‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 21 sur 191 · Mgr Bonnard, Vie de M^e Barat, I · texte numérisé non relu

Mgr Bonnard, Vie de M^e Barat, I

2, Frédéric Masson, Napoléon inconnu, I, 47-50. — Bernard de Lacombe, Talleyrand, p. 86. Napoléon sut se montrer reconnaissant. Le 19 décembre 1805, il accorda à la comtesse de Marbeuf, veuve du pacificateur de la Corse, une pension annuelle de 5.000 francs, réversible par moitié sur ses enfants.

la même source que la première, car le style en diffère très sensiblement.

L'auteur a pour but de montrer l'entente qui présida au choix de Marbeuf comme Ministre de la feuille, les conditions et résultats de cette entente. Il s'agissait de trouver un homme « sans couleur, sans préjugé de parti ». M. de M(aurepas) se connaissant en renommée bâtarde, il n'était pas aisé de le surprendre. Tout calculé, le choix de l'archevêque de Toulouse et de l'archevêque d'Aix, « les deux entrepreneurs politiques », s'arrêta sur M. l'évêque d'Autun, « prélat obscur, coupé en apparence sur le patron dessiné par M. de M(aurepas), qui offrait au premier coup d'œil toute la rondeur, toute la gabare de cette précieuse bonhomie que le Ministre préférait ci tout. Mais il fallait obtenir et fixer cette préférence. » (Lettre V.)

« Il y a dans le cours des événements politiques des phénomènes stables qui confondent toute la prévoyance humaine et feraient presque croire au sommeil de la Providence. Lorsque M. de Marbeuf, chanoine de Lyon, fut élevé à l'épiscopat, on aurait pu en effet se permettre de penser que Dieu ne veillait pas sur son Église

si cette pensée n'eût été un blasphème Il faut l'avouer,

soit raison, soit inertie, M. d'Autun s'était m.is modestement à sa place. Content de son sort, il fuyait le théâtre orageux de l'ambition Pourquoi la malignité de son étoile l'a-t-elle arraché à

un ministère peu glorieux, mais paisible, où il n'eût jamais eu besoin de ces formules vagues et insignifiantes si éloignées de son beau naturel, de ces mensonges de situation et d'économie dont il abuse aujourd'hui sans pudeur ? »

Comment les deux « entrepreneurs politiques » parvinrent-ils à le décider ? « Ils le connaissaient, ils l'avaient abreuvé de leurs principes pendant le court apprentissage qu'il avait fait à l'école de son Éminence M. l'Archevêque de Rouen. » Ils arrivent : on les introduit dans le « mystérieux boudoir » de Monseigneur. — « Tu dors, Prélat ?... La fortune est à ta porte ! » A ces mots, « l'épais breton » s'agite, se secoue. — « Remettez-vous, lui dit-on, et rendez-vous digne du sort que nous vous préparons Il faut aller

au grand. » On lui présente à signer un traité sérieux par lequel il s'engage à obéir en esclave ; on appose les signatures : j Etienne-

Charles ; *{- Jean-de-Dieu-Reymond ; -j* Yves-Alexandre. « Tel est, M. le Marquis, le fameux concordat qui a donné un successeur à la vieille Éminence. » (Lettre VI.)

Mais comment arriver au pied du trône ? Il faut gagner Maurepas. « Ce n'est pas que le nom de Marbeuf fût étranger à la Cour... M. l'abbé de Marbeuf, son oncle, lecteur du Dauphin, avait laissé à Versailles un souvenir que l'ambition dédaigne, mais dont l'honnêteté s'honore. Ce souvenir était respecté : on en profita. L'oncle avait eu les vertus, le neveu recevra les honneurs. Or cette dernière distinction était la seule dont on eût besoin ; les vertus auraient été de trop. Ainsi, tout à souhait. » On va trouver l'abbé de Vermont, aussi cher à la comtesse de Maurepas que M. à'Autun l'était à la princesse de la famille. L'abbé répond : « Marbeuf gâtera tout. » — « Erreur, vous ne le connaissez pas. Sous cette enveloppe épaisse, il cache une âme très déliée ; c'est un laboratoire tout monté d'artifice, d'imposture et de ruse. . . C'est une mine encore un peu brute, mais féconde. . . Il a été travaillé avec soin. » — « Je me rends, dit l'abbé, je vole à Versailles, je mets le feu à tous les fourneaux. » Il voit la Comtesse : « Le choix du Ministre de la feuille n'est pas prononcé. Si M. le Comte a pris ou reçu des impressions, détruisezles et déterminez-le en faveur de M. d'Autun. » M""^ de Maurepas s'acquitta au mieux de sa mission. C'est ainsi que M. de Marbeuf fut nommé par le jeune monarque. (Lettre VIL)

La lettre VIII expose les titres de M. de Marbeuf au Ministère de la feuille : « Pauvre M. de Marbeuf! Le pauvre homme ! . . . Il roulait paisiblement dans le cercle ignoré de ces globes éteints ou encroûtés qui n'ont pas de nom. Il se flattait tout au plus de trauier un jour une inutile existence dans quelque siège obscur. . . Dans ses premières campagnes ecclésiastiques, ne croyez pas qu'il se pliât aux devoirs sévères de Tépiscopat, et que, destiné à être le flambeau de la Religion, il commençât par en être l'exemple : il ne voyait pas si loin. Tranquille, ignorant, inappliqué, n'émoussant point sur des écrits laborieux ses tardives facultés, il nourrissait dans le désœuvrement une prétention tiède et taciturne, essayait quelques fantaisies galantes, s'engraissait chez les LucuUus ; c'est dans ce calme heureux que le physique du pauvre homme marchait à ce beau développement qu'on admire aujourd'hui, et le moral devenait ce

qu'il pouvait. . . L'obscurité, direz-vous, n'exclut pas les vertus, au contraire elle les suppose... On composerait une brochure très piquante des vertus secrètes de M. d'Autun. . . Ces vertus secrètes étaient jointes à tant d'ineptie que la renommée ne daignait même pas illustrer ses vices. »

