‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 130 sur 191 · I . Collection de M. Gaziev · texte numérisé non relu

I . Collection de M. Gaziev

de violence, de folie, de mauvais principes et d'ignorance. Il voudrait mettre tout le monde en pénitence, et devrait s'y mettre le premier comme fugitif et émigré. »

Ponson était donc revenu dans les bras de l'église constitutionnelle. En vérité, il ne l'avait jamais abandonnée : car la véritable Eglise ne lui avait jamais rouvert ses portes. L'histoire des démarches que Ponson engagea avec les Préposés est fort intéressante. Charrier de la Roche, toutefois, croyait Ponson corrigé : il n'en était rien, car il continuait à négocier avec les vicaires généraux de Lyon, avec M. de Marbeuf, avec la Pénitencerie et le Pape lui-môme.

Ponson écrit le 19 mars : « Vous trouverez ci-inclus une rétractation de mon serment... Si vous jugez à propos de la faire imprimer et de la rendre publique, j'y consens, pourvu que cette publicité soit restreinte entre les pasteurs et les fidèles. Dieu veuille que mon exemple soit suivi de tous mes anciens collègues!... Ne croyez pas cependant que ce soit le désir de rentrer en fonctions qui m'y a déterminé. Personne n'en est moins digne que moi... Soyez persuadé que je ne m'introduirai point dans le sanctuaire sans y être appelé par l'autorité légitime. La démarche que je fais me coûte sans doute, puisqu'elle blesse mon amour-propre et me prive de mon traitement. Mais toutes ces considérations humaines n'ont pu balancer un instant le plus cher de mes intérêts, celui de mon salut... »

La rétractation de Ponson manque de netteté et de vraie simplicité, flmt-il dire de repentir ? « Vu la division que le serment a causée... considérant : i° que si les prêtres sermentés ont été de bonne foi, une fatale expérience a dû les convaincre que leur serment a été l'arme la plus cruelle dont les ennemis de la Religion se soient servis pour en saper les fondements... 2° Qu'un acte de cette nature ne peut être involontaire lorsque ses dangereux effets sont connus, et qu'on ne peut y persister sans être coupable devant Dieu... 3° Qu'un homme religieux, surtout un prêtre, doit en matière de religion faire le sacrifice de son opinion et se soumettre aux décisions de l'autorité spirituelle ; que, s'il s'élève quelques doutes sur l'authenticité de ces décisions, il doit prendre le parti le plus sûr, qui est d'y ajouter foi... 4° Que si des hommes éclairés n'ont pas hésité à rétracter leur serment, surtout à ce dernier moment... où la

vérité paraît dans tout son jour et triomphe du cœur de l'homme, c'est une preuve qu'il y a, dans le serment, quelque chose qui blesse la conscience...

M Déclare et fais savoir : que je réprouve formellement tout ce que fat dit, fait et écrit tendant à appuyer les changements que l'on a faits dans la discipline ecclésiastique, que je rétracte le serment que j'ai prêté, et que le Saint-Père paraît avoir condamné, et que je veux vivre dans la religion catholique, apostolique et romaine. »

Evidemment Ponson fait allusion à Lamourette se repentant lorsqu'il parle de « ces hommes éclairés qui n'ont pas hésité... surtout à ce dernier moment où la vérité paraît dans tout son jour ». On dirait même qu'il a sous les yeux copie de la rétractation que l'évêque remit à M. Emery quelques heures avant de mourir.

Comment M. Linsolas et le Conseil vont-ils accueillir cette autre rétractation ? M. Linsolas, — était-ce par tactique avec le dessein d'éprouver le postulant, ou par très réelle défiance, ce qui est plus probable — reçut assez mal l'écrit de Ponson.

Il prit soin d'y répondre lui-même. Après avoir rappelé la lettre injurieuse que Ponson avait écrite jadis à M. Courbon, vicaire général, son bienfaiteur, M. Linsolas rétorque point par point les dires du vicaire de Lamourette.

