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CATHOLIQUES ET COXSTITUTIONNF.LS

Le Conseil de l'Archevêque, M. de Castillon en tête, déclara au contraire que le serment était illicite^ et l'interdit aux prêtres fidèles. La raison sur laquelle s'appuyait le Conseil fut que Pie VI, dans son Bref du 19 mars 1791, avait condamné le serment de liberté-égalité en condamnant la liberté et l'égalité françaises. La décision des vicaires généraux de Lyon ne fut pas acceptée tout de suite : le nom de M. Emery, le souvenir qu'il avait laissé au séminaire Saint- Irénée, l'emportèrent et, au grand scandale des fidèles, des prêtres vertueux acceptèrent le serment. Les charitables efforts que, par lettres, M. de Castillon tenta près de ces prêtres, n'eurent pas de succès ; déjà les fidèles se séparaient des jureurs. Grands furent l'émoi et l'embarras de M. de Castillon et de ses collègues. A ce moment, arriva de Suisse un document qui appuyait la décision qu'ils avaient cru devoir donner au sujet du nouveau serment.

Six évêques français, exilés en Suisse, s'étaient réunis à Fribourg pour examiner la nouvelle formule ^ Ils n'hésitèrent pas à la condamner pour les raisons suivantes : « Le serment est si général dans ses termes qu'il dépasse les exigences de la liberté et de l'égalité civiles et politiques, et il peut vouloir affirmer l'existence de la liberté et de l'égalité dans les choses religieuses. Il est donc dangereux et, par la perversité du sens qu'on pourrait donner à volonté aux mots indéterminés, il pourrait devenir mauvais. Illicite et coupable à cause de ses termes trop généraux et trop indéterminés, peut-il devenir licite et indifférent une fois limité par les circonstances, expliqué par elles, et appliqué cà des objets déterminés ? Mais quelles pouvaient être, d'après ces circonstances, la liberté et l'égalité que, par serment, le prêtre s'engageait à maintenir ? S'agissait-il de la liberté et de l'égalité comme on l'entendait dans le temps présent, ou comme on l'entendrait dans un temps ci venir ? Si on visait un temps à venir, voulait-on donner à une république nouvelle, établissant un ordre de choses nouveau, le droit de déterminer, par d'autres déclarations et d'autres décrets, les principes de liberté et d'égalité qu'elle adopterait et les formes qui en régleraient l'exercice ?

I. Les évêques de Poitiers, Châlons, Meaux, Gap, Riez et Sisteron. Ce dernier rédigea le Mémoire collectif qui condamnait le serment.

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Mais alors, quels pièges ! quels dangers ! quelles conséquences désastreuses ! Si la liberté et l'égalité telles qu'on les voyait en exercice devaient être les germes de l'avenir, quels mauvais fruits porteraient ces mauvais germes ! S'agissait-il de la liberté et de l'égalité que la révolution avaient établies en France, dont elle appliquait déjà les principes ? Mais la perfidie du serment n'en paraissait que plus évidente. On veut affranchir les âmes. Sous le mot de liberté, plus de dogmes, plus de morale, chacun fait ce qui lui plaît : les vœux de religion, l'indissolubilité du mariage, choses contraires à la liberté, ont cessé d'exister. Si tous les hommes sont égaux, il n'v a plus d'autorité pour les contraindre, plus de propriété pour assurer l'avenir et aiguillonner le travail. Le prêtre n'est plus qu'un fonctionnaire sans caractère sacré qui le distingue : tout homme, fidèle ou impie, peut remplir sa fonction. « Voilà, concluaient les évêques, quelles sont véritablement la liberté et l'égalité, objets du serment, et qu'on s'engagerait à maintenir. Donc le serment est crhninel : toute conscience catholique et honnête doit le refuser » \

La décision des évêques, réfugiés en Suisse, était certainement motivée. M. de Castillon crut néanmoins devoir écrire à M. de Marbeuf pour le prier d'indiquer la conduite à tenir. L'Archevêque répondit, suivant sa coutume, courrier par courrier. La réponse est du milieu de décembre 1792. Il ordonne aux prêtres qui avaient juré, de rétracter aussitôt leur serment entre les mains de leur confesseur, ajoutant que ceux qui ne l'auraient pas rétracté dans le délai de deux mois perdraient sa confiance. En même temps, il recommandait, aux fidèles de ne pas se séparer de ceux qui auraient juré. L'Ordonnance de l'Archevêque rétablit toutes choses dans l'ordre : la plupart des nouveaux jureurs se rétractèrent. Toutefois les fidèles, ignorant cette rétractation fiiite au tribunal de la Pénitence, persistèrent dans leur angoisse et dans leurs répugnances à communiquer avec les prêtres qui avaient juré. Ils eurent recours à M. de Castillon qui, une seconde fois, écrivit cà l'Archevêque. Pour mettre un terme à l'inquiétude et écarter la menace de nouvelles divisions, M. de Marbeuf blâma le silence des prêtres jureurs et leur demanda une rétractation écrite, rétractation qui devait être lue aux fidèles dans

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