‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 134 sur 191 · Collection de M. Gazier · texte numérisé non relu

Collection de M. Gazier

encore l'obéissance aux lois, lois toujours fondées sur l'égalité et la liberté. Le nouveau serment renferme donc tout le danger des anciens ; il est dès lors illégitime. wMM.de Montmorency et de Thémines l'interdirent. Dans le camp opposé : MM. de Bausset, Emet}-, le jésuite de Feller, objectaient que la Constitution civile était morte et abrogée, que la soumission pouvait demeurer passive. Ils insistaient sur les dangers d'une résistance aveugle : on allait donc laisser la place aux schismatiques, fomenter une persécution nouvelle, perdre à jamais les églises. M. de Clermont-Tonnerre ordonna de prêter le serment ; MM. de Mercy et de Villedieu le conseillèrent; à Paris, M. Dampierre, vicaire général de M. de Juigné, favorisait ouvertement la soumission.

Forte de la réponse de M. de Marbeuf, l'autorité diocésaine de Lyon persistait en interdisant les soumissions. Toutefois, comme la question se posait plus sur le terrain de la doctrine que sur celui de l'opportunité, elle décida de demander à Rome même une ligne de conduite. Un théologien de la Pénitencerie, le P. Bolgini, ayant déclaré que les prêtres français pouvaient faire l'acte de soumission tout aussi bien que les premiers chrétiens purent se soumettre aux lois des empereurs romains, M. Girard écrivit, de Saint-Maurice, au cardinal Zélada, secrétaire d'Etat de Sa Sainteté Pie VL Ce dernier répondit que le sentiment du P. Bolgini n'était qu'une opinion particulière, que la question des soumissions était étudiée par la S. Congrégation, et que bientôt elle donnerait sa décision sous Tautorité même du Pape.

Dans un tel conflit d'opinions, M. de Marbeuf n'hésita pas à développer sa pensée tout entière. Il écrit, le 7 septembre 1796 : « Rien ne me portera à approuver l'acquisition des églises tant que je verrai qu'aucune loi ne protège les ministres qui s'y emploieront. Ce qui est arrivé en 1791 doit nous instruire pour le moment présent. Des scènes de scandale et d'horreur ont suivi une démarche imprudente que le zèle le plus pur avait conseillée. Bornons-nous donc à notre obscurité tant que la Providence l'ordonnera, et que les malheurs passés nous servent de leçon. Je sais que ce parti exposera à la censure, et qu'on nous trouvera trop froids sur un article qui ne nous permet aucune indifférence. Mais quel parti prendrez-vous qui con-

LE PRF.SBYTHRE CONSTITUTIONNEL DE LYON

tente tout le monde ? Il faut se soumettre a la raison et renoncer à tout autre guide dans une conduite pareille. Or, j'avoue que, dans la concession perfide qui nous est proposée, je ne vois que le plan de rendre l'église constitutionnelle rivale de la véritable. Les insignes déserteurs auront toute liberté d'insulter au dogme et à la morale ; ils seront soutenus dans tous les tribunaux, et nous, insermentés, dont le procès est tout fait, on nous conduira au supplice pour avoir dit ce que nous ne pouvions taire sans crime. On me dira que la corruption est toute de mon côté, que les vues de ces Messieurs sont très pures. Je le souhaite plus ardemment que personne ; mais on ne me persuadera jamais que des hommes vrais et purs ne s'occupent que du matériel d'un temple sans penser à la sûreté de ceux qui doivent le desservir. Lorsque, par un procédé qui a une apparence humaine, on sera parvenu à bien connaître ceux qu'on veut sacrifier, croyez que la cruauté se montrera. L'anarchie offre tous les jours des moyens. En prononçant d'une fiiçon si nette, je ne prétends pas exclure l'attention des associés sur quelque décret nouveau qui pourra intervenir touchant le culte. Je les prie, au contraire, de l'examiner avec toute l'attention dont ils sont capables. Mais autant je conçois de possibilité sur l'ordre que l'avenir peut établir, autant je me crois sûr que la proposition du moment n'est et ne peut être qu'un piège. »

M. de Marbeuf étudie ensuite le moyen terme proposé par ses vicaires généraux : « La reconnaissance qu'on vous demande vous effraye. Celle que vous m'annoncez trouver simple me produit le même effet. Quel sens donnerez-vous à ne pas troubler rordre public ? A juger cette assertion comme toutes celles qu^on nous a proposées, ne dirait-elle pas qu'il faudra taire toute vérité et accréditer le mensonge ? En entendant mon commentaire, j'espère que vous comprendrez que toute proposition vague est une arme : avant de confier cette arme, il f^mt bien connaître les sentiments du dépositaire qu'on choisit. Sans doute il serait sage d'exiger que les dépositaires de l'autorité voulussent être justes envers le clergé comme envers tout autre; mais le pourraient-ils pour la partie du temporel et de la législation que vous indiquez, et nous sommes loin de demander tous ou aucun des avantages qui nous appartenaient légitimement ? Que pouvons-nous demander ? La sûreté de nos personnes et la

3l6 YVES-ALEXANDRE DE MARBEUF

liberté de notre ministère. Ministres d''un Dieu crucifié, il ne nous irait pas de nous occuper des biens de la terre. Nous devons nous tourner vers d'autres plus solides et en procurer la possession à tous les hommes, même à ceux qui nous ont persécutés. Vous voyez que ma prétention n'est pas étendue. Telle qu'elle est, si on veut la réaliser, nous partirons tout heureux de donner le reste de notre vie à nos compatriotes; mais il doit vous être sensible que si ces deux points souffrent difficultés, ceux qui les feront ne sont pas de bonne foi.

« Je ne croirai jamais que ce soit à nous à définir, ni à fixer, la nature du gouvernement. Mais des serments propres ne peuvent détruire ceux qui avant étaient obligatoires. J'oserai dire qu'il n'a jamais été un moment où il soit plus nécessaire de se refuser à toute question étrangère, s'envelopper dans la Loi de Dieu, la pratiquer et la persuader aux hommes. Voilà notre état. Peut-être autrefois étendait-on beaucoup trop le devoir Je vous prie de vous prémunir contre les efforts des constitutionnels. »

C'est qu'en effet le Presbytère de Lyon ne restait pas inactif. La correspondance de Marie, écrivant à Grégoire, nous fait assister à toutes ses démarches et à toutes ses espérances \

Marie désirait un évêque — et il propose Renaud — pour qu'on puisse efficacement s'opposer aux conquêtes des prêtres insermentés qui gagnent du terrain. « Déjà par leur sollicitude, dit-il, des croix ont été plantées sur les chemins, dans les montagnes du Beaujolais. » Il annonce qu'à Saint-Etienne, les prêtres constitutionnels ont rouvert deux églises, celles des capucins et de Notre-Dame, et que, dans quelques communes voisines, les églises se rouvrent aussi. Il voudrait que les districts rendissent les lettres de prêtrise à ceux qui les ont livrées. Cette question de rentrée en possession de leurs lettres d'ordre sera le grand souci des prêtres schismatiques qui sentent que, par la tradition qu'ils en ont faite, ils ont eux-mêmes creusé le fossé qui les sépare de l'Église. Barrot, l'un d'eux, déclare que « si la Convention ne fait pas rendre ces lettres, les prêtres constitutionnels seront pourchassés comme impies, scandaleux et apostats. » (9 avril 1795.) Quelques semaines plus tard (4 mai), Marie

Page 1