1° Le clergé de France ne fut jamais divisé à l'égard du serment : sur cent trente-deux évêques, quatre seulement l'ont prêté ; la grande majorité du clergé de second ordre l'a rejeté ou rétracté, avant le délai de la déportation.

2° Jamais les prêtres assermentés n'ont pu se trouver dans la bonne foi. D'ailleurs, lorsqu'il s'élève dans une égUse particulière une contestation, un schisme ou une hérésie, les évêques de cette église jugent la cause en première instance. Ils ne sont pas infaillibles; mais leur autorité est très grave : il faut se conformer à leurs décisions en attendant que Rome ait parlé. Or, Rome a parlé par des Brefs; ces Brefs ont été acceptés et signifiés par M. de Marbeuf. La bonne foi cessait d'être, et il n'y avait pas à attendre les leçons de l'expérience.

3° Depuis longtemps les conséquences funestes du serment ont apparu, depuis longtemps Ponson aurait dû revenir.

4" Pourquoi, doutant de l'authenticité des Brefs du Pape, n'a-t-il pas pris le parti le plus sûr qui était de les recevoir ? Lamourette n'a pas révoqué cette authenticité, lui qui s'est acharné à réfuter la doctrine des Brefs. Oïl ne pouvait d'ailleurs élever des doutes sur leur authenticité sans une suprême maladresse : l'Assemblée Constituante les a avoués, en pleine séance, comme venant du Pape ; le ministre, M. de Montmorin, M. de Pompignan chargé de la feuille, M. de Cicé garde des sceaux, — la chose fut avouée en séance, — lesavaient reçus officiellement de Rome; iMM.Treilhard etLeCamus convinrent, à l'Assemblée, que les évêques de France les avaient reçus officiellement de M. de Montmorin ; le Roi, dans son Testament, rappelle les Brefs du Souverain Pontife.

Après avoir ainsi ruiné les considérants de la rétractation de Ponson, le vicaire général examine la rétractation elle-même. Il la déclare insufiîsanle dans la forme et dans le fond. Parlant de la rétractation de Lamourette, et lui comparant celle de Ponson, il ne craint pas de dire : « Soyez persuadé que le Saint-Siège, à qui nous avons fait passer la rétractation de M. Lamourette, ne s'en serait pas contenté d'après les maux qu'il a faits. Ainsi la vôtre est évidemment insuffisante. » La rétractation est incomplète : Ponson n'est pas seulement coupable à raison du serment qu'il a prêté, il est coupable encore d'avoir, en acceptant la charge de vicaire épiscopal, reconnu que la puissance civile avait le droit de gouverner l'Église, de supprimer des sièges épiscopaux, de démarquer à nouveau les diocèses ; il est coupable aussi de schisme et, par ses écrits, d'avoir fomenté le schisme, d'avoir livré ses lettres de prêtrise. Tous les actes de juridiction qu'il a posés ont été des actes nuls. S'il se trouve engagé dans des liens coupables, ainsi qu'on l'a dit, il faut encore qu'il en témoigne du repentir. Il devra rétracter en même temps que le serment constitutionnel tous les autres serments. Les pasteurs et les fidèles ne doivent pas seuls connaître la rétractation, elle doit être signifiée à la Commune, au District et au Département. En réparation du scandale, il écrira une lettre aux fidèles, et il y confessera que tous les actes de son ministère ont été nuls. Défense lui est faite de célébrer, sans autorisation de l'Archevêque, et de s'adonner cà aucune fonction du ministère. M. Linsolas l'avertit en outre qu'il est suspens a sacro et a qiiacumque jurisdictione.

