‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 156 sur 191 · I. Theiner, Documents inédits^ I · texte numérisé non relu

I. Theiner, Documents inédits^ I

Yves-Alexandre de Marheuf. 25

« L'assemblée est composée du clergé et des fidèles de la paroisse. Tout citoyen âgé de vingt et un ans, et connu pour être membre de l'Église catholique, est admis à voter. Si on conteste à quelqu'un son droit électoral, l'assemblée en décide.

(( L'assemblée nomme, à la pluralité des voix, deux secrétaires et trois scrutateurs.

« Le bureau reçoit les suffrages par scrutin secret et individuel. Les résultats du scrutin sont envoyés officiellement à l'archiprêtre qui les transmet au presbytère de l'église veuve. »

M. de Marbeuf croit sans peine « que M. Charrier travaille de son métier avec les suppôts de l'église constitutionnelle, que même il désirera succéder à Lamourette ». Son asservissement au Jansénisme a fait craindre depuis longtemps pour lui tous les excès auxquels il s'est livré.

Les constitutionnels de Lyon eussent été certainement ravis de voir éUre, et de mettre à leur tête, Tévêque démissionnaire de Rouen. Mais Charrier de la Roche avait eu, en Seine-Inférieure, trop de déboires et trop d'amertumes ; à Lyon on lui eût pardonné moins encore une seconde intrusion. Négociant d'ailleurs son retour avec Rome, il refusa toutes les propositions, se contentant de rester dans la coulisse, au milieu des constitutionnels, sans doute, mais presque en simple spectateur \

Ce fut un autre Lyonnais, le sieur Primat, que le Presbytère de Lyon devait élire, comme évêque métropolitain, et installer, par intrusion, sur le siège de M. de Marbeuf.

Né à Lyon, de parents pauvres, le 27 juillet 1747, (il était le sixième rejeton d'une famille de onze enfants dont quatre moururent en bas âge), baptisé le lendemain de sa naissance, Claude-François- Marie Primat fut tenu sur les fonts par haut et puissant seigneur Claude-François de Roussillon, maître de chœur de l'église Saint-

I. Charrier de la Roche s'était déterminé à écrire à Pie VI, le 14 mai 1797, « pour lui rendre compte de la conduite qu'il avait tenue depuis sa démission de l'évêché de Rouen, lui remettre ses écrits, ses sentiments, sa personne, dans l'ordre canonique ». Il comprit qu'après cette démarche il devait attendre avec respect et confiance la décision du Saint-Siège, et suspendre tout acte en faveur de l'un ou l'autre parti. Papiers de Grégoire : Lettre aux Réunis, 9 mai 1801. Collection de M. Gazier.

Jean, comte de Lyon, et Marie Alexandre, épouse du sieur Poyet, chirurgien. Son père tenait boutique de perruquier rue Porte-Froc, actuellement rue de la Bombarde. Les nobles parrains que ce père sut procurer à ses enfants prouvent qu'il était, ainsi que le dit un biographe « riche de l'estime de ses contemporains ».

Comme' le jeune Claude-François-Marie Primat avait montré, dès le plus bas âge, d'heureuses dispositions pour l'étude, son père songea à le donner à l'Église. M., de Montazet voulut être pour l'enfant un protecteur, et le Chapitre de Saint-Jean pourvut aux frais de son éducation. Il fut mis au petit Collège dont il suivit les cours jusqu'à la fin de sa rhétorique. A l'âge de vingt ans (15 mars 1766), il reçut la tonsure; à vingt et un ans (6 avril 1767), il entra dans la Congrégation de l'Oratoire. En 1786, à quarante ans, il devint supérieur de la Maison de l'Oratoire de Douai. Il était, en même temps, curé de la paroisse de Saint-Jacques. Partisan des idées nouvelles, Primat prêta, le 4 février 1791, serment à la Constitution civile ; le 29 mars, il était élu évêque du département du Nord.

