Collection de M. Gazier
Yvcs' Alexandre de Marbeuf. 2%
Missions. Les cadres de cette œuvre, si intelligemment conçue, sont maintenant au complet : les missionnaires vont partout : prêtres fidèles dont la vertu et le zèle se sont élevés à la hauteur des circonstances, dont l'esprit de sacrifice n'a jamais marchandé l'effort; prêtres tombés qui ont à cœur de mériter un pardon qui leur a été donné généreusement, de réparer devant Dieu et devant l'Église leur folie et leur témérité. Tous travaillent avec un oubli d'euxmêmes d'autant plus total que leur ministère, parmi les difficultés des temps, est plus secret, plus divers, plus impersonnel '.
M. de Marbeuf avait promis de donner à cette institution qui, dès le début (1794), s'était montrée pleine de promesses, une forme définitive. Il attendit les rapports de ses vicaires généraux sur les travaux des missionnaires pour se prononcer en connaissance de cause. Maintenant « instruit de l'influence des missions, soit pour ramener dans le sein de l'Église ceux qui s'étaient égarés, soit pour consoler et justifier ceux qui se trouvaient au milieu des persécutions, sachant que par ce moyen les secours spirituels avaient été à peu près également distribués dans tous les endroits accessibles, et qu'on avait fait la conquête d'une foule de paroisses qui s'étaient obstinées dans le schisme », il se décide à envoyer à ses coopérateurs la longue ///5/n^^//o// du 15 février 1796.
L'Archevêque commence par louer le courage et le zèle des missionnaires. Toute sa consolation dans l'exil est de s'occuper des maux qu'ils souffrent et des objets qui peuvent leur être utiles. Il leur recommande par-dessus tout de suivre l'avis du divin Maître : « Estote prudentes sicut serpentes ». Le ministère dans ces jours de persécution doit rester secret.
Le diocèse avait été partagé en vingt-cinq groupements de paroisses. Chaque groupement reçut le nom de Mission et eut : un chef, un adjoint, des missionnaires et des catéchistes. Cette hiérarchie fut complétée par la désignation, dans chaque village, d'un chef laïc ayant une fonction spéciale.
I. Par leur Lettre du 15 avril 1795, les vicaires généraux ordonnèrent un nouveau recensement des prêtres vivant dans la communion de M. de Marbeuf: ils avaient appris que des ecclésiastiques coupables s'étaient ingérés dans les fonctions du ministère. Le recensement se fit du 15 avril au 15 mai. On remit aux missionnaires une « marque » qui leur permettait de se reconnaître entre eux et de se fuire reconnaître par les chefs de village, chargés de les accréditer auprès des fidèles.
I" Le Chef de Mission, choisi par les vicaires généraux, reçoit d'eux ses missionnaires. A lui de les conseiller, de les diriger, de leur donner les décisions urgentes, ou de faire passer au vicaire général forain, parfois même au Conseil de Lyon, les causes majeures. Deux fois l'an, il visitera les paroisses sur lesquelles il a reçu une juridiction spéciale, se rendant compte des besoins, des retours, apaisant les différends. Après chaque visite, il enverra à l'autorité un rapport sur l'état de la Mission. Il transmettra à ses collaborateurs les communications qui viendraient du Conseil.
2° L'adjoint est un simple auxiliaire dans l'administration générale de la Mission. Toutefois, si le chef venait à manquer par absence, maladie, ou toute autre cause, l'adjoint le remplacerait en tout, investi qu'il serait de ses pouvoirs, prérogatives et autorité.
