‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 157 sur 191 · I. Collection de M, Gazier · texte numérisé non relu

I. Collection de M, Gazier

magasins ; par contre, furent frappés d'amende ou de prison ceux qui considéraient le décadi autrement que comme un jour de repos.

Pour obliger les catholiques à passer sur leurs convictions les plus intimes, la loi les condamna encore à aller, et le jour seulement de décadi, le plus ordinairement dans une église, devenue le lieu des réunions, célébrer leurs mariages. L'instituteur devait stériliser, autant qu'il se pouvait, par un enseignement hostile, Tâme des enfants et, à défaut des parents qui s'y refusaient, les conduire aux fêtes décadaires et aux exhibitions ou processions païennes.

Jamais M. de Marbeuf ne fut appelé à donner de si nombreuses et de si précises solutions aux difficultés qui surgissaient de tous les côtés à la fois. Il lui fallut user de la plus grande prudence ; si les principes ne doivent jamais être mis de côté, jamais aussi ils ne durent être appliqués avec une modération plus constante et une délicatesse çlus soutenue. Il y avait alors, comme il yen aura toujours, des rigoristes et des laxistes. M. de Marbeuf, si intransigeant en face de l'obligatoire confession de sa foi par tout catholique malgré tous les risques et jusqu'au martyre, sut se garder de l'un et de l'autre excès.

La situation des instituteurs était particulièrement pénible. M. de Marbeuf estima sagement « qu'il n'y avait point de règle possible à fixer ». Les fonctions que leur donnent les autorités actuelles, dit-il, « n'ont pour objet que de prémunir tous les cœurs de leurs élèves contre la Religion. Dès lors, comment entreprendrions-nous de composer avec un projet aussi atroce. Quoi que nous puissions faire, les instituteurs apprendront les droits de l'homme et seront, dès lors, en contradiction avec nous qui devons leur apprendre leurs devoirs. » Prétendre pousser les instituteurs à s'y refuser, serait en compromettre une partie et perdre un plus grand nombre encore de jeunes gens. « Nous aurions à nous reprocher d'avoir exposé les uns et les autres par des mq:^o termine vraiment impossibles ; au lieu qu'avec l'opposition que l'essence de la chose établit, il y aura certainement des parents qui ne voudront pas consommer la perte de ceux qui leur appartiennent. )>

Si M. de Marbeuf ne peut interdire un enseignement que la Loi prescrit, lequel d'ailleurs, quelque regrettable qu'il soit, ne va pas directement contre la foi, il trace aux instituteurs chrétiens des règles qu'ils ne doivent pas transgresser. Pour les jours décadaires et les fêtes républicaines, ils donneront congé à leurs élèves. Mais personnellement ils ne pourront se rendre aux fêtes païennes, ni y inviter, ni y conduire leurs élèves ; car ces fêtes « n'ont pour objet que de substituer des fêtes prétendues religieuses aux véritables ».

Une autre difficulté surgit concernant les lois nouvelles: pouvaiton les suivre dans ce qui n'était ni religieux ni injuste ? La question se posait d'une manière particulière à l'égard des dispositions testamentaires. M. de Marbeuf ne voulut pas qu'on s'opposât aux décisions des tribunaux qui prenaient pour base les lois nouvelles : c'eût été un désordre en tout point regrettable. Mais lorsque le désordre n'est pas à redouter, l'Archevêque ne laisse pas d'estimer « qu'il est très licite de se soustraire à des lois qui enfin ne partent point d'une autorité légitime ni reconnue comme telle ».

Mais n'était-ce pas aller bien loin et ouvrir la porte à de dangereuses infractions ? C'est ici qu'il faut admirer la prudence et le sens pratique de l'Archevêque : « Ayant admis le principe, dit-il, je n'oserai pas me refuser aux conséquences relatives aux dons de la main à la main, aux fidei-commis, et aux ventes simulées. Cependant, il nous faut reconnaître que, dans ces cas, l'abus est bien près de l'usage, et que , lorsqu'on donne facilité à un mourant, il faut avoir devant les yeux ce que la justice réclame pour les héritiers naturels. » M. de Marbeuf conclut : « Je pense donc qu'un principe général est bien ; mais que tous les cas particuliers sont autant de questions nouvelles. » C'était parler d'or (14 mai 1798).

Une lettre du 19 septembre 1798, envoyée par M. Girard, apporta au Conseil la grave décision de l'Archevêque concernant les mariages décadaires : la décision était accompagnée de considérants nombreux et solides : a II n'est pas possible d'approuver, dit-il, ni même de tolérer que les catholiques célèbrent leurs mariages à la réunion des fêtes décadaires. Car : 1° l'institution de ces fêtes, leur maintien, la solennité dont on les entoure, ont pour objet direct

l'abolition du jour du dimanche, celle de toutes les solennités chrétiennes et de la Religion elle-même ; — 2° la loi qui fixe les jours décadaires et le lieu de la réunion pour la célébration des mariages, a spécialement et nommément pour objet d'augmenter la solennité de ces jours, d'anéantir les souvenirs et de faire disparaître les vestiges d'un régime proscrit, c'est-à-dire des lois chrétiennes ; — 3° plusieurs des cérémonies employées dans les solennités décadaires respirent formellement le paganisme et l'idolâtrie; — 4° participer à ces fêtes impies en haine de la Religion et, à plus forte raison, contribuer à en augmenter la solennité, c'est évidemment adhérer aux vues de ceux qui les ont établies, et travailler de concert avec eux pour les remplir. La célébration des mariages aux jours décadaires a tous les caractères formels d'un acte d'apostasie. Cette célébration fait partie d'une solennité dont l'ensemble et le but sont en opposition directe avec la Religion et ne peuvent se concilier avec elle. C'est abandonner celle-ci que de contribuer à celle-là. C'est renoncer à la société de Dieu que de se mettre dans celle de Bélial, surtout pour en relever l'éclat, »

M. Girard qui, par mesure de prudence, n'a envoyé qu'une copie de la lettre, conclut : « Voilà ce que je reçois du Patron. » Il m'ajoute : « Vous direz aux Associés que je n'ai point prétendu me rendre maître des circonstances. Je sens au contraire qu'il peut s'en présenter de favorables : que s'il s'en présentait de telles, iJ faudrait changer du tout au tout les avis\ »

La décision de l'Archevêque fut portée par ses vicaires généraux à la connaissance des fidèles, dans une circulaire qu'ils envoyèrent le 16 novembre 1798. En notifiant la défense de se rendre au lieu de la réunion, le décadi, pour la célébration des mariages, les vicaires généraux précisent davantage encore : « On ne peut, disent-ils, se présenter dans le lieu de la réunion soit avant, soit pendant, soit après la séance » ; comme d'ailleurs, en matière de religion, il n'est jamais permis de feindre ni de dissimuler, on ne peut passer pour avoir célébré le mariage, le décadi, dans le lieu de la réunion, quand même on ne s'y serait pas rendu. « Les fidèles devront donc s'abste-

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