Avec la lettre IX le pamphlétaire prend soin de nous indiquer de quelle manière, par les mains de M. d'Autun, se trouvent distribuées les grâces : « Ne réclamez point l'appui de la décence, de la vertu, vous gâteriez tout. » Plus sagement, « épiez les liaisons, insinuez-vous chez ces femmes intrigantes où, libre de ses grandes sollicitudes, M. d'Autun va dérider sa grasse importance. . . C'est là qu'il faut être admis. . . Il fait faire son travail par autrui, car il a un grand vicaire de la feuille. )> Voyant que la raison de M. de Marbeuf avait des éclipses, ses patrons avaient décidé de lui donner un aide. « Ce sous-penseur, chargé de tenir en laisse la tête de Monseigneur, l'observe, l'étudié et le dirige. » M. l'abbé Hémey est ici visé par le haineux écrivain. M. de Marbeuf se l'était adjoint en qualité de secrétaire et le nomma vicaire général d'Autun. Vient ensuite le tableau fort méchant de l'une des audiences publiques du Ministre de la feuille : « Il faut voir avec quelle dignité il se compose et se balance sur son piédestal . . . Ses premières attentions, comme ses premiers regards, sont pour le sexe aimable . . . Les ecclésiastiques froncent le sourcil, les militaires jurent. »

A partir de la XIIP lettre, le style change brusquement d'inspiration : on cite Arnaud, Pascal ; on exalte Montazet aux dépens de Marbeuf; des tendances se dévoilent ultra-rigoristes : « Est-il possible. Monseigneur, que vous ne sachiez pas ce que le plus mince étudiant en théologie ne peut ignorer sans honte ? Serait-ce à moi à vous l'apprendre ? Celui qui salue quelqu'un dans la vue d'obtenir un bénéfice, est un simoniaque; celui qui donne un bénéfice pour un salut est un simoniaque. » C'est la dissertation lourde, émaillée de traits empruntés aux lettres précédentes et de grossièretés monstrueuses : « Vous savez que je n'ai jamais eu, que je n'aurai jamais aucun rapport avec M. d'Autun ; j'excepte cependant un seul cas, celui où, par une combinaison d'événements bizarres, on me ferait gouverneur des Petites maisons. Alors, succédant aux nobles jonctions de M. l'abbé Hémey, je ne pourrais me défendre d'une

relation nécessaire avec Monseigneur, et je serais constitué par devoir le grand vicaire laïque de sa tête. »

Il est difficile de lire, dans ces insinuations perfides, autre chose qu'une cruelle allusion au malheureux état d'esprit dans lequel se trouvait alors le marquis Jacques-Ange, frère du Ministre de la feuille.

La XIV'' lettre porte le titre de : Lettre d' Etienne-Charles , archevêque de Toulouse, à Ives- Alexandre, évêqiie d'Autun. A Toulouse, 6 janvier 1785. Le Prélat est figuré accusant M. de Marbeuf de lui avoir volé l'abbaye du Bec qui devait être le prix de la nomination à la feuille des bénéfices.

La XV^ lettre est la réponse d'Yves-Alexandre à l'archevêque de Toulouse.

Une XVP lettre est avant tout au service de haines locales. Elle reproche à M. de Marbeuf des crimes de simonie '.

Quel était le sentiment du Roi en présence de ce torrent d'injures et de calomnies ? Louis XVI continuait d'aimer M. de Marbeuf. Pour lui montrer qu'il lui conservait son estime et sa confiance, il l'éleva à la dignité de commandeur de l'ordre du Saint-Esprit ^ La promotion du i^' janvier 1785 comprenait, avec M. d'Autun, MM. d'Apchon, de Suffren et de Liancourt ^

Bachaumont, à la date du 5 janvier, relate que « M. de Marbeuf a donné une audience solennelle où il a paru avec sa nouvelle décoration. L'EgUse s'était empressée de venir le féliciter, et jamais il n'a eu tant de monde. Il s'est répandu dans l'assemblée deux pièces de

1. La collection des Lettres secrètes, à la Bibliothèque nationale, ne comprend que quinze lettres. Les quatre premières sous la cote L+d, 3,028, les onze suivantes sous la cote L^ d, 3,029. Nous devons à la bienveillance de M. le curé de Saint- Michel-en-Beaumont (Isère), la communication d'une XVI^ Lettre, parue sous le titre de : Lettre de Frère François Xavier, supérieur des écoles chrétiennes de la maison de Die. Moignien (Bibliothèque historique du Dauphiné, I, p. 20) indique comme auteur supposé un Frère Teissier. Il dut y avoir encore d'autres Lettres qui n'eurent qu'un retentissement local, sorte de pastiches des Lettres secrètes qui parurent à Paris. Duret, dans ses Nouvelles, parle d'une Lettre secrète dans laquelle ies membres de la famille de M. de Marbeuf seraient outrageusement traités. S'agirait-il de la XlIIe ?

2. Les dignitaires de cet ordre portaient la croix à huit pointes, suspendue à un ruban bleu, et un Saint-Esprit en plaque.

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