3° Chaque missionnaire exerçait le ministère quelquefois sur huit ou dix paroisses différentes, muni de pouvoirs à l'ordinaire très étendus. Il pouvait, sur le territoire de la Mission, entendre les confessions, même celles des religieuses, absoudre dans la plupart des cas réservés à l'Archevêque, et bénir les mariages; bénir aussi les linges, ornements, vases pour conserver la sainte Eucharistie ; en cas de nécessité, et avec l'assentiment de deux chefs de Mission, il pouvait exercer le ministère sur le territoire de la Mission avoisinante. Les dispenses de mariage, jusqu'au quatrième degré, étaient demandées au chef de la Mission. Le missionnaire accordait encore l'indulgence plénière à l'article de la mort. L'absolution des peines canoniques, portées parle Souverain Pontife ou l'Archevêque, demeurait réservée aux vicaires généraux ou délégués ad hoc. Toutefois les missionnaires avaient le droit d'absoudre les fidèles tombés dans le schisme, les profanateurs d'hosties consacrées, de vases sacrés, ceux qui avaient assisté aux fêtes de la Raison, de TÊtre suprême, à la procession de l'âne etc. Les pouvoirs donnés étaient renouvelables chaque année. « Les missionnaires seront tenus de s'aimer entre eux comme des frères. Vis-à-vis des fidèles, ils garderont un parfait désintéressement, refusant toute rétribution pour les sacrements qu'ils donnent, les services qu'ils rendent; il serait à souhaiter qu'ils refusassent même ce qu'on leur offre. Ils recevront les objets qui leur seront nécessaires directement plutôt que Targent destiné à les procurer. Ils s'occuperont moins des âmes pieuses que des vrais
pécheurs. Ils auront moins d'empressement à étendre leurs travaux que de soin à mériter que Dieu les agrée et les bénisse : les fruits de leur ministère sont le prix du zèle, des vertus sacerdotales, surtout de l'humilité. Tous les fidèles du canton ayant droit à leur dévouement, ils célébreront alternativement dans chacune des paroisses du canton. Ils useront des plus grands égards envers les prêtres tombés et rétractés. Après avis du Chef, ils les emploieront en qualité de catéchistes. Ils essaieront doucement de ramener les prêtres encore égarés dans le schisme : jamais ils ne parleront d'eux durement. »
4° Les catéchistes furent divisés en trois classes : 1° les stables; 2° ceux qui précéderont les missionnaires; 3° ceux qui accompagneront les missionnaires. Les premiers garderont les paroisses, assistant les corps, surtout les âmes. Ils pourvoiront à l'ondoiement des nouveau-nés; ils apprendront des missionnaires à baptiser adroitement, avec une éponge imbibée d'eau, les enfants des schismatiques non baptisés encore, lorsqu'il sera nécessaire et possible. Ils visiteront les malades, les disposeront, puis iront quérir les missionnaires .
Les deuxièmes précéderont les missionnaires : ils iront en éclaireurs préparer les voies; ils se glisseront dans les paroisses voisines et hostiles, suscitant des dévouements.
Enfin les troisièmes accompagneront les missionnaires : ils seront leurs gardes de corps, s'efforceront de découvrir les pièges tendus sous leurs pas; ils leur procureront des retraites sûres, favoriseront leur fuite : les missionnaires leur sont confiés en dépôt. Ils les aideront dans les paroisses où ils se rendront.
5° La mission du Chef laïc ou chef de village était très importante. Elle consistait à décharger le prêtre d'une partie de la sollicitude pastorale, d'où nécessité de choisir, pour la fonction, des hommes pleins de foi, de zèle, de courage, de prudence et de discrétion. Le chef laïc devait veiller sur la paroisse, en l'absence du prêtre, présider les assemblées, annoncer les jeûnes et les fêtes, de même les décès ; il était chargé des prières ou lectures pour la sanctification du dimanche. A lui encore de veiller à ce que les fidèles gardent la discrétion nécessaire, d'empêcher que les missionnaires ne soient ni assaillis ni accaparés lors de leur visite. Les Chefs laïcs
ont d'autres charges : « Ils s'offriront comme arbitres dans les difficultés, distribueront les imprimés, tiendront la liste des décès, naissances et ondoiements. Ils s'occuperont des schismatiques pour préparer leur conversion ; mais ils se garderont de les introduire, sans une sérieuse épreuve, dans l'assemblée des fidèles. Ils recevront les rapports des catéchistes à demeure, et mettront le missionnaire au courant de tout ce qui aura été fait durant son absence. »
Les Chefs de Mission et les prêtres qui travaillaient sous leur direction durent se cacher sous des noms d'emprunt.
