‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 47 sur 191 · Id., 26, 28, 29 mai, 2 et 5 juin · texte numérisé non relu

Id., 26, 28, 29 mai, 2 et 5 juin

Le clergé séculier du moins, à de rares exceptions près, ne s'associa pas à ce mouvement : la plupart de ses membres gardèrent le silence.

Ce ne furent là toutefois que combats d'avant-garde : la grande bataille allait se livrer et être suivie, pour l'Église de France, de la grande défliite. L'Assemblée, dans les semaines qui succédèrent, vota la Constitution civile du clergé, constitution qui peut se résumer ainsi : élection des évêques et des curés par le peuple. On arrivait au schisme; plus que cela, on allait connaître l'anarchie et toute son horreur.

L'abbé Goullard, député du Forez, avait dénoncé à la tribune les conséquences inévitables du régime nouveau qui se préparait, et qu'on affectait de qualifier du nom de régime antique de l'Eglise : « La force de l'autorité épiscopale ne vient, disait-il, que de son unité avec le Souverain Pontife. Séparés de lui, les évêques ne sont plus que des ministres isolés et sans appui. Les pasteurs ne peuvent conserver le pouvoir du ministère qu'il nous donne sur les fidèles confiés à nos soins, que par leur union avec l'évêque et la mission qu'ils en reçoivent. Séparés de lui, ils ne sont plus que des ouvriers salariés à la disposition de ceux qui les salarient... Les curés et les prêtres, s'étant affranchis de la subordination envers l'épiscopat, se trouveront eux-mêmes asservis à leurs paroissiens qui leur donneront des ordres, qui régleront le gouvernement des paroisses et qui leur répéteront sans cesse ce qu'un maître dit à ses ouvriers : « Messieurs, nous vous payons. » Ces conséquences commencent ci se réaliser. L'anarchie spirituelle serait-elle donc moins effrayante que l'anarchie politique » (31 mai 1790).

Quelques extraits des lettres de M. Flachat, curé de Saint-Chamond, député du Lyonnais, sont intéressants. Il écrit, le 31 mai 1790, à M. Guérin, maire de Saint-Chamond : « Vous comprenez combien pénible est ma situation au moment où l'on discute l'organisation du clergé. Qu'y faire ? Il faut s'oublier et tout attendre de Dieu en vivant en paix. » — Du 25 juillet : « Ma qualité de député est un bon passe-partout, d'autant plus que je suis bien famé n'ayant été ni effervescent, ni marquant. La prudence m'en a fait un devoir. Je me suis montré ferme quand ma raison et ma conscience me l'ont permis. Nous sommes dans la nasse, vous d'un côté, moi de l'autre;

nous avons nos peines, nos inquiétudes, nos craintes : je vous exliorte, comme je m'y exhorte, à la patience, au courage, à la fermeté, à un généreux patriotisme. La satisfaction d'avoir fait ou voulu faire le bien sera notre première, notre plus douce récompense, jointe à l'estime des gens honnêtes, car, qu'attendre d'un certain public? » — Du 27 août : « Quelqu'un me disait que Rabaut avait avancé, dans une compagnie qu'il croyait toute protestante, que le projet était d'anéantir le catholicisme. Il y a déjà tant de pas faits vers ce sinistre but, et il en reste si peu à faire, que je crois le propos vrai quand je ne saurais pas d'ailleurs l'équivalent. Ainsi les curés et vicaires seraient à la besace, et quel bien pourraient-ils faire? Il ne nous reste qu'à nous confier en Dieu. Le côté droit, quoiqu'on en dise, aura fait ce qu'il aura dû et pu, mais sans succès. Le gauche, sousté des clubs, des galeries soldées, des membres intimidés, subjugués, des philosophesques, des folliculaires, quoique quelques-uns viennent à résipiscence, aura fait ce qu'il aura voulu. On jugera quel côté aura mieux procédé. Je dois incessamment penser à ma retraite et aller me confiner chez moi, • dans ma paroisse et mes bonnes œuvres, sans plus me mêler de rien autre. Heureux si je puis vivre avec quelque tranquillité! '. »

Le 12 juillet, l'œuvre schismatique fut consommée. Il n'y manquait que la sanction royale. Le faible Louis XVI la donna le 24 août. L'Assemblée pouvait ainsi tout oser. Un nouveau décret, rendu, le 17 septembre, sur le rapport de Voidel, portait que tous les évêques, curés et autres fonctionnaires publics ecclésiastiques qui n'auraient pas prêté sous huit jours le serment de maintenir la nouvelle Constitution civile du clergé, seraient réputés avoir renoncé à leurs fonctions, et aussitôt remplacés. Louis XVI hésita encore à sanctionner le décret qui allait jeter l'anarchie dans l'Eglise de France : il se soumit le 27 décembre 1790.

L'ère des persécutions venait de s'ouvrir.

I. Archives départementales du Rhône. Feurs (dossier Guérin). M. Mayet, curé de Roclietaillée, député de Lyon, tint un bon rang à l'Assemblée durant les discussions. Gonon cite de lui : Observations présentées à F Assemblée sur les dunes ecclésiastiques, 1790, in-8, 27 p. — Opinion de Mayet sur V emploi des biens ecclésiastiques, 1790, in-8, 42 p. — Opinion de Mayet sur Vétat religieux, i'j(^o, iu-8, 16 p., nos 484, 488, 489.

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