DERNIERS JOURS ET MORT DE M. DE MARBEUF
La question d'un suffragant. — L'Archevêque se prépare à lutter contre un nouvel intrus. — Claude-François-Marie Primat. — Procès-verbal de l'élection de Primat. — Quelques réflexions nécessaires. — Le nouveau métropolitain élu demeure dans son diocèse de Cambrai. — Plan de déchristianisation. — Sagesse de M. de Marbeuf. — Réponse concernant les instituteurs. — Peut-on suivre les lois nouvelles ? Les dispositions testamentaires. — Les mariages décadaires. — Circulaire des vicaires généraux. — Les forces de M. de Marbeuf s'affaiblissent graduellement. — Dernière maladie et mort de l'Archevêque. — Annonce du décès à la marquise d'Hellenvilliers. — Éloge de M. de Marbeuf par le Pape Pie VI, par les Cardinaux Albani et Antonelli. — Vacance du siège ; élection par le Chapitre. — Nomination de M. Verdollin comme administrateur apostolique. — Arrivée de Primat à Lyon. — Protestation de M. VerdoUin. — L'évêque intrus et le diocèse de Lyon. — Novissima verba de M. de Marbeuf. — Le Concordat.
L'année 1798 s'ouvrait, grosse de dangers. La persécution, qui allait suivre son cours, était peut-être moins redoutable que la menace suspendue sur l'Église de Lyon : les constitutionnels étaient sur le point d'installer un nouvel intrus sur le siège laissé vacant par Lamourette.
Depuis quelques mois, M. de Marbeuf était au courant des projets schismatiques ; il s'affligeait d'être loin, il songeait même à un suffragant. « Je sens comme vous, disait-il aux Préposés, combien il est important qu'un suffragant et moi, au moins un des deux, nous puissions être dans l'intérieur, en un instant qui peut être décisif, soit à cause de l'église constitutionnelle, soit à cause de l'opinion qui semble faire des pas de géant ; mais je n'ai eu que des difficultés de la part de Rome pour un suffragant, et je ne sais si je pourrai en venir à bout de mon côté. Des gens très imposants pour
moi, aux lumières et à l'autorité desquels j'ai très grande confiance, m'arrêtent et, à moins que vos lettres ne portent des choses décisives, je vois que je prendrai du temps ; ce sera avec bien du regret, car toute lenteur peut profiter à l'ennemi (21 juin 1797). »
M. de Marbeuf, las des difficultés qu'opposait la Curie romaine, à sa demande d'un suffragant pour Lyon, prit la résolution de s'adresser directement au Pape. Il écrivit donc à Pie VI, le 12 juillet 1797. Après avoir rappelé la perte de l'évèque de Sarept, perte survenue au commencement de la Révolution, il insiste sur la nécessité d'un sufFragant. Par l'appât du sacrement de Confirmation, les évêquesintrus se sont répandus dans son diocèse « et ont attiré à eux un grand nombre de fidèles ». On lui annonce comme certain « que les jansénistes ont pris la résolution d'envoyer à Lyon un nouvel intrus, en qualité de successeur du sieur Lamourette ». Il ajoute: « Votre Sainteté préviendrait, j'en suis sûr, ce malheur, si elle daignait nommer sufîragant de Lyon le sieur Jean-Pierre Girard, curé deLucenay, dans le même diocèse. C'est un homme d'une piété rare et d'un mérite éminent; il a rendu, pendant la Révolution, les services les plus essentiels . Lui seul a facilité tous les rapports avec mon diocèse, et par là contribué efficacement à y maintenir l'ordre et l'amour des supérieurs. D'ailleurs, il appartient à une famille attachée héréditairement au Saint-Siège : son père, que nous venons de perdre, était particulièrement connu de son Éminence Mgr le cardinal Dugrani et de tous ses prédécesseurs dans la nonciature de France... J'ose assurer à Votre Sainteté que le fils, pour lequel je sollicite vos bontés, les mérite, et qu'il a suivi l'exemple de son père; en lui donnant le titre vacant de Sarept, ou un autre, Votre Sainteté assurera l'ordre de mon Eglise. Ce bienfait sera d'autant plus grand que je ne puis encore voir quand mon retour sera possible. L'obligation où j'ai été de m'expliquer en plus d'une occasion a suscité contre moi nommément un grand nombre des hommes du moment : ils prétendent que leur haine survivra à la Révolution, et qu'il y aura pour moi moins de sûreté que pour mes confrères. Je supplie Votre Sainteté de me pardonner si je fixe son attention sur des propos peutêtre vagues et auxquels je n'attache aucune valeur; mais j'ai dû les rapporter pour lui rendre sensible que, quoi qu'il pût m'arriver, si j'avais dans l'intérieur un suffragant dont le caractère ne serait point
MORT DE M. DE MARBEUl- 385
connu des méchants, je pourrais être suppléé dans toutes mes fonctions '... »
L'Archevêque écrivait ces lignes avant le coup de tonnerre de fructidor. Il était déjà vivement préoccupé des projets de Grégoire et de l'attentat qu'on préparait contre son siège. Il voudrait que ses vicaires généraux s'assurassent le concours « d'une plume légère et badine », et qu'elle fût employée « à bafouer l'église constitutionnelle sur ses variations dans les nominations aux places ». La meilleure arme est de répandre sur les schismatiques le ridicule, et le meilleur argument à exploiter serait celui-ci : « Comment, ayant dépensé toute leur érudition à prouver que le peuple devait nommer à tous les postes ecclésiastiques, peuvent-ils abandonner leur premier système, à l'aide duquel ils ont nommé les intrus, et réserver au seul clergé la nomination des nouveaux évêques ?» M. de Marbeuf, avec son bon sens pratique, avait trouvé tout de suite le côté vulnérable des nominations qu'on allait foire. Il demande la collection de ses Mandements : car il peut être forcé, d'un moment à l'autre, à traiter la question ; on lui rendra le plus grand service en lui apprenant «quel est le principe qui a ôté au peuple le droit d'élection qu'on lui avait gratuitement octroyé, comment le prétendu clergé s'en est saisi, comment il l'exerce, et l'opinion qu'on a du point où il veut en venir ». (Lettres du 22 février et du 4 juin 1797.)
11 y eut des nominations d'évêques qui furent faites par le Conseil de Paris, ou par le métropolitain, sans que le peuple ait été consulté.
A Tordinaire toutefois, c'était le cas pour Lyon, les fidèles furent consultés et, dans chaque paroisse, émirent leurs votes qui, envoyés à l'archiprêtré, se centralisèrent au chef-lieu du département.
Le 29 octobre, dans sa IV^' session, le concile de Paris avait ainsi décrété le mode d'élection :
« Au jour fixé par le Presbytère, l'assemblée électorale se forme dans chaque église paroissiale, à l'issue de la messe, sous la présidence du curé ou du prêtre desservant : on lit et on affiche la liste dressée sur les indications des archiprêtres, sans que les votants soient tenus d'y choisir leur candidat.