Le plus grand obstacle que rencontrèrent les Missions fut le très vif désir qui poussait les curés à regagner leurs paroisses, où des ouailles délaissées les attendaient, souvent les appelaient. Ce désir devint chez beaucoup irrésistible, surtout après la loi du 1 1 prairial qui semblait favorable au retour. En donnant un règlement pour les Missions (fév. 1796), l'Archevêque avait eu soin de déclarer que leur établissement « n'était pas une atteinte au droit certain des curés restés fidèles; qu'il ne les éloignait de leurs paroisses que momentanément, en vue du bien général, de leur sûreté personnelle, pour l'unité de la direction, en attendant que des circonstances plus favorables permissent de reprendre le troupeau dont ils étaient les pasteurs. » Mais, forts de leurs droits et poussés par leur affection, beaucoup de curés, nouvellement rentrés de Texil, ne voulurent pas se laisser persuader.
L'Archevêque adressa, le 4 octobre 1796, une Lettre des plus touchantes et des plus persuasives. Les adversités qui ont accablé le clergé depuis la Révolution, disait-il à ses prêtres, ne doivent point être rapportés au hasard : Dieu afflige ceux qu'il aime. Dans les rigueurs apparentes de sa Providence, il faut chercher à pressentir ses vues et à s'y conformer. Les prêtres rentrés sauront obéir. « En arrivant dans un pays où la persécution semble s'être étabhe, quoiqu'elle ait varié ses formes, on court de véritables dangers en suivant son esprit particulier. La sagesse et le devoir exigent qu'on adopte, qu'on s'incorpore, la forme de gouvernement dont l'expérience a prouvé l'avantage. » Cette forme est celle des Missions. M. de Marbeut n'ignore pas que plusieurs de ses curés ont été prévenus contre cette forme nouvelle, et qu'ils ont été affiigés de la constance qu'il a mise à les prier de s'éloigner de leurs paroisses pour se confondre
dans la société des ouvriers évangéliques. Il n'a pas agi sans de sérieux motifs : il exposera ces motifs, priant ses curés de les juger. 1° Y a-t-il de l'exagération à considérer un diocèse comme une famille et à désirer que, dans un moment de trouble, toute tâche particulière disparaisse pour donner à chacun l'ouvrage le plus utile et le plus pressant ? 2° L'expérience a montré que les curés de paroisse rentrés ont éprouvé des outrages de toute espèce. — 3° On ne peut en douter, le cœur d'un archevêque saigne lorsqu'il est réduit à interdire aux pasteurs la résidence à laquelle ils sont obligés. Mais c'est un devoir rigoureux de Tinterdire pour ménager leur vie ; l'apparition de tout curé dans sa paroisse expose nécessairement sa vie. 4° De quelque sagacité qu'on soit doué, il est difficile de ne pas excéder les bornes dans les moyens qu'on emploie pour apaiser un peuple délirant dont on veut rappeler la confiance égarée.
M. de Marbeuf prend corps à corps un argument qu'on opposait aux curés hésitants. On disait : « quils deviendraient complices de la destruction de leurs titres s'ils consentaient à exercer des pouvoirs temporaires, eux qui, dans leurs propres paroisses, en ont quils tiennent de r Église même, quelle seule peut leur ôter, mais seulement après une instruction préalable. »
L'Archevêque répond : 1° Comme c'est chose triste de voir combien il est facile aux méchants de mettre des curés respectables en défiance contre les entreprises prétendues de leur évêque! — 2° La cause des évêques et des curés, relativement à leurs titres, est absolument identique : « Si j'ai soutenu que la mission des Apôtres ne pouvait être altérée ni restreinte par la puissance séculière, au même moment j'ai établi, comme une vérité incontestable, que les démarcations des paroisses ne peuvent être changées que par l'Église même qui les a posées. Il est donc certain que tout évêque est aussi intéressé par son essence à l'existence de tout titre de bénéfice dans son diocèse qu'au sien propre. Mais lorsque toute vérité est méconnue, nous devons regarder tous les droits les plus certains et tous les titres comme dans un état de sommeil. Alors le salut des fidèles, et la sûreté de ceux qui doivent le procurer, est la seule considération qui doive occuper; toute autre doit lui être soumise. Lorsque la Providence permettra des assemblées diocésaines, vous m'y verrez aussi
