HVEQ.UE ET MINISTRE 3I
D'ailleurs, la charge de Ministre de la feuille était-elle incompatible avec le gouvernement d'un diocèse ?
Lefranc de Pompignan, successeur de M. de Marbeuf à la feuille, jugea qu'il y avait incompatibilité : aussitôt nommé, il envoya sa démission de l'archevêché de Vienne et se donna un successeur.
Mais cette manière d'agir, si sage et si désintéressée, doit-elle être regardée comme un blâme à l'égard de M. de Marbeuf, lequel crut devoir conserver et la feuille et son siège d'Autun ?
Autre temps, autres mœurs. L'évêque d'Autun suivit l'exemple de ses prédécesseurs. Lorsque Lefranc de Pompignan lui succéda, les idées avaient fait du chemin. Le Ministre de la feuille se trouvait dans la nécessité de ne pas diviser son attention, bien au contraire de la réserver pour la charge, devenue très lourde, qui lui incombait. Il eût été d'ailleurs très imprudent d'aller contre l'opinion. Avec le monde nouveau qui surgissait il convenait de trouver de nouveaux arrangements.
Chose certaine, — et devant la vérité des faits il faut s'incHner toujours, — le diocèse d'Autun n'eut pas à souffrir des absences de son évêque. Jamais M. de Marbeuf n'oublia qu'il était évêque et que, s'il répondait devant le Roi des personnes et des biens de l'Eglise de France, il aurait à répondre devant Dieu des âmes des prêtres et des fidèles qui formaient son troupeau.
Aussi exigea-t-il d'abord que l'organisation dont il avait tracé le plan et apprécié les fruits fût maintenue soigneusement. Puis, absent de corps, il s'arrangea pour être présent d'esprit à tous les détails de l'administration.
« Chaque semaine, il se faisait envoyer sur une feuille écrite à mi-marge un extrait des délibérations du Conseil épiscopal : il apostillait de sa main chaque article, ou par une approbation pure et simple, ou par une remarque judicieuse sur les articles qui lui paraissaient susceptibles d'amélioration. Il renvoyait cette feuille à celui des grands vicaires qui remplissait les fonctions de secrétaire du Conseil : elle était lue à la première assemblée et servait dérègle pour ses délibérations subséquentes. L'évêque conservait d'ailleurs une correspondance très active et très suivie avec ses grands vicaires.
même avec MM. les curés qui s'adressaient directement à lui. Par ce moyen il tenait toujours le gouvernail de l'administration de son diocèse, et le bon esprit, qu'il y avait laissé, se maintenait dans son intégrité '. »
Tous les ans, M. de Marbeuf demandait au Roi la permission de venir passer trois semaines ou un mois à Autun pour y renouveler l'ordre et l'harmonie nécessaires au bien général.
« Dans cet inter\'alle, il tenait de fréquents Conseils avec MM. les grands vicaires; il se faisait rendre un compte détaillé de l'état de tous les départements ; il ajoutait, suivant le besoin, de nouvelles mesures aux anciennes pour que rien ne souffrît de son absence. Il donnait une nouvelle impulsion au zèle et à la surveillance de ses coopérateurs et il trouvait en eux tout ce qu'il pouvait désirer.
« 11 assistait aux bureaux de l'Hôpital général et, s'il s'était glissé dans l'administration quelques abus préjudiciables au bien des pauvres et des malades qu'on y soignait, il y remédiait par de sages délibérations, à l'exécution desquelles ses grands vicaires tenaient la main.
« Il portait la même surveillance sur les établissements des sœurs de charité qui étaient chargées de fournir aux pauvres malades, de la ville et des faubourgs, des bouillons et des remèdes gratuits. Il tenait, dans son palais, un bureau de charité où, après avoir examiné l'état des revenus et des dépenses, il concertait avec les administrateurs tous les moyens de procurer aux pauvres des soulagements bien entendus et proportionnés à leurs besoins, en mettant le plus grand ordre dans la distribution des secours.
« Mais il donnait toujours une affection spéciale au grand et au petit séminaire, pour y maintenir l'émulation des études et la piété qui en faisaient l'ornement : il est certain que ces deux maisons d'éducation méritaient, à tous égards, la grande considération dont elles jouissaient. Le collège et le pensionnat qu'il y avait fait établir devaient aussi en grande partie à ses soins l'excellente réputation dont ils jouissaient, lorsqu'ils étaient régis soit par les prêtres