CHAPITRE IX
l'Église de lyon et le serment a la constitution
CIVILE DU clergé
La Déclaration de M. de Marbeuf devant le Directoire du département et la municipalité.— Le serment est refusé par les directeurs du séminaire de Saint-I renée. — Remplacement des directeurs du séminaire. — Élection d'un évêque constitutionnel. — L'abbé Lamourette. — Ses ouvrages. — A la recherche d'un prélat consécrateur. — Lettre de Lamourette au Directoire. — Le séminaire constitutionnel et les censures de M. de Marbeuf.
Le « Non possumus » de l'Archevêque mit au paroxysme la colère des autorités de la ville et du département.
Dans la séance du 13 décembre 1790, la Déclaration de M. de Marbeuf « ci-devant archevêque de Lyon, actuellement évêque métropolitain de Rhône-et-Loire », fut portée à la connaissance du Conseil général par son président, à qui elle avait été adressée, et accueillie par des injures : « Le chef de l'église du diocèse, s'appuyant de principes et de citations qu'il annonce tirées des conciles, et qu'il présente comme des dogmes diamétralement opposés aux dispositions des décrets de l'Assemblée nationale sur la Constitution civile du clergé, prétend qu'il ne peut ni ne doit se soumettre à l'exécution des. nouvelles lois qu'elles n'aient, au préalable, reçu l'approbation du Pape, et explique clairement qu'il ne se rendra point dans son diocèse pour y exercer ses fonctions et prêter le serment exigé par la Constitution. » Après l'audition du procureur-syndic, qui demande simplement la déchéance de M. de Marbeuf, le Directoire « considérant que la résistance de M. l'évêque de ce département est une désobéissance manifeste à l'exécution des lois du Royaume; que les décrets sur la Constitution civile du clergé, loin de conlrarier les autorités dont ils s'appuye^ y prennent an contraire leurs
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bases et leur sagesse; considérant d'ailleurs, que s'il n'appartient à aucun citoyeii, quelque soit son opinion particulière, de refuser de se soumettre à la Loi, il convient bien moins encore à ceux qui, par état, doivent prêcher cette soumission, et en donner l'exemple, de se permettre d'éluder les obligations qu'elle leur impose; considérant enfin que la désobéissance de M. l'évêque du département ne serait pas assez punie par la privation de son traitement, la seule qui pourrait lui être infligée en ce moment... en attendant que l'administration soit autorisée à faire déclarer vacant le siège qu'il occupe... décide que la lettre de M. l'évoque du département et le présent arrêté seront incessamment adressés à l'Assemblée nationale par la voie de MM. les Députés ' ».
La lettre de l'Archevêque fut imprimée, et les exemplaires se répandirent dans toute la ville de Lyon. Il y avait dans cette diffusion un véritable danger de voir se retourner l'opinion et se multiplier les rétractations des prêtres qui avaient émis le serment par ignorance.
Aussi, dans la séance du 7 janvier, la municipalité crut qu'il était urgent d'intervenir en s'opposant à toute publicité.
Bret, procureur de la commune, fit le rapport qui précéda l'ordonnance. Par une ruse habile d'avocat, il feint de se trouver en face d'une déclaration apocryphe. L'écrit, pour lui, est « un poison filtré sur des lèvres prétendues évangéliques », déguisé sous les expressions doucereuses d'un pasteur tendrement inquiet sur le sort de son troupeau chéri. « Pénétrés, dit-il, de respect pour la personne de M. l'évêque du département de Rhône et Loire, métropolitain du Sud-Est, et pour le caractère dont il est revêtu, nous souhaitons que la vérité lui permette de désavouer l'Ecrit que nous avons à dénoncer ou au moins la publicité donnée à cet Ecrit. »
Après ce préambule, le procureur s'acharne à réfuter la Déclaration de M. de Marbeuf. Les arguments ont au moins le mérite d'être curieux : « Au nom d'un pontife incapable de mensonge et de trahison, on emploie le mensonge et la trahison. . . Les auteurs ont craint qu'on désabusât ceux qu'ils voulaient séduire, autrement la Déclaration de notre prélat eût paru en forme de Mandement, eût été publiée, affichée; mais aussitôt combattue et détruite, elle eût été