On fait de lui, à cette époque, un portrait qui paraît ressemblant : « Malgré l'ambition qui l'avait poussé à une dignité qu'il ne devait pas honorer, Primat avait de réels talents ; il était honnête, de mœurs simples et pures, d'une morale austère, comme tout janséniste ; mais il manquait de l'énergie nécessaire pour résister aux épreuves. »

Lors de la Terreur, il se laissa intimider par les menaces des jacobins et, le 13 novembre 1793, il se présenta à la municipaUté et parla en ces termes : « Je viens otfrir un nouveau témoignage à la chose publique, en vous déclarant que, pour me rendre à la volonté générale, je cesse toutes fonctions sacerdotales ; je me renfermerai dans les emplois d'un bon républicain ; je cultiverai les vertus qui font l'honnête homme ; j'aurai pour temple le ciel et la terre, et pour autel un cœur purifié de passions injustes. »

Cinq jours après. Primat faisait remettre ses lettres de prêtrise sur le bureau de la Convention et, pour prix de son abdication, il en recevait une maigre pension de 700 livres, de laquelle il vécut durant les mauvais jours. En 1795, le culte commençant à se rétablir, il rougit de sa lâcheté ; quittant son diocèse, il alla, de concert avec Poullard, le futur évêque d'Autun, exercer le ministère

dans la paroisse rurale d'Aubervilliers. C'est là que Grégoire vint le chercher, lorsqu'il eut envie de ressusciter l'église constitutionnelle. Primat entra dans le Comité des Réunis comme successeur de Gratien, parti pour Rouen. Il regagna son diocèse du Nord en 1796. L'année suivante, il était au Concile de Paris et resta dans cette ville pour suivre l'affaire de sa nomination à Lyon, métropole du sud-est '.

Le procès-verbal de l'élection de Primat nous a été conservé. On y verra avec quelle rigueur de formes, pour ce scrutin, furent suivies les décisions du Concile de Paris :

« Ce jourd'hui 15 avril 1798 (26 germinal an VI)... en vertu et conséquence du Concile national de France tenu à Paris en l'an 1797, concernant l'élection des évêques, le presbytère de Téglise veuve de Lyon, après avoir instruit par une circulaire le clergé et le peuple du diocèse, et (suivant l'article III) ordonné un jeûne et des prières pour demander un pasteur selon le cœur de Dieu ; — après avoir dressé, sur l'indication qui lui a été envoyée officiellement par chaque Archiprêtre, une liste générale des personnes qui ont été désignées et jugées dignes d'être sur les rangs, et l'avoir envoyée à tous les Archiprêtres et indiqué le jour de l'élection (art. IX et X) ; — après avoir reçu (suivant l'article XX), le procès-verbal signé des Archiprêjres, curés ou desservants, ainsi que de plusieurs fidèles ; — a député plusieurs de ses membres et son président pour faire l'ouverture des procès- verbaux et le recensement général des scrutins dans l'église paroissiale de Saint-Nizier de Lyon (attendu que l'église cathédrale n'est pas ouverte) ; — à l'issue de la messe de paroisse (art. XXI) ; — le dépouillement fait de toutes les délibérations prises dans les archiprêtres du diocèse, il a été reconnu qu'elles étaient composées de 16.920 votants.

« Le recensement général des scrutins ayant été fait en présence du clergé et du peuple, le président a annoncé à l'assemblée que le citoyen Claude Primat, évêque de Cambrai, a réuni quinze mille suffrages; le citoyen Charrier de la Roche, ci -devant évêque de Rouen, quinze cents ; le citoyen Perrin, curé de Saint-Just-en-Bas, deux cents; et le citoyen Renaud deux cent vingt. D'où il résulte

I. Abbé Pisani, LEpiscopiU coiislilut'uvincl^ 229-230. — Docteur J. Birot, Clamle- François-Marie Frimai.

que le citoyen Primat a obtenu les deux tiers et plus des suffrages et de suite a été proclamé évoque métropolitain du département du Rhône.

« Fait à Lyon, dans l'église paroissiale de Saint-Nizier, les dits jour et an ci-dessus. Signé : Renaud, président ; Ponson, vie. métropolitain ; Doutre, vie. métropolitain ; Marie, vie. métropolitain ; Lenoir, secrétaire ; Ricard, Brochet, Paschal, scrutateurs. »

Ce procès-verbal appelle quelques remarques. N'est-on pas tout de suite frappé par la rondeur des chiffres qu'il proclame ? Primat réunit quinze mille voix, Charrier quinze cents ; deux cents voix s'égarent sur le curé Perrin et deux cent vingt sur Renaud. Total : seize mille neuf cent vingt suffrages. Rarement le hasard simplifie à ce point les calculs.