occupé de la gloire des disciples que de celle de l'apostolat dont je suis honoré. Jusque-là nous devons nous oublier nous-mêmes et ne pas balancer à oublier la parochîalité, principe de beaucoup de dangers, pour n'exercer que le sacerdoce, principe de grâces pour soi, de fruits abondants pour les autres. Je finirai en vous conjurant de penser que je ne vous ai conseillé ici que ce que j'avais espéré pouvoir m'approprier moi-même. Longtemps j'avais espéré m'établir dans mon diocèse, et mon projet n'avait point été de me fixer dans le lieu où mon siège est établi. Je me proposais de trouver un asile très ignoré et de m'y dévouer au saint ministère. Si le Ciel eût béni mes projets et mes travaux, je n'aurais jamais craint que le siège de Saint-Irénée eût été ébranlé parce que son successeur n'aurait pas travaillé dans le même lieu. »
L'Archevêque termine son émouvant plaidoyer : « Je conjure mes curés, au nom de J.-C, de se réunir à moi, c'est-à-dire à l'œuvre commune, et de penser que celui qui ne ramasse pas avec moi dissipe. ))I1 les avertit qu'ils répondront devant Dieu de la faiblesse des raisons et de l'esprit particulier qui pourraient les porter à ébranler, autant qu'il est en eux, la forme de gouvernement que des temps nouveaux ont imposée, et qui n'est protégée qu'à cause des avantages considérables qu'elle a procurés. Si son invitation est reçue avec froideur, il se gardera de porter atteinte aux droits que possèdent MM. les Curés sur leur propre troupeau : ils devront toutefois se regarder comme bornés, pour l'exercice de la juridiction, à leur seule paroisse, jusqu'à ce qu'il en ait été ordonné autrement.
Dans une lettre du 13 septembre 1797, l'Archevêque exige de ses vicaires généraux qu'ils déclarent que son désir est de voir arriver l'instant où tout curé pourra se remettre à la tête de sa paroisse; que, sur ce point, le droit des curés est indiscutable et sacré. Toutefois l'heure n'est pas propice à un retour dans les paroisses dont ils sont titulaires. « Employez, ajoute M. de Marbeuf, tous les moyens de persuasion qui seront en votre pouvoir pour détourner MM. les curés qui voudraient, avec un trop grand danger, se rétablir dans leur paroisse. Rendez-leur sensible l'abondance de la moisson et le petit nombre des ouvriers qui vous restent. Répétez-leur que si Dieu récompense le courage, il ne bénit point l'imprudence, et que les pertes multipliées que nous avons faites doivent nous portera mena-
ger, comme la prunelle de l'œil, chacun de nos coopérateurs. Si, malgré tout ce que la charité et l'intérêt de l'Église mettra sur vos lèvres, vous les voyez persister à exécuter leur projet, je désire que vous vous borniez alors à adresser vos prières au Ciel pour qu'il daigne seconder leur entreprise. »
Le cardinal Zélada, secrétaire d'Etat de Pie VI, écrivant à M. Girard, vicaire général, qui l'avait consulté au sujet des soumissions, avait promis que la Sacrée Congrégation donnerait bientôt une réponse sous la signature même du Pape. Or, voilà qu'au commencement d'octobre 1796 les feuilles publiques divulguèrent un Bref de Pie VI, du 5 juillet, adressé à tous les fidèles catholiques demeurant en France, dans lequel, avec les termes les plus clairs, le Pape recommandait la soumission aux puissances établies. Ce Bref {Pastoralis sollicitudo) causa aux catholiques une énorme surprise et apporta aux constitutionnels une joie sans mélange. Le Bref était-il authentique ?
Pie VI s'était décidé à intervenir auprès du gouvernement français. A la fin de juin, il envoya à Paris l'abbé Piérrachi pour tenter de négocier avec le Directoire. L'abbé apportait le projet d'un Bref destiné à amener la paix définitive par le moyen de la soumission aux lois. Mais le Directoire rompit brutalement tous pourparlers avec Rome.
Une indiscrétion, ou mieux une réelle manœuvre pernicieuse, jeta le Bref dans le public. En vérité, c'était tout au plus un simple projet de Bref. La publication qui en fut faite, dans une forme qui s'éloignait des usages constants de la Cour romaine, donnait lieu à une légitime défiance, enlevait même toute autorité à la parole du Pape.
