I. Abbé Sicard, Les èvêques avant la Révolution, I, p
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la clef du mystère. Quelques prélats, pris parmi les politiques les plus en vue, Brienne et Boisgelin, se seraient concertés pour donner à la Roche-Aymon un successeur de leur choix. N'osant prétendre à recueillir pour leur propre compte l'héritage convoité, ils auraient convenu d'y installer Marbeuf, lequel, tout glorieux d'un honneur qui le tirait de l'obscurité, deviendrait dans leurs mains un instrument que la reconnaissance plierait aisément et toujours au gré de leur caprice.
Avec un peu plus de calme et moins de dépit les raisons de l'élévation de M. de Marbeuf eussent paru simples et naturelles.
Louis XVI n'aimait pas les prélats de Cour; il leur préférait les laboureurs de diocèse. Or, M. de Marbeuf, avec zèle et succès, avait retourné son diocèse d'Autun. Il s'était aussi montré à la hauteur du rôle politique que lui imposait, aux États de Bourgogne, sa qualité d'évêque d'Autun. Rigide quand il s'agissait de sauvegarder les principes, méthodique dans son administration, désireux d'alléger les charges qu'il estimait trop lourdes, d'une éloquence persuasive, ami de la conciliation, M. de Marbeuf fut jugé par le Roi capable de remplir, au mieux de tous les intérêts, une fonction à la fois délicate et importante. La Roche-Aymon s'étant montré facile, l'évêque d'Autun demeurerait ferme; l'Eglise avait besoin de cette fermeté.
Le Roi d'ailleurs conservait le souvenir des oncles de M. de Marbeuf, lecteurs de la Reine et des princes, d'autre part le nom de Marbeuf venait de s'illustrer dans les armées.
Ces raisons décidèrent le choix que le Roi fit de l'évêque d'Autun. Il le nomma en même temps à l'abbaye d'Ourscam.p, diocèse de Noyon, ordre de Cîteaux. De ce chef, les revenus du bénéficiaire se trouvèrent triplés. Aussitôt M. de Marbeuf envoya sa démission de l'abbaye de Bonneval.
Durant les trois premières années qu'il passa au Ministère de la feuille, l'évêque d'Autun rencontra peu de difficultés : ses ennemis le tinrent en observation. D'ailleurs qu'auraient- ils pu critiquer ?
Une note de Bachaumont (i8 avril 1778) marque le bon vouloir et l'intelligence du Ministre dans l'exercice de ses fonctions : « M. l'évêque d'Autun a fort à cœur d'encourager la prédication. En
conséquence, il est disposé à verser les grâces de l'Eglise sur ceux qui s'y livreront : il a engagé M. l'évêque de Senez, comme homme du métier et grand connaisseur, à rester ici pour lui rendre témoignage des orateurs sacrés qui se seront distingués dans la chaire durant ce carême '. » Il manquait au ministère ecclésiastique cet emploi de confiance aussi honorable pour M. de Marbeuf qui le créa que pour l'évêque de Senez sur lequel se porta son choix. L'émulation se ranima chez les jeunes orateurs et le mérite fut encouragé ^.
Les Nouvelles ecclésiastiques, organe du parti janséniste, se montrèrent d'abord bienveillantes. Le diocèse de Digne, ainsi qu'elles le rapportent, refusait d'accepter le projet qu'avait eu le gouvernement de réunir cette Eglise k celle de Senez. M. de Bausset, le biographe de Bossuet et de Fénelon, était alors vicaire général de M. de Boisgelin, archevêque d'Aix. Estimant que personne ne pourrait mieux concilier les esprits divisés, M. de Marbeuf le fit nommer administrateur du diocèse de Digne, après la mort de M. du Caylar. La paix fut rétablie dans le diocèse troublé. Il existe une délibération du Chapitre de Digne relatant ces faits : elle est on ne peut plus élogieuse pour M. de Marbeuf : « Le Chapitre de Digne, y est-il dit, doit tirer un voile sur tous les événements passés. Les jours d'orage et de tribulation ne sont plus. Tout lui annonce un avenir calme et des jours sereins. Son sort dépend actuellement d'un Ministre étranger aux préventions, inaccessible aux manœuvres de l'intrigue. La prudence lui a prescrit pendant plus d'un an une sage lenteur : il a voulu donner aux esprits le temps de s'apaiser et à la fermentation le temps de se calmer. Il a voulu connaître par lui-même les détails d'une affaire qui avait occupé tous les derniers moments de ses prédécesseurs. La marche sage, impartiale^ exacte, le désir qu'il a témoigné, — désir qui semble constituer son caractère, — de connaître la vérité et de faire le bien, les acclamations du clergé de tout le royaume qui applaudit aux vertueux principes de son administration, tout invite
1. Bachaumont, t. XI. L'évêque de Senez était M. de Beauvoir. Il avait démissionné et s'était fixé à Paris : son éloquence nourrie des Pères de l'hglise attirait à ses prédications une élite.