‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 152 sur 191 · I. Notice manuscrite ; aussi, Papiers d'Hellenvilliers · texte numérisé non relu

I. Notice manuscrite ; aussi, Papiers d'Hellenvilliers

ANNEES DEXIL 377

S'il se peut que l'intérêt n'ait pas d'entrailles, la justice a du moins des règles qu'il n'est jamais permis d'outre-passer.

Voici ce que M. de Fenoyl écrivait cà sa sœur, le 24 septembre 1796, dans une lettre que M"'^ de Marbeuf fit tenir sous les yeux de

l'Archevêque : « J'ai encore découvert la donation de

200.000 livres qui t'a été faite en 1789, et je vais réparer l'oubli où cela a été pour la mettre parfaitement en règle et avoir des droits pour en demander la liquidation. Il y a un commissaire que j'ai fait nommer pour la liquidation de la fortune des enfants, et la tienne restera en suspens. . . »

Il semble que, poste par poste. Madame de Marbeuf eût dû répondre à son frère qu'il n'avait rien à prétendre du chef de la donation de 1789, puisque la somme promise avait été soldée dans son entier par des versements ultérieurs parfaitement et légalement quittancés.

Au lieu de s'engager dans cette voie, la seule ouverte devant elle, Madame de Marbeuf, très inconsidérément, adressa la lettre de son frère à l'Archevêque, avec le court billet suivant : « Ce à quoi je n'ai pu répondre, c'est à l'article -des 200.000 livres. Comme c'est une affaire qui vous regarde absolument, puisque vous avez entre les mains le reçu que j'ai fait, constatant que j'avais touché cet argent? je ne puis répondre avant que vous me disiez ce que vous voulez qu'on fasse. Mon frère n'a jamais lu le billet que j'ai fait à Marolles; ainsi il est assez simple qu'il ait mis les 200.000 livres que j'ai dans le bien donné par vos bontés à mes enfants. Je ne me permettrai donc^ Monseigneur, la moindre réflexion sur ce que doit faire mon frère; mais je vous demande comme grâce de m'instruire tout de suite pour que je lui en fasse part. »

L'Archevêque se fâcha.

Les projets de M. de Fenoyl et l'hésitation de M'"^ de Marbeuf « sur ce qu'elle devait répondre » firent craindre au Prélat que le frère et la sœur voulussent faire revivre, quoique déjà acquittée, la donation des 200.000 livres. Il fit à sa tante la réponse suivante, dont elle sentit toute la dureté : « ... Je vais traiter le premier objet qui semble fâcheux pour moi. En effet, au premier coup d'œil, il paraît unique que, dans le moment du dénûment le plus absolu.

on me demande ce qu'on doit répondre à un homme qui veut hostilement me redemander 200.000 livres que je ne veux, ni ne peux payer une seconde fois. Comme vous avez l'air d'avoir oublié cette affaire, je me trouve obligé de vous la rappeler. » Ici l'Archevêque énumère les versements qu'il a faits. Il ajoute : « J'espère que votre mémoire avouera ce que la mienne me fournit, et que vous verrez que, quand je n'aurais pas une quittance de vous, vous ne voudriez pas me la refuser. D'où peut donc venir votre timidité pour éclairer M. votre frère ? »

Dans sa lettre de fin décembre 1796, la comtesse fait part à M. Verdollin des impressions qu'elle a ressenties à la lecture de la réponse de l'Archevêque.

« J'ai reçu hier (24 décembre) une lettre de M. l'Archevêque qui, sous plus d'un rapport, m'a fait infiniment de peine. Mais, soyez tranquille, je ne le lui dirai pas, parce que les discussions par écrit sont impossibles et que, d'ailleurs, je ne veux pas qu'il sache mes raisons de peine. » Après avoir rapporté le passage délicat de la lettre de M. de Fenoyl, la comtesse ajoute : « Je lui avais dit que mon frère ignorait mon billet, et que c'était la raison pour laquelle il voulait faire valoir le titre de 200.000 livres. Je vous dirai franchement, l'Abbé, que je croyais qu'il serait avantageux pour M. l'Archevêque que je fisse sortir cet argent que je regardais bien comme à lui. Il en a jugé autrement ; il est bien le maître de faire et régler sa fortune comme il lui plaît, mais non pas d'écrire les mots soulignés. C'est bien à tort qu'il pense que j'ai oublié ses bienfaits; je ne crois pas avoir jamais donné lieu à ce reproche. Je lui parle toujours de ma reconnaissance, et lui, en retour, me parle de ses bienfaits dans la crainte que je ne les oublie. Ainsi, vous voyez que nous ne nous entendons pas toujours. Mais j'aime mieux mon lot, parce que je ne fais pas ressouvenir de tout ce qu'on me doit. Vous savez que c'est par honnêteté que j'ai voulu avoir l'avis de M. l'Archevêque pour répondre à mon frère. »

Il y a dans la lettre de M'"' de Marbeuf un très réel aveu lorsqu'elle s'exprime ainsi : « Je lui avais dit que mon frère ignorait le billet. Je vous dirai franchement que je croyais qu'il serait avantageux pour M. l'Archevêque que je fisse sortir cet argent... » Elle

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eût donc appuyé son frère dans les exigences qu'il manifestait. Cette manière de faire manque à tout le moins de clarté. Si la comtesse n'avait eu en vue que de procurer à l'Archevêque de l'argent, que sa qualité de proscrit lui interdisait de retirer lui-même, elle eût dû en faire au Prélat l'aveu très franc. L'avenir montrera quelle fut la vraie pensée de M"'^ de Marbeuf.

Dans sa lettre du i" février 1797, adressée de Brûnn à M. Verdollin, la comtesse se plaint encore de n'avoir pas été comprise : « Je me plains, et j'avoue que ce n'est pas sans raison, de ce qu'on ne m'a pas entendue sur l'objet des 200.000 livres. Comment n'ai-je pas inspiré assez de confiance pour que, lorsqu'il y a deux points de vue pour voir une affaire, on prend celui qui fait soupçonner mon honnêteté ! Du reste je n'en parlerai plus, parce que je trouverais humiliant de me justifier auprès de l'Archevêque ; c'est lui qui a tort de ni avoir mal jugée, et pas moi, dans la forme que j'ai prise pour lui demander ce que je devais faire pour son intérêt. »

Ce côté matériel de la vie de M. de Marbeuf durant l'émigration est fort intéressant : les duretés de l'exil s'y montrent en pleine lumière. Qu'ils eurent à souffrir ces nobles, bercés sous les caresses de la fortune, qui se voyaient, sans transition, manquer du nécessaire ! Quel souci surajouté que celui de ne pas mourir insolvable ! Et dans le cas spécial de l'Archevêque de Lyon, combien les démêlés avec sa tante ne durent-ils pas lui causer de l'amertume, lui ne voyant que la justice et la vérité, elle ne se préoccupant que de l'avenir de ses enfants ; lui avec le souvenir des bienfaits qu'il avait versés sans compter, elle « endormant dans un passager sommeil sa franchise ordinaire », ainsi que le dira si bien M. Verdollin. !

Et les heures de l'exil étaient lourdes, même dans ce milieu choisi et princier du château de Resves-en-Brabant, chez ces amis de Montmorency qui « soignaient avec une délicatesse persévérante le bonheur de leur hôte ». Le prince offrait sa caution pour trouver des ressources urgentes ; la princesse — M. Verdollin l'appelle communément dans ses lettres « la déesse » — remplissant la demeure de son charme et de ses hautes relations ; une de ses parentes M'"^ d'Helmstadtt ', qui après la mort de l'Archevêque recueillera

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