Il eût fallu à Ponson une grande souplesse et une très profonde humilité pour retrouver le droit chemin. A défaut de ces vertus nécessaires, il tenta de louvoyer, et se mit à la recherche d'un expédient. En reconnaissant ouvertement M. de Marbeuf pour archevêque, il craint d'exciter une persécution violente, engagé qu'il est, ainsi que ses collègues, dans la promesse de ne jamais reconnaître pour Chef un émigré. Il veut bien lui être attaché d'esprit etde cœur, mais se refuse à lui rendre un hommage public. Il voudrait que M. de Marbeuf se donnât un coadjuteur : tout le monde irait à ce représentant de l'Archevêque (12 août 1795).

M. Linsolas répondit quatre jours après : « M. de Marbeuf étant, ce qu'il a toujours été, le seul Archevêque de Lyon, il n'est pas possible de ne pas le reconnaître en cette qualité. » Il n'est pas possible davantage de trouver un coadjuteur ; Rome, pour le moment, se refuserait à le donner. Ce coadjuteur d'ailleurs n'ayant que l'autorité de M. de Marbeuf, on serait toujours forcé de reconnaître en sa personne l'autorité et le représentant de l'Archevêque lui-même. Il n'y a pas raison de craindre ; la Convention ne se mêle pas du spirituel; elle ne maintient plus la Constitution civile, et laisse tout ministre libre de reconnaître sa hiérarchie. Dans plusieurs diocèses, à Paris même, on accepte les évêques légitimes '.

I. Le 15 juin 1796, Ponson écrit aux Préposés qu'il a adressé sa rétractaction à la S. Pénitencerie. N'ayant pas de réponse, il écrit au grand Pénitencier qui Tadresse au vicaire général de M. de Marbeuf. En donnant ces détails il sollicite des secours pour vivre : les secours lui sont accordés. Il écrit au Pape le 14 juillet 1796, à l'Archevêque dix jours plus tard, et en même temps aux Préposés. Pour lui, le serment de liberté-égalité n'a pas été condamné. Pourquoi veut-on l'obliger à le rétracter ? M. Linsolas répond : 1° Dans son Bref du 10 mars le Pape a condamné la liberté et l'égalité françaises. Lorsque M. de Castillon interrogea sur ce serment le cardinal Zélada, il fut répondu : Les jureurs de ce serment ne sont pas schismatiques ; on doit s'en abstenir ; dans le doute il n'est pas permis de jurer. Rome a répondu plus tard au sujet des jureurs : Consiilant conscioitiœ siiœ. L'Archevêque a déclaré qu'il retirerait sa confiance aux jureurs. La majeure partie des évêques a condamné ce serment. — Au sujet du serment de soumission aux Lois, l'Archevêque a écrit : « Je déteste les soumissions, elles se prêtent à toutes les vues des novateurs. Le principe des soumissions est que la puissance vient du peuple, en qui elle réside, alors qu'elle ne vient que de Dieu. On ne peut se soumettre à des lois injustes, par exemple accepter le divorce. Les évêques de France ont condamné la soumission du 7 vendémiaire ; la très grande majorité a déclaré que celle du 1 1 prairial ne pouvait se faire sans les réserves les plus claires et les plus formelles. — Ponson continua à faire partie du Presbvtère ; en 1801, il était intrus à Saint- Poly carpe.

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Tenu au courant des négociations qui se poursuivaient à Lyon entre M. Linsolas et le vicaire épiscopal Ponson, M. de Marbeuf, qui n'avait aucune confiance dans leur succès, écrivit à son vicaire général d'avoir à se tenir sur ses gardes : « ... J'admire, dit-il, votre constance et votre bonté dans votre correspondance avec les constitutionnels; mais je ne suis point de ceux qui ont cru qu'un pareil commerce pouvait avoir quelque utilité. Il n'est que trop prouvé qu'on ne peut être de ce parti sans la corruption du cœur. Dès lors il faut abandonner de pareils hommes à la grâce seule et ne conserver aucune habitude avec eux. Nous ne pouvons oublier que ces mêmes hommes ont dénoncé et indiqué les ministres fidèles, partout où ils les ont connus, à leurs bourreaux. Dès lors il faut mettre du prix cl cacher son habitation à des hommes qui, pour le plus vil intérêt, la violeraient. Je ne crains point que mon avis soit connu ; je suis convaincu que la charité a des bornes, et qu'elle n'exige de notre part aucun rapport avec des hommes qui déchirent le sein de l'Église. »

