In- 12, 16 p., Paris, impr. Briancl
VOUS rendre compte de mes principes et de ma foi. Je ne suis comptable de ce qui regarde les intérêts spirituels de mon diocèse qu'à Dieu, qu'à l'Église, et à mon supérieur hiérarchique, le Souverain Pontife. C'est moi, au contraire, qui pourrais invoquer le droit de
vous demander raison de votre foi La conscience, la religion,
le titre auguste de .successeur des apôtres, dont je suis revêtu, ce que je dois à mon siège et à l'Eglise universelle, tout me fait une loi de m'élever contre votre proclamation dont l'objet est de procéder à l'exécution d'un code de nouvelles lois ecclésiastiques qui frappe l'Église gallicane d'une subversion totale et qui, à sa divine constitution, substitue, sous le même nom, un système enfanté par l'erreur. » Se réservant d'envoyer à ses ouailles un compte détaillé de ses principes et des règles qu'ils devront suivre, l'Archevêque déclare vouloir se borner à quelques affirmations : on lui adresse une proclamation ; il proclamera, à son tour, la doctrine de l'Église catholique, apostolique et romaine.
C'est un fier début. Voyons ce qui suit. L'Archevêque fait un précis du dogme catholique et l'oppose aux nouveautés qu'il réfute : c< C'est un dogme catholique que l'Église a reçu sa constitution de Jésus-Christ, qu'elle est appuyée sur Lui qui est la pierre angulaire, que les apôtres sont les fondements secondaires de cet admirable
édifice Que c'est Jésus-Christ qui a établi les apôtres, les pasteurs
et les docteurs, afin qu'ils travaillent aux fonctions de leur ministère pour former le corps de l'Église « dont toutes les parties sont jointes et réunies ensemble dans la plus juste proportion (Eph., iv, 12-16) ». Et c'est pourquoi le Concile de Trente a prononcé que la
hiérarchie est d'institution divine C'est un dogme catholique
que la puissance civile est incompétente pour le gouvernement de l'Église et tout ce qui concerne les objets spirituels, sa doctrine, ses sacrements, son culte, sa juridiction, sa hiérarchie et les fonctions de ses ministres... C'est un dogme catholique que les évêques sont les successeurs des apôtres, « que le Saint-Esprit les a établis pour gouverner l'Église », qu'ils ont une juridiction de droit divin, qu'ils sont pasteurs immédiats de tout le troupeau qui leur est confié, et par conséquent de toutes les paroisses de leur diocèse ; mais ils ne peuvent exercer cette juridiction au delà des bornes du territoire que l'Église leur assigne. C'est un dogme catholique que les évêques
sont supérieurs aux prêtres; que ceux-ci n'ont pas une puissance commune avec les évêques, qui seuls ont le droit d'administrer leur diocèse sans que leurs actes aient besoin d'être validés par le consentement d'un collège de prêtres (Trid., XXII, can. 7). — C'est un dogme catholique que pour être pasteur légitime, il faut avoir une mission canonique, et que c'est le Souverain Pontife seul à qui, comme ayant la primauté de juridiction, de droit divin, il appartient de donner l'institution et la confirmation canoniques aux archevêques et évêques. Il suit que tout prélat qui prendrait sa mission d'ailleurs ne pourrait être qu intrus (Trid., sess. XXIII, can. i, 7 et 8). — C'est un dogme catholique enfin que la discipline universelle ne peut être changée que par la même autorité qui l'a établie, c'est-à-dire par l'Église (Trid., XXI, can. 2. — Constance, sess. XIII). »
Un tel exposé ruine à fond l'œuvre schismatique de l'Assemblée nationale. M. de Marbeuf traite ensuite la question du serment exigé : « C'est une vérité fondée sur le second précepte du Décalogue, dit-il, que le serment étant un acte religieux, où l'on appelle en témoignage le saint nom de Dieu, il ne peut être émis sur un objet contraire à la justice et à la vérité, à plus forte raison contraire à la Religion dont Dieu est l'objet immédiat. Donc tout serment fait contre l'autorité de l'Église, ou sa doctrine, serait une apostasie, et dès lors un acte défendu par la Loi divine. Tel est l'enseignement de l'Église : il la faut écouter sous peine d'être regardé « comme un païen et un publicain )). L'Eglise n'a pas seulement parlé lorsqu'elle a prononcé des décisions dogmatiques, mais encore lorsqu'elle a fait des institutions qu'elle a regardées comme nécessaires à son régime et qui sont devenues d'un usage universel. »
Des principes certains qu'il vient de remettre en mémoire, l'Archevêque de Lyon tirera les applications pratiques nécessitées par la situation. C'est bien l'évêque qui parle, et avec quelle autorité!
