Abbé Sicard, Les évéques pendant la Révolution, p
être anéantis. Déji\ on avait supprime les ordres religieux comme inutiles à la société, aboli les vœux monastiques comme contraires à la nature et à la liberté '. Sur 241 religieux qui se trouvaient dans les lé maisons de Lyon et des fiiubourgs, 147 déclarèrent vouloir quitter la vie commune; 89 annoncèrent l'intention de la continuer; les autres, absents, étrangers ou incapables d'opter, ne firent pas de déclaration. Hélas! les couvents d'hommes étaient, depuis un certain nombre d'années, très relâchés. Dans les communautés de femmes le nombre de sécularisations fut peu sensible, et grande fut la surprise lorsqu'il fut donné de constater que ces religieuses, captives prétendues, refusaient de voir briser leurs chaînes ^. Comme on cherche toujours à pallier un échec, on rejeta la faute sur les municipalités qui n'avaient pas su garder, disait-on, la neutralité exigée par la loi. L'explication, vraiment piteuse, ne satisfit personne ^
Mais comment faire vivre désormais tous ces propriétaires ou usufruitiers que la Loi dépossède? Le législateur décida qu'ils iraient demander à l'État le pain qu'on leur avait arraché. Les religieux seront des pensionnés-, les évêques et les prêtres des salariés; on rêve même d'en faire àts fonctionnaires. Comme si les évêques et les prêtres pouvaient être jamais des fonctionnaires de l'Etat, eux dont la mission est toute spirituelle ! L'État peut bien leur offrir un humiliant salaire puisqu'il les a dépouillés ; il ne leur donnera jamais les pouvoirs spirituels qu'il n'a pas. Dans l'exercice de ces pouvoirs, évêques et prêtres ne sauraient dépendre que de leur conscience, du Pape et de Dieu.
Lorsque Dom Gerle, dans le but de dissiper une équivoque, tenta de faire déclarer « que la religion catholique, apostolique et romaine était et demeurerait pour toujours la religion de la Nation, et que son culte serait seul autorisé )>, l'Assemblée nationale
1. M. Cattin, Hist. ecclés. (p. 21, note), indique qu'il y avait dans l'ancien diocèse de Lyon 75 communautés d'hommes. Un état des religieuses (1790), Archives nationales D 19, mentionne 43 communautés de femmes. Sur cette liste il y a 994 noms de religieuses de chœur, 5 noms de sœurs blanches, 300 noms de tourières ou converses.