I . Archives ecclésiastiques
nir de faire enregistrer leur mariage dans d'autres temps et dans d'autres lieux ; ces actes étant toujours datés du décadi et de l'endroit choisi pour la réunion, ils seraient censés s'y être rendus, le jour déterminé, et donneraient par là un grand sujet de scandale. »
Malheureusement les forces de l'Archevêque allaient en déclinant. Il put préparer toutefois son Mandement pour le Carême 1799 ; il le signa le i^' décembre 1798. Mais ce Mandement n'ayant pas été expédié, les vicaires généraux de Lyon durent suppléer à son défaut, et adressèrent aux fidèles quelques considérations sur les malheurs qu'amène la perte de la Foi.
Sans avouer encore le triste état de santé de l'Archevêque, ils laissaient pressentir de graves événements. « Il nous est, disent-ils, pénible de ne pas vous faire entendre la voix du premier Pasteur de ce diocèse. Nous avons attendu jusqu'au dernier instant son Mandement pour la sainte carrière de pénitence où nous entrons. Nous sommes instruits que bien des circonstances sont la cause qu'il ne nous est pas parvenu (29 janvier 1799). »
En mai 1798, M. de Marbeuf avait eu une violente attaque de goutte, et il n'était pas parvenu à s'en remettre. « Patient dans ses souffrances, et soumis à la volonté de Dieu qui les lui envoyait, il les regardait comme un moyen que Dieu avait choisi pour lui faire expier ses fautes, et il l'en remerciait. »
Le plus grand chagrin du malade était de ne pouvoir célébrer les saints mystères aussi souvent qu'il l'aurait désiré. Le jour de Noël 1798, M. de Marbeuf résolut de monter à l'autel. Cet effort acheva de briser ses forces ; il comprit qu'il devait se contenter désormais de la seule communion. Cependant, le jour de Pâques 1799, dominant sa souffrance, il célébra encore les saints mystères : ce fut pour la dernière fois. Le 2 avril, il survint à l'Archevêque un catarrhe très violent et très flitigant. « Toutes ses vertus parurent alors croître avec sa souffrance ; il fut d'une douceur, d'une patience et d'une résignation plus qu'ordinaires. Il ne montrait aucune répugnance pour tout ce qu'on lui offrait ; il semblait n'avoir plus de volonté propre. »
Son grand vicaire^ M. Verdollin, s'aperçut, dès les premiers jours,
que la récitation de son bréviaire le fatiguait beaucoup, et qu'il recommençait souvent ce qu'il avait dit, croyant s'être trompé. Il le pria alors de se borner à la récitation des petites heures, en les séparant l'une de Tautre. « Il en coûta à M. de Marbeuf de se rendre à cette prière, craignant que Dieu ne fût pas content, s'il se permettait cet adoucissement. » Deux jours après, M. VerdoUin constata à nouveau que la récitation des seules petites heures devenait un effort trop pénible pour le malade prédisposé à l'assoupissement, et il le pria de s'en dispenser tout à fait^ déclarant que, vu l'état de ses forces, Dieu ne le trouverait pas mauvais. « Mais, répondit M. de Marbeuf, si je ne suis pas assez fort pour remplir une partie de mon devoir à cet égard, croyez-vous que je serai assez fort pour aller jusqu'au Paradis ? » Sur l'assurance donnée par M. VerdoUin que Dieu exigeait encore ce sacrifice, l'Archevêque se rendit, et, à partir de ce moment, il ne cessa de réciter des psaumes et d'autres prières qu'il savait par cœur \
Le 14 avril, la maladie s'aggrava sensiblement, la transpiration et l'expectoration furent supprimées.
Le 15 au matin, le danger devint imminent. M. de Marbeuf demanda et reçut les sacrements avec de grands sentiments de religion, ne manifestant aucun effroi de la mort, aucun regret de la vie. Il conserva jusqu'à midi sa connaissance et la faculté de parler.
Vers une heure il s'endormait paisiblement dans le Seigneur « au milieu des larmes et des prières de plusieurs prêtres émigrés, qui regardèrent avec raison le calme surprenant de ses derniers moments comme l'indice consolant d'une mort précieuse devant Dieu. »
L'Archevêque de Lyon fut inhumé, le i8 avril, dans le cimetière de Sainte-Catherine -.
La mort de M. de Marbeuf fut annoncée aussitôt à M""^ la marquise d'Hellenvilliers par M. VerdoUin.
Le 27 mai 1799, la princesse de Robecq écrivait à son tour : « Il est trop vrai, Madame, que nous avons eu le malheur de perdre Monsieur votre frère ; ce sera celui de ma vie ; jamais son souve-