« A ces causes, le très saint nom de Dieu invoqué, après l'avoir conjuré de me donner le secours de son divin Esprit dans une affaire où il s'agit des intérêts les plus sacrés de son Église, et en professant d'avance que je soumettrai tous mes principes et ma doctrine au jugement du Saint-Siège apostolique, centre de l'unité catholique, lorsque les décisions du Souverain Pontife, qu'attend
avec respect l'Église gallicane, émaneront de la Chaire de Pierre, je déclare comme successeur des Apôtres et en vertu de l'autorité dont Jésus-Christ m'a revêtu :
« 1° Que je ne puis regarder... l'ancienne hiérarchie ecclésiastique comme totalement dissoute par la puissance civile : cette hiérarchie étant d'institution divine, les lois humaines n'ont pu l'anéantir.
« 2° Je déclare que je ne puis reconnaître comme lois constitutionnelles de l'Église que celles reçues de J.-C, des apôtres et des Conciles généraux, parce que l'ÉgHse ayant une Constitution divine, on ne peut entreprendre de lui en substituer une nouvelle.
« 3° Je déclare que je me regarderai toujours comme Archevêque de Lyon et comme Primat des Gaules ^ parce que ces titres m'ont été canoniquement conférés par l'Église qui seule peut me les enlever.
« 4° Je déclare que je ne puis former une paroisse épiscopale pour m'en établir le pasteur immédiat, parce que je le suis de toutes les paroisses de mon diocèse.
« 5° Je déclare que je ne me prêterai à aucune érection ou suppression des églises paroissiales, tant qu'on croira pouvoir se borner à requérir seulement l'avis des évêques, attendu que, pour l'érection ou la suppression des paroisses, il faut qu'il émane de l'autorité épiscopale un décret qui annexe à un territoire, ou qui en détache, la juridiction spirituelle.
« 6° Je déclare que, comme métropolitain, il ne m'est permis de donner l'institution, ni la confirmation canonique, à aucun évêque, parce que le Pape seul peut la conférer, et que jamais je ne la donnerai sans le consentement de l'Église ou du Souverain Pontife. En conséquence, je devrai regarder comme intrus tout évêque qui, tant que la discipline actuelle durera, n'aura pas reçu du Saint-Siège apostolique sa mission légitime.
« 7° Je déclare que jamais je n'exercerai ma juridiction ordinaire ailleurs que dans le territoire de mon diocèse, tel que la circonscription en a été fixée par l'Église, et qu'aucun évêque ou curé qui y sera étranger ne peut exercer de juridiction que par mon consentement. Et d'avance je prononce la nullité de tous les actes de cette juridiction qui serait usurpée sur la mienne.
" 8" Je déclare que je ne puis établir pour le gouvernement de
Le Marquis Jacques-Ange de MARBEUF frère de l'Archevêque de Lyon
mon diocèse un Conseil permanent de vicaires sans lequel je ne pourrais flaire seul aucun acte de juridiction, si ce n'est des ordonnances provisoires dans le cours de mes visites, parce que ce serait dénaturer l'épiscopat en le soumettant à l'empire de ministres inférieurs, parce que ce serait me dépouiller de ma juridiction et l'abdiquer, parce que ce serait établir dans mon diocèse un gouvernement presbytérien que l'Église a toujours réprouvé. En conséquence, je regarderai comme nuls et de nul effet les pouvoirs que s'arrogerait tout prêtre qui prétendrait de plein droit devenir mon vicaire et qui, sans une commission expresse de moi, voudrait s'immiscer dans mon Conseil et ferait des actes de juridiction pour le gouvernement de mon diocèse.
« 9° Je déclare que je ne puis faire servir mon autorité à l'exécution de ceux d'entre les articles constitutionnels qui renverseraient la discipline universelle sur la forme du gouvernement de l'Église catholique et de toute l'Église gallicane, parce que l'Église a seule le droit de changer sa discipline générale.
