I. Manuscrit Liiisolas
CATHOLIQUES Et CONSTITUTIONNELS 167
les oratoires de la paroisse où avait été fait le serment, et cela sous menace de retrait de pouvoirs. Le prélat fut écouté, et le scandale prit fin '.
A cette occasion, le Conseil archiépiscopal de Lyon a été taxé d'intransigeance et de rigorisme. L'accusation est-elle méritée ? Non. M. de Marbeuf était intervenu, couvrant ses vicaires généraux. Chose certaine, les évêques exilés, pour la plupart, désapprouvèrent le serment de liberté-égalité; plus que cela, ils menacèrent de peines les prêtres qui l'avaient prêté. Au témoignage de M. Emery, les évêques demeurés en France, — il en restait dix-sept — ■ ou approuvèrent la prestation du serment, ou encore le prêtèrent ^ Il va même plus loin et affirme qu' « un très grand nombre d'évêques, avant de sortir de France, ont prêté le serment » ; en outre que
1. M. de Marbeuf ne se formait pas une opinion à la légère. Nous avons de lui plusieurs Mémoires résumés et annotés longuement :
10 Celui des six évêques. M, de Marbeuf écrit sur ce Mémoire : « Beaucoup de méthode et de force : il doit être lu avec une grande attention. Il conclut que, sous quelque rapport qu'on considère le serment, il présente des dangers et des vices. »
2° Le Mémoire de l'abbé du Voisin pour la justification du serment qu'il avait cru devoir prêter. « En le lisant, on voit, dit M. de Marbeuf, un homme dont le cœur ne paraît pas corrompu, employer tous les moyens pour légitimer une démarche que la terreur lui a sans doute inspirée. On ne peut se refuser de le plaindre des circonstances dans lesquelles il s'est trouvé ; mais son ouvrage ne persuadera personne... Il voudrait persuader que ces mots de liberté-égalité, qui pourtant ont été un cri de guerre au nom duquel toute autorité, toute religion ont été détruites, ne comportent point par eux-mêmes le sens qu'on leur a donné. »
30 Un Mémoire de l'évêque de Clermont.
40 Un Mémoire qui porte le nom de quelques Sulpiciens et qui est défavorable au serment.
50 Le Mémoire de l'évêque de Langres. « Il peut, dira M. de Marbeuf, séduire beaucoup de prêtres qui se trouvent dans des circonstances vraiment critiques. L'auteur est fort aimé, a beaucoup de talent et appuie de la façon la plus forte une doctrine justement condamnée par la plupart de ses collègues. Pour lui, l'objet du serment est purement civil. Il soumet à une puissance civile, illégitime sans doute; mais la soumission est justifiée par la contrainte qui l'impose et le défaut de puissance légitime. L'objet n'est donc pas criminel. » En lisant avec attention, ajoute M. de Marbeuf, « on ne peut se défendre du mauvais eftet que le Mémoire pourrait produire. M. de Langres a cherché, par une décision molle, à soustraire le clergé à l'horrible position où le met le refus. La décision peut faire honneur à son cœur, mais on ne craint point de dire que son caractère épiscopal ne lui permettait pas de chercher à composer avec la vérité >>.
11 est d'autres nombreux Mémoires soigneusement annotés par l'Archevêque.
2. Vingt-six évêques avaient refusé de partir. Quatre moururent en 1790; cinq en 1791. Voir abbé Sicard : Les évêques après la Révolution, p. 269.
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« plusieurs évêques, qui n'avaient point prêté le serment à leur sortie de France et qui n'avaient aucun intérêt personnel à le justifier, en ont cependant pris la défense » ; enfin que les évêques réunis à Fribourg « adoucirent la sévérité de leur opinion sur le serment et, au lieu que, pour la prorogation ou la conservation des pouvoirs, ils exigeaient auparavant une rétractation des prêtres qui avaient prêté le serment, ils se contentèrent de demander qu'ils déclarassent par écrit qu'en prêtant le serment ils n'ont point eu en vue tous les sens qu'on pourrait attribuer au serment, et qu'ils rejetaient toutes les mauvaises conséquences qui pouvaient en découler ' ».
Systématiquement Rome se taisait. Il eût été si dur de dire aux évêques favorables, lesquels pour la plupart étaient dans le feu de la persécution : Vous êtes allés trop vite; et, aux autres demeurés infrangibles, les plus nombreux : Les craintes que vous manifestez sont exagérées ! Toutefois, il semble que Rome inclina pour l'illégitimité du serment -. M. Emery, lui-même, en éprouva de l'amertume et du malaise. Il laissa échapper cet aveu : « Puisque la plupart des évêques et Notre Saint Père le Pape répugnent au serment, si aujourd'hui il fallait le faire, je ne le ferais point ».
Pour conclure ce débat, disons que, s'il faut admirer d'une part les tentatives de conciliation qui furent faites par les partisans du serment de liberté-égalité, il serait excessif de blâmer l'intransigeance des évêques qui défendirent de le prêter et l'héroïsme des martyrs qui obéirent a la direction de leurs chefs.
Car on allait entrer plus avant dans la voie douloureuse. La loi de déportation contre les prêtres réfractaires recevait, du refus même du second serment, son plein effet à partir du 26 août. L'Administration de Rhône-et-Loire, il faut le reconnaître, montra, en appliquant la loi, une réelle bienveillance : elle accorda de nombreux