Peut-être ce jugement de l'archevêque sera-t-il trouvé un peu sévère, et sa manière un peu rigide. M. de Marbeuf fut simplement prudent et sage. On ne pouvait se fier aux constitutionnels. Dans une lettre à Grégoire du 20 juin 1795, Charrier de la Roche ne rougira pas d'écrire : « Il semble que, pour arrêter le mal que font tous ces évêques émigrés et rebelles en voulant à toute force gouverner des diocèses qu'ils ont abandonnés, la Convention devrait rendre un décret pour défendre toute communication avec ces hommes qui troublent l'État et ne prêchent que désobéissance à ses lois, et de plus, pour favoriser ceux qui sont soumis aux Lois, renouveler le décret du 9 juin 1791, touchant les Rescrits de Rome, pour nous mettre à l'abri des persécutions de cette Cour Cela n'est pas contraire au plan que s'est formé le gouvernement de ne pas se mêler de religion, parce qu'il doit savoir ce qui se passe dans son sein, réprimer les perturbateurs, ne laisser opprimer personne, et protéger tous les cultes qui prêchent l'obéissance envers lui... » D'après Charrier, les catholiques de France ne peuvent être dirigés par des Regnicoles, et l'autorité du Pape ne doit être exercée que selon les articles de 1682.

Le mot de l'archevêque de Lyon demeurera : « Il n'est que trop prouvé qu'on ne peut être de ce parti sans la corruption du cœur. »

Toutefois M. de Marbeuf, sévère dans les sentences qu'il prononce en sa qualité de justicier, n'oublie pas qu'il doit être aussi le bon Pasteur et aller à la recherche des brebis qui ont déserté son troupeau. Il s'efforce, quand il s'agit des constitutionnels avancés, de leur ouvrir les yeux. Mais s'il parle à ceux qu'il appelle les défectionnaires, c'est-à-dire à ceux qui ne sont pas engagés à fond dans la révolte, sa voix se fait très douce, très paternelle et engageante.

Le Mandement pour le Carême de 1796, qu'il envoya de l'exil, le 22 décembre 1795, est un modèle de cette délicatesse, et aussi une preuve du sens avec lequel l'Archevêque de Lyon savait tirer parti des circonstances et leur adapter la leçon qu'elles comportaient.

L'Église constitutionnelle tente de reprendre une place au soleil. Par un énergique réquisitoire M. de Marbeuf va arracher le masque qui cache sa laideur, la mettre en face de ses erreurs, de ses crimes et de leurs lamentables conséquences : « Nous devons, dit-il, vous faire remarquer les profondeurs de l'abîme dans lequel se sont précipités les ministres téméraires de la nouvelle église schismatique, soit jureurs, soit intrus. Devenus les jouets de l'esprit de mensonge qui les a égarés dans le principe, à quels excès d'extravagance et d'impiété ne se sont-ils pas vus entraînés. A peine ont-ils consommé leur fatal divorce avec l'Eglise catholique... ils se sont vus poussés à l'apostasie de leur sacerdoce par la demande qu'on leur a faite de leurs lettres de prêtrise, et par la renonciation qu'on a exigée d'eux à l'exercice de toutes leurs fonctions spirituelles. Bientôt après, l'abolition totale du culte chrétien fut proclamée en France, et ce fut un pontife apostat, l'un des fondateurs de l'église schismatique (le sieur Gobel, l'un des consécrateurs des évêques intrus) qui ouvrit le nouveau gouffre et s'y précipita le premier avec plusieurs de ses adhérents. Les temples et les autels de Jésus-Christ furent livrés alors au culte d'une nouvelle divinité sous le nom de la Raison... On vit l'abomination de la désolation s'établir dans le lieu saint... Le signe adorable de notre rédemption fut abattu, les images vénérées des saints indignement outragées; ... et, pour anéantir, s'il était possible, tous les souvenirs du Christianisme, on vit les enne-