Le département de la Loire donna-t-il des suffrages pour l'élection ? Primat est simplement proclamé évêque du département du Rhône. N'était-il pas question de choisir un évêque pour la Loire ?

Quelle est dans ces seize mille neuf cent vingt suffrages la part du clergé ? Quelle est la part du peuple ? Si, comme il semble, on a suivi rigoureusement le règlement de 1797, il faut convenir que le nombre des adeptes de l'église constitutionnelle — ne fut-ce que dans le seul département du Rhône — n'était guère considérable : il dut y avoir, en l'espèce, peu d'abstentions.

Dans un certain nombre de diocèses, les curés se contentèrent d'estimer approximativement quel nombre de voix pouvait être recueilli, et, sans scrutin d'aucune sorte, ils envoyèrent au Presbytère le chiffre des voix qu'ils jugeaient pouvoir réunir dans leur paroisse. La chose se fit-elle pour Lyon ? Très probablement.

Primat s'est occupé avec soin d'assurer le succès de son élection, et il a parfaitement réussi. Il ne lui reste, ce semble, qu'à accourir auprès du troupeau qui lui a fait l'honneur de l'appeler.

Par une inconséquence que rien n'explique, le nouvel élu retourne dans son diocèse de Cambrai et, avec une ardeur qu'on ne lui connaissait plus depuis longtemps, il se livre aux soins du ministère. Rappelé à son devoir par Grégoire et les Réunis, Primat en arrive h se fâcher. Il écrit, le 24 octobre 1799, de Douai où il est

encore : « Je voudrais bien que les plaignants et les conteurs s'inquiétassent un peu de la situation où un homme peut se trouver. Mais on paraît fort indifférent à cet égard, et Ton censure tout à son aise. J'avais d'une part des affairesà terminer et, de l'autre, des engagements que je n'ai pu 'tenir qu'avec le temps. Dénué de tout secours, il m'a fallu pourvoir aux frais du voyage et d'un déplacement aussi considérable, ce que j'ai effectué par la vente de ma bibliothèque et d'une partie de mes effets. Vous me marquez, en termes pressants, le tort que mon absence fait à l'Église de Lyon ; ceux qui m'ont appelé ont-ils pensé à me faciliter les moyens d'aller à eux ? Quand même je me serais hâté au gré de leurs désirs, je ne crois pas que ma présence leur eût été alors d'une grande utilité : les choses n'en seraient donc pas plus avancées. Les témoins de ma conduite, ceux dont j'ai partagé les peines, ne se plaindront pas de mes délais \ » Devant le retard que mettait le nouvel évêque à se rendre aux invitations du Presbytère de Lyon et du Conseil de Paris, retard qui pouvait être regardé, ou comme une hésitation à accepter, ou aussi comme un refus, M. de Marbeuf, bien que mis au courant de l'élection, n'eut pas à intervenir et à protester contre la seconde invasion de son siège. Il semble même que ses appréhensions se calmèrent ; les lettres qu'il écrit sont exclusivement des lettres de doctrine.

Le Directoire s'était donné pour mission de déchristianiser la France ; il s'efforçart d'atteindre ce résultat en déportant en masse. Quelle leçon de choses pour le peuple que ces convois de prêtres assimilés aux pires malfaiteurs, chargés de chaînes, qui suivent toutes les routes de France se rendant sur les côtes de l'Océan, condamnés par arrêt de justice !

Mais ce n'était pas assez de montrer par de tels spectacles que la Religion était vraiment l'ennemie; habilement, savamment, le Directoire s'appliqua à arracher des cœurs les derniers vestiges de foi chrétienne. Les fêtes catholiques avaient fait place à des fêtes absolument païennes : le dimanche, supprimé par le nouveau calendrier obligatoire, devint un jour comme les autres : on persécuta les catholiques qui refusèrent de travailler, on s'obstina à fermer les

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