‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 144 sur 191 · Il faut lire : Les insermentés · texte numérisé non relu

Il faut lire : Les insermentés

et que la loi qui comprime, qui frappe ou qui déporte les réfractaires reçoive une prompte et entière exécution. »

Huit jours avant le coup d'Etat, le Conseil des Cinq cents et celui des Anciens, sous la poussée de l'opinion, avaient voté une loi de paix et de justice (ii fructidor-28 août). Cette loi abrogeait tous les décrets antécédents qui prononçaient la déportation ou la réclusion contre les insermentés, réfractaires, ou ceux qui leur avaient donné asile. Les lois qui assimilaient les prêtres déportés aux émigrés étaient, elles aussi, rapportées. A la nouvelle que les frontières devenaient libres et la France habitable, beaucoup d'exilés se hâtèrent d*accourir. Hélas ! à peine débarqués, et dans la joie du retour, la persécution les ressaisit !

Sous prétexte de complot royaliste, mais plus sûrement dans un réveil de leur rage assoupie, les Directeurs firent cerner les salles du Conseil des Cinq cents et du Conseil des Anciens, dressèrent contre les hommes politiques et les journalistes qui ne leur étaient pas favorables, des listes de proscription. Pour les ecclésiastiques, les lois abrogées reprirent toute leur vigueur : la Terreur allait régner encore. M. de Marbeuf ne s'était donc pas trompé en qualifiant de « bonace » la trompeuse accalmie.

Ses vicaires généraux, sans se laisser un seul instant décourager, n'auront alors qu'un souci : préserver prêtres et fidèles. Ils se hâtent, le 20 septembre, de renouveler, en les perfectionnant, les conseils de prudence qu'ils ont donnés jadis. On ne recevra, dans la maison où le missionnaire célébrera, jamais plus de douze personnes étrangères. L'exposition du Saint-Sacrement est interdite, de même le chant aux messes et aux ofiices. Toute infraction à ces mesures si sages sera punie par l'interdiction, pendant un mois, de célébrer la messe dans la maison où aura eu lieu l'infraction. Ceux qui assisteront à la messe ne seront pas toujours les mêmes ; la maison où on célébrera sera, elle aussi, fréquemment changée. Les prêtres sont invités « à ne pas perdre de vue les nouveaux précipices qu'on creuse sous leurs pas. La prudence les garantira de tout écueil et des pièges qu'on pourrait tendre à leur zèle, à l'occasion de l'administration des sacrements et, surtout, des malades pour lesquels on viendrait les chercher. Ils ne doivent se rendre chez ces derniers

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qu'autant qu'ils les connaîtront bien, ou qu'ils y seront appelés par de bons catholiques dont ils seront sûrs ».

Le 27 novembre, les vicaires généraux écrivent encore : « Forcés par les circonstances impérieuses de suspendre, par prudence, les exercices publics de votre ministère, vous ne cessez de soupirer après l'heureux moment où vous pourrez vous livrer aux saints mouvements de votre zèle... Les réflexions que nous vous communiquons n'ont d'autre but que de vous présenter les moyens que vous devez employer, dans des jours si orageux, pour remplir dignement et avec fruits les fonctions de votre ministère, et pour mettre à profit le temps que la violence de la tempête dérobera à vos occupations, par la retraite où elle vous condamnera. » Les vicaires généraux applaudissent aux mesures de prudence auxquelles les prêtres ont été obligés de recourir. Ils demandent toutefois qu'on ne tombe pas dans un excès de précautions : « Ce que vous faisiez publiquement, disent-ili>, vous le ferez secrètement, et ce qu'il ne vous est plus permis de faire le jour avec éclat, vous le ferez la nuit avec moins de pompe, mais peut-être avec plus de recueillement, de ferveur, de consolation. Notre illustre Chef, dont nous venons de recevoir la lettre, nous recommande expressément de vous porter à user des mêmes précautions qui vous ont été si favorables, dans les premiers temps de la persécution. Il désire que vous vous conformiez exactement à V Instruction pour les Missions et les Catéchistes. Ce respectable Prélat, appréciant vos travaux et les dangers auxquels il vous expose, est toujours dans l'inquiétude sur votre sort. Mais en même temps que ce Père tendre craint pour vous, qu'il redoute les effets de l'imprudence, il n'appréhende pas moins l'excès opposé qui priverait le peuple de l'instruction et de l'administration des sacrements. Le parti du silence, et d'une retraite totale, ne conviendrait pas aux ministres de Jésus-Christ, dans un temps où les ennemis de la Religion cherchent par tous les moyens à l'abattre sous leurs coups redoublés, et lorsqu'un schisme désolant menace d'envahir l'héritage du Seigneur, que l'hérésie, toujours industrieuse à se propager, profite avec une ardeur inconcevable des malheurs mêmes de notre révolution pour faire de tous côtés des progrès alarmants. » On ne peut donc rester les bras croisés et se taire. Il faut avertir le pécheur et l'impie, il faut préserver les fidèles. Si les

pécheurs ne sont pas avertis, ils mourront dans leur iniquité, et Dieu demandera compte de leur sang, de leurs âmes. S'ils ne veulent pas écouter le prêtre, celui-ci du moins aura rempli ses obligations et sauvé son âme.

En vérité, les constitutionnels seront peu atteints par le coup d'État du 18 fructidor. Une centaine de prêtres seulement furent déportés. Quand ils sont dignes dans leur tenue et dans leur vie, les gendarmes et les juges, assez peu clercs en l'espèce pour faire la distinction, ne portant d'ailleurs attention qu'à l'exercice du culte, les arrêtent, les retiennent comme prêtres. Tout comme les prêtres fidèles, ils seront accusés de mépriser les institutions républicaines, surtout lorsqu'ils refusent d'admettre le décadi ; pareillement aussi ils seront taxés d'immoralité. Ce mot demande à être relevé et expliqué. Parce que les prêtres catholiques auront réhabilité des mariages, en bénissant des unions purement civiles ou en obtenant la dispense d'empêchements formels, parce qu'ils 'auront déclaré que les époux unis légitimement, dont le divorce avait été prononcé, ne pouvaient pas entrer dans de nouveaux liens sans se mettre en état d'adultère, la loi inventa une flétrissure : elle osa qualifier d'acte immoral l'intervention du prêtre. Quelques constitutionnels coupables de ce même délit furent, pour avoir fait leur devoir, taxés, eux aussi, d'immoralité ^ Il n'en est pas moins certain que, bien que plus en vue, installés ouvertement dans les églises, ayant un culte public et non secret, les constitutionnels ne furent poursuivis qu'en assez petit nombre.

A Lyon, en pleine persécution, Renaud peut s'installer solennellement, le 28 octobre, dans la cure et l'église Saint-Nizier : cette église, à défaut de la cathédrale, deviendra Yéglise métropolitaine.

Une brochure de seize pages, parue sous le titre de Lettre à une habitante de la paroisse Saint-Nimier, circula dans le public : elle avait pour objet de réfuter le discours que le nouveau curé prononça lors de sa prise de possession.

Une dame s'était déclarée ravie, émerveillée, prétendant qu'aucun

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