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mis les plus implacables de la Religion faire les derniers efforts pour abolir le jour du Seigneur ; aux noms des saints, aux solennités les plus augustes, ils substituèrent des noms d'arbres, de plantes, d'animaux... Voilà cependant jusqu'à quel point la fausse philosophie de ces hommes superbes... a cherché à dégrader la Nation française; voilà le terme fatal et honteux où elle a conduit des ministres même du sanctuaire, après les avoir détachés du centre catholique. Mais, c'est que du schisme à l'apostasie et à l'idolâtrie, le passage est plus court qu'on ne pense ; dès qu'on est sorti de la voix droite, il n'est point d'égarement dont on ne se rapproche ; un abîme appelle un autre abîme, et il est bien difficile de se défendre des derniers excès lorsqu'on a eu la faiblesse de céder aux premières séductions de l'esprit d'erreur. Aussi a-t-on vu un grand nombre de prêtres, de religieux, d'évêques même de l'église schismatique, franchir avec effronterie même les bornes de la pudeur en contractant publiquement des mariages scandaleux, au préjudice du vœu solennel de chasteté perpétuelle qu'ils avaient émis au pied de l'autel, faire sans frissonner les serments les plus impies, devenir ardents et cruels persécuteurs de leur ancienne religion, prostituer leurs hommages sacrilèges à une fausse divinité, donner ainsi de l'éclat à leur apos tasie, et provoquer, par leurs exemples et leurs discours, celle d'une multitude d'aveugles qu'ils auraient dû éclairer et retenir... Qu'ils s'applaudissent encore, s'ils l'osent, les ministres aveugles et obstinés de Téglise schismatique, sur les nouveaux systèmes qu'ils ont embrassés et sur les moyens de violence par lesquels on s'est efforcé de les soutenir et de les faire prévaloir. Qu'ils nous vantent la pureté de leurs intentions et de leur doctrine ; qu'ils nous parlent de leur disposition de paix et du désir qu'ils ont de se réunir à nous pour travailler à l'œuvre de Dieu. Espèreraient-ils nous persuader qu'ils ont été étrangers aux maux incalculables qu'on a faits par eux et pour eux à la Religion et à l'Église ? »

Les constitutionnels ne peuvent justifier leurs serments, ni dire sérieusement qu'ils ignorent la condamnation qui en a été faite par le Saint-Siège et par l'Archevêque de Lyon. Ils ne peuvent se bercer de l'espérance que, leur doctrine étant manifestement opposée à la foi, on puisse les recevoir dans le ministère tant qu'ils n'auront pas rétracté leurs erreurs et prouvé la sincérité de leur retour par des

réparations de scandale et des œuvres expiatoires proportionnées à la gravité de leur délit.

Quant aux défcctionnaires qui, après le serment, ont eu peur de l'abîme et, refusant de livrer leurs lettres de prêtrise, sont revenus sincèrement, M. de Marbeuf n'en parle qu'avec une compassion pleine de tendresse : « Nous avons déjà ouvert à quelques-uns les portes du sanctuaire, et nous ne suspendons, pour quelques autres, les effets de la même indulgence que pour nous assurer de la solidité de leur repentir et pouvoir en répondre à l'Eglise quand nous les rétablirons dans toutes les fonctions du saint ministère. » Il presse les retardataires : « Nous en prenons Dieu à témoin, quelques coupables qu'ils puissent être, ils seront reçus à bras ouverts ; toutes les marques d'une charité vive et compatissante leur seront prodiguées; on les encouragera, on les consolera, on les soutiendra dans les épreuves nécessaires... Qu'ils écoutent donc nos pressantes invitations, qu'ils reviennent avec confiance dans la maison paternelle... Leur retour sera, dans l'Eglise comme dans le Ciel, le sujet d'une grande joie : les entrailles de la miséricorde s'ouvriront et se dilateront pour eux; ils seront investis de toutes les bénédictions de la douceur, et ils recueilleront les heureux fruits de la paix promise à tous les hommes de bonne volonté... »

