'attachement à son siège, comme centre d'unité, suffira pour éloigner toute idée de schisme jusqu'à ce qu'après la paix générale on puisse s'expliquer et se faire entendre, sans danger pour la tranquillité de l'État, et repousser les calomnies dont on nous a noircis auprès de sa personne. »
La lettre s'achève sur l'espérance que les adversaires de l'église constitutionnelle seront bien vite discrédités, et qu'ils ne tarderont pas à se préparer des disgrâces véritables qu'ils auront bien méritées. « Le peuple et le gouvernement, convaincus de la nécessité d'un culte qui les favorise évidemment, nous investiront, à la fin, d'un degré de confiance qui sera le bien de la Religion en procurant celui de l'État... '. »
Grâce à l'intervention et au zèle de Charrier de la Roche, le Presbytère fut reconstitué.
Dans une lettre à Grégoire, du 23 juin, Charrier annonce « qu'il a désigné, pour former un Conseil, ceux des membres de l'ancien Presbytère qui n'en sont point exclus par la Lettre Encyclique », et il ne met pas au nombre des exclus les traditeurs de leurs lettres, quand cet acte ne renferme pas une renonciation à l'état.
Les membres de l'ancien Presbytère, choisis par lui furent : Renaud, Bret, Ponson « qui a révoqué les démarches qu'il avait faites près des soi-disant Préposés de Marbeuf ». Charrier les déclare « purs ». Il joint à ce Conseil : les frères Molin « excellents sujets »; Girardot, ancien économe du séminaire; Gobert et Chazette, curés de la ville « qui sont aussi très bons » ; Crespe, exdominicain, et l'ancien économe spirituel de la Charité, Marie. Il annonce qu'il a fait un écrit « pour justifier la conduite de ceux qui ont remis leurs lettres de prêtrise ou quitté leurs fonctions dans de bonnes vues ». La colère de l'évêque démissionnaire de Rouen dépasse toute limite lorsqu'il parle de M. de Marbeuf : « Le Marbeuf a fait répandre à Lyon une ordonnance, datée du lieu de sa retraite (4 fév. 1795), qui est un chef-d'œuvre de hauteur, d'excès,