Toutefois, après cette publication, on fut en droit de croire que le Souverain Pontife penchait très visiblement, pour le bien de la paix, en faveur des soumissionnaires. L'abbé Sicard, du clergé de Paris, ayant demandé au Ministre des relations intérieures copie du Bref, reçut la réponse suivante : « Ce 8 vendémiaire an V (20 septembre 1796) : Je vous envoie, citoyen, la copie que vous m'avez demandée du dernier bref du Pape ; j'en ai constaté l'authenticité par ma signature, ainsi que vous avez paru le désirer. Salut et fraternité. Charles Delacroix '. « M. Linsolas dit que le général Cacault,
I. A propos de ce certificat d'authenticité, M. d'Aviau, arclievêque de Vienne, écrivait de Rome même : « Voilà donc où sera désormais le dépôt de l'Instruction
LE PRESBYTl-RE CONSTITUTIONNEL DE LYON 329
ambassadeur de France à Rome, certifiait l'authenticité du Bref et le décorait du titre de pièce originale^ ignorant que la Chancellerie romaine conserve les pièces originales et n'en délivre que des copies. Le vicaire général attribue d'ailleurs l'indiscrétion au général Cacault lui-même.
Le Bref causa à Lyon une vraie stupeur : il apportait la condamnation du système préconisé par M. de Marbeuf et par son Conseil ; leur prudence et leur fermeté dans la doctrine allaient paraître de la sévérité. Aux demandes de renseignements qui affluèrent, venant des différentes Missions, M. Linsolas répondit « que le Bref était apocryphe, la Cour de Rome n'expédiant jamais un Bref directement aux fidèles, mais bien aux archevêques et évêques et, par leur intermédiaire seulement, au clergé et aux fidèles. Dans une question si grave et si délicate, le judicieux et prudent Pie VI ne se serait pas écarté des voies ordinaires. Ce vice essentiel de forme suffisait pour déclarer la non-authenticité du Bref. »
Toutefois, et pour faire disparaître même un doute à cet égard, les vicaires généraux s'adressèrent au Nonce apostolique résidant à Lucerne. Celui-ci écrivit : « M. le Cardinal secrétaire d'État, à qui j'ai fait transmettre une copie du Bref qui parcourt la France, vient de me répondre, au nom du Souverain Pontife, que si Sa Sainteté eût voulu publier un pareil Bref, Elle ne se serait pas écartée de la voie qu'elle a tenue précédemment dans des occasions semblables, c'est-à-dire qu'Elle l'aurait adressé aux évêques. »
Il ajoute : « Il me paraît, Monsieur, que cette réponse est péremptoire, et bien capable de dissiper les doutes que ce prétendu Bret aura pu faire naître ; veuillez donc la faire connaître dans le diocèse de Lyon... » — Lucerne, le 27 janvier 1797.
Au fond, la réponse de Rome ne prouve pas que le Bref fût une pièce apocryphe ne venant en aucune manière du Pape. En disant simplement que ^< si le Pape eût voulu publier un pareil Bref )> il ne
religieuse en France : dans les bureaux civiques, dans les cartons ministériels, dans les protocoles de la diplomatie ! Ne sont-ce pas les archives de ceux qui ont pris à
tâche d'abolir le catholicisme en France? Ah! bien loin de se reposer sur leur
attestation, les bons fidèles catholiques diront plutôt : « Un bref qui nous est présenté par ces athées, et ne nous est certifié que par eux, ne vient pas du Saint-Père. Il nous a parlé, lui, bien des fois, et, chaque fois qu'il l'a fait, il s'est adressé à nos évêques... » M. J. Lyonnet : Vie de M. d'Aviaii, p. 663.
se serait pas écarté de la voie suivie précédemment dans des occasions semblables, le Cardinal secrétaire d'Etat se borne à déclarer qu^on ne devait aucune attention et aucune obéissance à une pièce dépourvue des formes d'authenticité et des circonstances de publicité requises. Il semble bien toutefois que le Bref, à ne le considérer que comme un simple projet, émanait vraiment de l'autorité pontificale.