M. de Marbeuf eut à interv-enir, pour rappeler à M. Moreau, évêque de Mâcon, l'un de ses suffragants, la ligne de conduite qu'il fallait garder vis-à-vis de ceux qui voulaient revenir à l'Église. Bon et pitoyable, l'évêque de Mâcon facilitait les retours dans une mesure si large qu'elle pouvait devenir nuisible et paraître un blâme pour les évêques voisins, lesquels se bornaient à appliquer les règles rigoureuses fixées par le Pape lui-même. Deux lettres de plaintes étaient arrivées à Fribourg. Les six évêques qui se trouvaient dans cette ville s'émurent, et celui de Poitiers fut chargé par eux d'écrire à l'Archevêque de Lyon pour le prier d'adresser à M. Moreau quelques représentations. Les plaintes, parleur nature même, étaient sérieuses : « Le Patron... réconcilie aussi les intrus, et s'il pouvait trouver des prêtres assez indulgents pour absoudre ceux qui ont reçu l'ordination des mains de Gouttes, il les réconcilierait comme les autres... Il est si bien connu des schismatiques que les vingt-deux

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évêques intrus assemblés en conciliabule à Paris viennent de lui proposer, par l'entremise de Charrier de la Roche, de se joindre à eux... Ceux qu'on réconcilie ne font point de rétractation. Bien plus, le Patron prétend que cette rétractation n'est qu'une pénitence dont il a le droit de dispenser... Son vicaire général, M. Circaud, a interdit six prêtres très catholiques pour avoir enseigné qu'on ne devait pas regarder comme réconciliés avec l'Église les prêtres qui ne se rétracteraient pas publiquement... Le Patron a approuvé ce qu'avait fait son vicaire général... » (Plainte du 6 juillet 1795.)

Bien qu'il lui en coûtât d'intervenir en des circonstances si délicates, M. de Marbeuf écrivit à son suffragant le 10 août. Il lui rappelle les exigences du Pape à l'égard des prêtres tombés : « Serait-il possible, ajoute-t-il, que l'inquisition si sévèrement exercée en France vous eût privé de ces pièces, et que vous eussiez pensé que vous exerciez une autorité propre que vous puissiez étendre et resserrer à votre volonté? Dans ce cas, je vous conjure de regarder comme certain ce que je vous demande et que j'ai extrait de chacune des pièces. Dès que vous m'aurez marqué le désir d'avoir les pièces mêmes je vous les ferai passer. En attendant, je vous conjure de renoncer à la conduite que vous avez adoptée jusqu'à présent, parce qu'il sera prouvé à tout catholique, prêtre, évêque ou laïc, que tout ce que vous faites de contraire à la volonté connue du Pape, vous le faites sans pouvoir aucun et d'une façon dangereuse pour les prévaricateurs qui s'adressent à vous, et pour vous-même. Vous me trouverez pressant. Mais comment pourrais-je l'être moins...? Il faudrait, pour me forcer au silence, que je puisse avoir des doutes sur l'usage que je fais des pouvoirs que m'a concédés le Pape. Or, je n'en ai aucun. Il me faut donc user de tous les moyens qui sont en mon pouvoir pour vous convaincre du précipice que votre indulgence ouvre sous vos pas. Puissiez- vous ne pas perdre un instant pour le fermer, et rendre justice au tendre intérêt que l'amitié m'inspire ! Il sera de tous les instants de ma vie, ainsi que l'attachement respectueux que je vous ai voué et avec lequel je suis. Monseigneur, votre dévoué serviteur '. »

Cette lettre, pleine à la fois de fermeté et d'une grande délica-

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