‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 141 sur 191 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

LE COUP DETAT DU lô FRUCTIDOR

Le Presbytère de Lyon envoie sa Lettre pastorale. — Descente de police. — Désignation d'un député au synode de Paris. — La lettre synodique. — Le coup d'État. — Les vicaires généraux prescrivent de nouvelles mesures de prudence.

— Les constitutionnels auront peu à souffrir. — Installation de Renaud à Saint- Nizier. — Condamnation et exécution de M. Boutelier. — Convoi de déportés délivré dans les montagnes de Tarare : mort de M. Dulac. — Prêtres de Lyon conduits à la Guyane. — Déportés de l'île de Ré : M. Cholleton. — Déportés de l'île d'Oléron. — Prêtres gardés en réclusion. — Serment de haine à la royauté : ce qu'en pense M. de Marbeuf. — Ouverture des magasins, le décadi.

— L'Archevêque et ses vicaires généraux. — Plan de restauration monarchique.

— Réponse de M. de Marbeuf à Louis XVIII. — Échec du projet. Dieu avant le Roi ! — Le séminaire caché. — Quatre petits séminaires.

Le Presbytère constitutionnel de Lyon se décida à envoyer, pour le carême de 1797, une Lettre pastorale. Elle parut le 26 janvier, et fut adressée « au clergé et à tous les fidèles du diocèse )>. Elle est signée : « Les Membres formant le Conseil Métropolitain soumis aux Lois. »

C'était une exhortation à la pénitence, qui seule pouvait arrêter les fléaux répandus sur la terre. On y lit : « Nous ne vous retracerons pas ici le spectacle de nos malheurs et de ces iniquités inconnues à nos pères, qui semblent réservées à notre siècle : le vice marchant la tête levée, l'incréduUté triomphante, la discorde introduite jusque dans le sanctuaire, la jeunesse sans frein et livrée ci tous les dérèglements d'un libertinage effréné, les pères et mères sans autorité ou bien sans zèle pour réprimer ses écarts ou veiller à son éducation ; l'âge mûr livré à tous les excès de l'ambition ou des passions humaines ; la vieillesse même, indigne ou peu jalouse des hommages dus à l'expérience, à la vertu, qui la caractérisait autrefois ; en un

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mot, un renversement général dans les idées qui a égaré tous les esprits et flétri tous les cœurs »

La pénitence sera « le baptême laborieux », comme « la dernière épave » qui s'off're dans le naufrage.

Le Presbytère forme des vœux pour la paix : « Nous ne pouvons sans verser des larmes amères, dit-il, penser à cette division qui favorise tous les jours de plus en plus les progrès de l'incrédulité. Quoi ! tous les motifs de parvenir à la réunion nous pressent de toute part et l'on s'anathématiserait encore ? Non, N. T. C. F., jamais les obstacles à la conciliation ne viendront de nous ; nous vous en faisons la protestation solennelle. C'est pour nous conformer aux intentions du Pontife vénérable, qui est assis sur la chaire de Pierre, que nous nous empressons d'offrir la paix et les signes de la Communion catholique à tous ceux qui nous les ont refusés jusqu'à ce jour, selon le vœu du Chef de l'Église. »

Le Presbytère ne se contente pas de déclarer qu'il se soumet au Bref prétendu de Pie VI, il se réclame du Bref « comme d'une justification authentique, qui pourrait suffire à démontrer la pureté de sa foi ». Dans le commentaire qui accompagne cette déclaration il serait difficile de ne pas reconnaître les idées et même la main de Charrier de la Roche. C'est un simple résumé de ce que l'ex-èvêque de Rouen écrivait à Paris, le 24 juillet 1795.

Le dispositif de carême se borne « vu la dureté des temps » à autoriser les œufs, le beurre, le lait et le fromage, la semaine sainte exceptée, à charge d'une aumône destinée au Grand Hospice des malades de Lyon. Jusqu'à nouvel ordre, les ecclésiastiques ajouteront à la messe les oraisons pro pace ; il leur est recommandé de prier pour le gouvernement. La Lettre devait être lue, publiée et affichée « dans l'enceinte des temples ».

L'affichage de la Lettre pastorale du Presbytère de Lyon ne laissa pas de choquer, d'exaspérer même, la municipalité. Le Conseil administratif de la division de l'Ouest s'en émeut et, dans sa séance du 13 ventôse (3 mars), il décide d'envoyer son président et un administrateur pour opérer une descente, à fin de vérification, dans les églises Saint-Paul et Saint-Just.

La descente eut lieu le 15 ventôse. A Saint-Paul, les délégués

trouvèrent la Lettre pastorale affichée à la porte de l'église et dans la sacristie. Ils saisirent un grand nombre d'exemplaires entre les mains du citoyen Ponson et de ses confrères, ministres du culte. Le concierge, que la municipalité avait établi pour la garde de l'église, désigna, comme auteurs de l'affiche, les citoyens Renaud et Ponson. Interpellés, ces derniers déclarèrent : « Qu'ils ne croyaient pas s'être écartés de ce que prescrit la Loi. » Leur réponse fut jugée mauvaise, car les délégués répliquèrent : « Que la Loi ne reconnaît aucune corporation, ni hiérarchie de pouvoir, entre les ministres des cultes » ; qu'ils ont pris à tort « la qualité de membres formant le Conseil métropolitain de Lyon » ; qu'ils ont parlé à tort de « diocèse » dans le corps de la Lettre ; qu'à tort enfin ils ont « arrêté en Conseil » ladite Lettre pastorale, et en ont ordonné la publication. Renaud et Ponson s'excusèrent très humblement : ils arrachèrent aussitôt les deux exemplaires apposés sur les murs, et invitèrent les délégués (( à se faire auprès de l'Administration municipale les interprètes de leur soumission aux lois et de leur volonté de ne jamais s'en écarter » .

Le concierge de l'église Saint-Just dénonça, comme ayant fait apposer les affiches, les citoyens Girardot, Gobert et Hodieu. Ces ministres du culte commencèrent par se défendre « d'avoir coopéré à la confection de ladite Lettre », puis enfin confessèrent leur erreur et protestèrent de leur soumission aux Lois ' .

En vérité, les constitutionnels furent un peu surpris. Aussi le citoyen Marie laisse-t-il paraître, dans sa correspondance, toute l'étendue de son dépit. Il se plaint que, depuis le renouvellement des autorités, les constitutionnels sont devenus « l'objet de la persécution et du mépris presque général ». Il annonce que les rétractations continuent (lettre du 7 juin 1797).

Il avait demandé Charrier comme évêque métropolitain de Lyon. Dans sa lettre du 13 mai, tout en reconnaissant qu'il est très difficile et presque impossible de nommer cet évêque dont chacun sent le besoin urgent, il demande à Grégoire et à ses collègues réunis à Paris d'engager, de forcer même M. Charrier à prendre les rênes du gouvernement ; car il ne voit personne qui soit plus capable que lui de remplir le siège de Lyon.

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