Les constitutionnels exultèrent bruyamment. Charrier de la Roche, dans une lettre du i^*" octobre 1796, écrit : «... Le Bref est authentique. Indépendamment des motifs particuliers que j'ai d'être convaincu de cette vérité, le Pape l'a adressé au Directoire exécutif qui en a permis la publication. J'en prends même acte pour y souscrire, et l'adopter avec autant de soumission que d'actions de grâces envers le respectable Pontife qui vient de faire le plus digne usage de sa qualité de Père commun des fidèles que lui donne la primauté d'honneur et de juridiction qu'il a dans l'Église. »
Depuis longtemps Charrier de la Roche avait cessé de tenir un aussi respectueux et aussi catholique langage. Mais, sans tarder, il s'acharnera à se forger, avec le Bref nouveau, une arme pour détruire les Brefs anciens qui le condamnent : « Cette doctrine est, dit-il, la seule vraie doctrine du Siège apostolique : donc tout Rescrit, où une doctrine contraire est consignée, est supposé. Or les prétendus Brefs de 1791, 1792, sont évidemment dans le cas. D'abord, on pourrait sommer les propagateurs ardents de ces Brefs de nous en montrer l'original ou l'expédition dûment certifiée, ou du moins de nous en indiquer le dépôt pour le consulter et vérifier leur authenticité. Ensuite, outre la nullité dont les frappe à jamais la forme vicieuse qui les caractérise, et leur défaut de publication, joint au silence du Pape dans celui-ci où il pouvait si facilement les rappeler pour lever tous les doutes, ils auraient mis le trouble en France et allumé la
guerre Le Pape, par ce dernier Rescrit, donne donc un démenti
public à ceux qui persistent encore à les soutenir, puisqu'ils contiennent une doctrine opposée à celle du Saint-Siège, à celle de Pie VI en particulier, notamment à celle de son Bref du 9 juillet 1796. »
Charrier de la Roche faisait flèche de tout bois.
L'avenir dira si M. de Marbeuf eut raison de ne pas permettre, au
prix d'une soumission imprudente, la réouverture des églises. Ses vicaires généraux ne cessaient de recommander la prudence et l'obscurité. Nous les voyons, i6 mars 1796, envoyer un nouvel Avis aux fidèles. Ils défendent expressément toute exposition du Saint- Sacrement, tout reposoir du Jeudi saint et autres solennités, dans les maisons particulières, jusqu'cà ce qu'il en ait été jugé autrement. « La prudence étant, disent-ils, plus que jamais nécessaire, les fidèles se feront un devoir de s'abstenir de toute adoration, le Jeudi saint, hors de leur maison. Nous exhortons nos dignes coopérateurs à ne permettre aucun rassemblement à leurs messes ou autres oflBces qu'il importe presque de faire secrètement. » L'Avis se termine ainsi : « Nous vous prévenons, nos Très Chers Frères, que le premier Pasteur de ce diocèse, instruit de votre position, vient de nous charger d'insister très fortement, de sa part, pour qu'on use de la plus grande prudence, et d'y veiller avec un soin particulier. »
Les prêtres et les fidèles habitant les villes n'étaient pas seuls tenus de prendre les plus grandes précautions. On poursuivait dans les campagnes les rassemblements séditieux et les prêtres réfractaires. Le 5 mai 1796, Tadministration départementale du Rhône organisait une troupe de cent hommes d'infanterie, de vingt-cinq dragons et de vingt-cinq gendarmes, et lui donnait pour mission de poursuivre les réfractaires dans les cantons de Thisy, d'Amplepuis, de Chamelet et de Beaujeu. Le 11 août, et pour la même cause, vingt hommes de cavalerie et trente d'infanterie furent envoyés dans le canton de Saint-Laurent-de-Chamousset. Les lois contre les prêtres réfractaires n'ont pas été abrogées ; on recherche toujours ceux-ci pour les condamner à la déportation ' .
Sur toute l'étendue du territoire, l'Église de France s'efforçait de renaître. Le roi Louis XVIII, très attentif à ces efforts, persuadé d'ailleurs du loyalisme de l'épiscopat qui ne lui avait pas ménagé les preuves les plus délicates, les plus réitérées, de son attachement et de sa fidélité, songea à aider au rétablissement de la Religion, espérant profiter de ses triomphes pour préparer son propre avènement sur le trône de ses pères.
Le Roi pensa qu'une Commission épiscopale pourrait seule assurer