‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 154 sur 191 · I. Notice manuscrite · texte numérisé non relu

I. Notice manuscrite

ANNÉES d'exil 38 1

même des indifférents, l'affectaient douloureusement... Il cachait toujours sa main lorsqu'il avait quelque bienfait à répandre... ; lorsqu'on soupçonnait la source des secours qu'il avait distribués, M. de Marbeuf repoussait toujours les remerciements, qu'on voulait lui faire, comme ne lui étant pas dus. Personne n'a su obliger d'une manière plus noble, plus généreuse, plus chrétienne que lui.

« Quoique sa dépense personnelle fût bien peu considérable, il a été cependant plusieurs fois à la veille de manquer des moyens de pourvoir à son modique entretien et au paiement des gages du seul domestique qu'il avait à son service. Mais, dans ces moments de détresse, il conservait la paix de son âme ; sa confiance en Dieu était telle qu'il ne mettait aucun doute sur les ressources que la Providence lui procurerait : « Elle m'a toujours trop bien traité, disaitil, pour que je doive craindre qu'elle m'abandonne en ce moment. » Et effectivement cette divine Providence se marquait de la manière la plus sensible en lui procurant toujours à propos les secours qui lui étaient nécessaires. . . Aussi son âme était toujours ouverte à la reconnaissance envers la bonté divine, et le sentiment avec lequel il appréciait la continuité de ses bienfaits le rendait aussi heureux dans la médiocrité qu'il avait pu l'être dans l'abondance. »

L'Archevêque de Lyon, les yeux fixés sur la règle de la foi et l'autorité de l'Église, devait traverser l'affreuse tempête comme un vaillant qui n'a pas peur. Ennemi de toute dissimulation, de toute diminution, il ne cessa de recommander à ses vicaires généraux « de n'employer, dans les fonctions du ministère, que des hommes d'une foi pure, intacte et décidée. Il croyait qu'il était essentiel d'être plus inflexible que jamais sur la soumission explicite à toutes les vérités de la foi sans exception, et il n'a pas hésité à retirer ses pouvoirs à des prêtres même distingués par leur science, mais qui, justement suspects dans leurs croyances, ne pouvaient justifier leur catholicité que par des subtilités, par des explications vagues, évasives et insignifiantes.

« Dans ses Instructions pastorales, il ne cessa de fixer l'attention de ses diocésains sur les atteintes sans nombre portées à la foi, sur les dangers qu'ils couraient de la perdre, sur les divers moyens de la conserver et sur l'obligation où ils étaient de n'en négliger aucun pour ne pas laisser échapper de leurs mains ce divin flambeau... »

Intimement persuadé que l'impiété serait confondue, que la persécution finirait, que la religion reparaîtrait plus brillante que jamais après cette violente tempête, que Dieu n'avait pas besoin des puissances de la terre pour faire triompher son Église..., M. de Marbeuf ne voyait pas, dans les revers des puissances amies, des raisons de désespérer du retour de la divine miséricorde et de croire que Dieu abandonnait son Église à la fureur de ses ennemis... Il n'en était pas moins f homme des désirs, et il appelait par des vœux continuels et bien vifs le moment qui devait mettre fin à l'oppression de son Église. Rien ne le flattait tant que l'idée de se retrouver au milieu de ses dignes coopérateurs et de s'occuper uniquement avec eux du soin de relever les autels, de convertir les âmes et de réparer les ravages de l'impiété. Il se dévouait d'avance à toutes les peines, à tous les travaux, qu'il prévoyait bien devoir être inséparables de son ministère pastoral, lorsqu'il pourrait l'exercer au milieu de ses diocésains.

« En attendant, il en remplissait les devoirs autant que sa position pouvait le permettre, avec un zèle infatigable. La lecture habituelle de l'Écriture sainte et des livres ascétiques était sa consolation : il en faisait des extraits qui prouvent qu'il y cherchait et qu'il y trouvait l'aliment de son amour pour Dieu. Il transcrivait sur des feuilles volantes les textes qui le touchaient le plus pour entretenir, en les relisant de temps en temps, les sentiments de piété que leur lecture avait fait naître. »

Page 1