« 10° Je déclare que je ne puis, d'après le témoignage de ma conscience, prêter le serment de maintenir la Constitution ecclésiastique, parce qu'elle est destructive de celle que l'Église a reçue de J.-C. et des apôtres et, comme telle, contraire h la profession de foi que j'ai faite le jour de mon sacre. «
En terminant, M. de Marbeuf répond à la sommation, qui lui a été adressée, de se rendre dans son diocèse : son absence a été un sacrifice commandé par les circonstances. On le sait à Lyon. Les administrateurs le savent eux-mêmes, « car, ajoute l'Archevêque, il est fiatteur pour moi de vous avoir vous-mêmes, Messieurs, pour témoins et pour garants de ces sentiments, puisque vous voulez bien juger favorablement et mon caractère et mes véritables principes sur le prix que j'attache aux obligations de l'épiscopat. A cette douce satisfaction que me permet le sentiment de mes devoirs, que j'ai toujours chéris, s'en joint une autre, celle que m'inspire la certitude que j'ai toujours eue sur l'état de mon diocèse où, grâce à la vigilance de mes représentants et au zèle de mes vénérables coopérateurs dans le ministère sacré, rien n'a manqué aux besoins spirituels des ouailles dont le Seigneur m'a donné la garde. Je désirerais pouvoir me livrer directement à l'administration de mon dio-
cèse. Vous ne faites donc que seconder mon désir et le tendre attachement que j'ai voué à mon Eglise, en m'invitant de me rendre dans mon diocèse. »
M. de Marbeuf ajoute qu'il n'obéira pas à cette invitation. Sous sa forme respectueuse, c'est une sommation déguisée et, au fond, un piège très habile. Non, il ne rentrera pas dans son diocèse. Quoi donc ? Mais à quel moment arrive jusqu'à lui une telle requête ? Son Chapitre, gardien et dépositaire de sa Chaire, est supprimé; l'église qui formait le titre de son évêché, de sa métropole, de sa primatie, passe en des mains étrangères et non canoniques ; les vases sacrés, qui servaient à la célébration des saints mystères, ne sont plus « entre les mains des enfants d'Aaron et de Lévi » ; ses prêtres sont dispersés dans des retraites; l'entrée des églises est interdite aux prêtres qui devaient les desservir! Est-ce donc qu'on le réserve « pour consommer la subversion de son diocèse et consacrer du sceau de son autorité les tribulations de son clergé ? Quelle opinion les administrateurs eux-mêmes auraient-ils de leur premier pasteur et archevêque s'il se rendait coupable de pareille infraction à ses devoirs ? » Il sait très bien qu'on ne respectera pas ses droits ; mais il espère qu'on ne lui refusera pas l'estime.
« Non, Messieurs, vous n'en priverez pas un évêque qui ne peut être en opposition avec la foi catholique et qui, comme pontife de l'Eglise, est forcé de vous adresser la réponse que saint Ambroise fit à Valentinien dans une circonstance où il s'agissait des intérêts essentiels de la religion : « Pour exécuter vos projets, dit le prélat ci l'Empereur, vous pourrez venir à l'église, mais vous n'y trouverez pas d'évêque, ou vous constaterez qu'il vous résistera. ' »
I. La Société des Amis de la Révolution de 1789 fit à la Déclaration une réponse qui parut sous le titre : Observations philosophiques et théologiques adressées à M. Je Marheuf touchant sa Déclaration en réponse à la proclamation du département de Rhône-et'Loire du 1/ nov. 1790, Lyon, A. de la Roche, in-8. Gonon, no 372. - Gonon indique d'autres productions de la même époque et du même esprit : Confession de M. Varchevéque de Lyon à V Assemblée nationale, A. de la Roche, 1790, in-8 de 12 p. (no 438). — Réfutation de V Avertissement pastoral de M. de Marbeuf, adressée aux Amis de la patrie, aux Amis de la Constitution, par M. Plagniard, prêtre du diocèse de Lyon, ci-devant augustin réformé, ancien professeur de théologie, 1790, in-8 de 26 p. (no 511). — Réveillei-vous ! par Morel de Vindé, Lyon, 1790 (no 519). L'auteur, qui devint pair de France, attaque l'Archevêque et surtout le Chapitre.
L'Assemblée nationale entendit, quelques jours après (4 janvier 1791), des accents d'une rare éloquence tomber de la bouche des évêques justifiant leur refus de prêter un serment schismatique : elle n'en entendit pas de plus énergiques et de plus fiers. En l'espèce, M. de Marbeuf fut un précurseur : sa réponse était du 5 décembre. Le premier, il avait parlé, et comme il se proposait de le faire, en évéqne, en aixhevêqiie, en primai des Gaules.