LAMOURETTE ÉVÊOUE CONSTITUTIONNEL II
éclairé du peuple, et du civisme dont il a donné des preuves aussi éclatantes que multipliées... »
Dans la séance du 1 1 avril, le Directoire décida à nouveau : « Que tous les Corps tant administratifs que judiciaires, séants à Lyon, l'état-major de la garde nationale et des troupes de ligne, les sociétés patriotiques, seront invités à assister à la réception; les Corps y occuperont la place qui leur est assignée par la Constitution... Le Directoire se réunira en la maison de l'Observance pour y attendre le moment de l'arrivée de M. Lamourette. »
Le Directoire se rendit en effet, dans l'après-midi du 12, à la maison de l'Observance. Il dut attendre de longues heures, « l'arrivée de M. l'évêque ayant été différée, dit le procès-verbal, par les hommages multipliés que s'étaient empressés de lui rendre, à chaque pas de la route, les municipalités, gardes nationales et citoyens du département, accourus pour jouir de sa vue. » Vers les 9 h. 3/4 seulement il fut à l'Observance. « Il mit pied à terre après avoir passé la porte qui séparait la ville du faubourg, au bruit d'une brillante musique militaire, de plusieurs décharges d'artillerie, au son des cloches de toutes les égUses, aux acclamations et applaudissements d'une foule immense de citoyens. »
M. Vitet, maire^ harangua l'évêque :
« La vive impatience qu'éprouvaient les habitants de cette ville et du département entier, lui dit-il, les transports auxquels s'est livré sur votre route et va se livrer dans la Cité un peuple immense, vous sont un sûr garant de l'amour et de la vénération de tous nos citoyens. Il est glorieux pour moi d'avoir l'avantage de vous présenter, au nom du premier Corps administratif, l'expression de ces sentiments. J'ai déjà eu celui de proclamer le digne pasteur qu'un choix libre a porté sur notre chaire évangélique, et je n'oublierai jamais que, dans des circonstances aussi importantes, les suffrages dont j'ai été honoré par mes frères, m'ont mis à même de vous présenter leurs premiers hommages. C'est, après le désir de faire le bien, la plus douce jouissance que me donnent les fonctions qui m'ont été confiées.
« Elle est cependant troublée par une idée affligeante. L'Empire est plongé dans la consternation par la perte d'un de ces hommes
Yves-Alexandre de Marbeuf. 8
sublimes que la nature ne produit que rarement, et dont il semble qu'elle envie la possession au genre humain en ne lui permettant de Tinstruire qu'un petit nombre d'années... Il n'appartenait qu'à l'ami de Mirabeau d'apporter parmi nous quelques consolations. Notre douleur ne saurait être anéantie : mais nous l'oublierons un moment pour ne nous occuper que de la joie qu'inspire votre présence et du bien qu'elle va opérer.
« Tout concourt à porter au dernier période le sentiment qu'elle inspire.
(( Comme Français, nous jouissons du bien inestimable de voir les élections rendues au peuple, à qui on n'avait pu ôter ce droit sans offenser, en même temps, la raison et la religion.
« Comme citoyens du département de Rhône-et-Loire, nous applaudissons à l'excellence du choix qui met à la tête de cette métropole un pasteur également connu par ses vertus, par ses talents et par son zèle pour la Constitution.
« Comme administrateurs du département, nous av.ons à nous féliciter des relations intimes et précieuses qui vont nous rapprocher de vous.
« Notre amour pour le bien public n'avait pas besoin d'encouragements; mais nous marcherons d'un pas plus sûr lorsque nous serons animés par votre exemple et entourés de vos lumières.
« Elles jetteront un jour nouveau sur l'importance de la parfaite intelligence qui doit régner entre tous les bons citoyens et entre tous les pouvoirs. Si ce concert fait trembler les méchants, il dissipera, n'en doutons pas, l'erreur des âmes faibles ou égarées qui viendront se rallier sous les drapeaux réunis de la religion, de la liberté et du patriotisme. »
L'évêque répondit à ce discours « avec la dignité et l'expression de la sensibilité ». Il reçut successivement les hommages et les compliments du Directoire, des districts de la ville et de la campagne, de la municipalité, de la garde nationale et des sociétés patriotiques. Quand Lamourette eut fini de répondre à toutes ces louanges, le cortège se mit en mouvement pour l'accompagner à son domicile. « La marche était ouverte par un détachement de cavalerie et de gardes nationales. Immédiatement après venait M. l'évêque, placé entre M. le Président du département et le premier nommé membre du