‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 90 sur 191 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Massacres de septembre à Paris. — M, Bonnaud. — M. Bottex. — Départ de MM. Verdollin pour l'exil. — L'énergumène Chalier. — Massacres aux prisons de Pierre-Scyse, Roanne et Saint-Joseph. — Évasion de M. Girard. — Les nouvelles autorités. — La guillotine. — Le prêtre Laussel. — Visites domiciliaires. Retour de M. de Castillon et réorganisation du Conseil archiépiscopal. — MM. Linsolas et Daudet, vicaires généraux. — L'Archevêque veut rentrer dans son diocèse. — Mandement de carême (1793). — Dénombrement des prêtres fidèles et vérification de leurs pouvoirs. — État de déchéance de l'église constitutionnelle.

On npprit bientôt à Lyon les massacres qui venaient d'ensanglanter la capitale (2-7 septembre 1792). Au nombre des victimes se trouvèrent cinq ecclésiastiques de Lyon, MM. Bonnaud, Bottex, Lenfant, Gros et l'abbé de Rostaingt. Ce dernier n'était encore que diacre.

MM. Lenfant, Gros et de Rostaingt, originaires du diocèse de Lyon, n'y ont pas rempli de fonctions. MM. Bonnaud et Bottex méritent de retenir l'attention : le premier, par sa qualité de vicaire général de M. de Marbeuf; le second, comme député ecclésiastique aux États Généraux.

M. Bonnaud fut arrêté à Paris durant l'une des visites domiciliaires opérées par les soins du Comité de Salut public. Il avait écrit, le 24 octobre 1791, une longue lettre à l'abbé de Salamon, chargé des affaires du Saint-Siège \ La lettre parut ci ce dernier d'une telle importance, qu'elle fut expédiée de suite au cardinal Zélada et mise

I. Voir la lettre dans : Vicomte de Kichemom,CorrespoiHliince secrète de î'ahhe de Salamon. Notes, p. 481.

SOUS les yeux du Saint Père. L'abbé Bonnaud se plaignait de ce que les brefs du Pape, envoyés en mai pour les permissions d'ordonner extra fempora et pour la bénédiction des pierres sacrées et les saintes huiles, n'avaient pas été communiqués aux archevêques et évêques, par celui à qui les brefs avaient été adressés : « Vous concevez, disaitil, combien dans ce moment-ci cette négligence est funeste. Comment pouvons-nous, nous, grands vicaires, chargés de l'administration de vastes diocèses, tels que Lyon par exemple, subvenir aux besoins urgents des églises dans ces jours calamiteux si, dans l'exécution des ordres de Sa Sainteté, il y a une négligence aussi étonnante ? )) L'abbé Bonnaud supplie le chargé d'affaires de mettre Rome en garde contre les tendances philosophiques de quelques-uns des prélats de l'Assemblée, en particulier de M. de Boisgelin, archevêque d'Aix. Il a sur lui un mot cruel : « Sa Sainteté ne peut, ditil, trop se mettre en garde contre tout ce qui émane de cet homme qui se plie et se replie comme un serpent... Le Souverain Pontife doit se prémunir contre tous les émissaires ecclésiastiques envoyés à Rome de la part, soit directe, soit indirecte de ce prélat : Lai et angiiis in herha ! L'archevêque d'Aix... a toujours eu des relations, sinon franches, du moins politiques et toujours analogues aux événements, avec l'archevêque de Sens. »

Entre autres moyens qui s'offrent pour déjouer « tous les manèges ourdis par le philosophisme, qui malheureusement s'était insinué plus ou moins dans tous les ordres de la hiérarchie », l'abbé Bonnaud désirait que Sa Sainteté envoyât ses Brefs à l'internonce. « Par lui, dit-il, on évitera d'exposer les Brefs du Pape à la coupelle de l'archevêque d'Aix. » Il demande encore au Pape d'excommunier les intrus « sans avoir égard à tout ce que la malveillance ou la politique pourraient lui faire de représentations pour l'en détourner », à tout le moins les évêques d'Autun, de Lydda et de Babylone, les retards du Saint Père à prendre la voie de l'excommunication mettant dans l'embarras plusieurs évêques qui avaient menacé les intrus des foudres de l'Église. C'était d'ailleurs le cas de M. de Marbeuf.

Le cardinal Zélada, au reçu de la lettre de M. Bonnaud, répondit à son chargé d'affaires : « Le Pape a lu avec la dernière attention tout ce que vous marquez au sujet des évêques et de la Commission qui s'est établie à Paris, et il a réfléchi de même sur la lettre

de l'abbé Bonnaud. Le Saint Père a été et sera toujours infiniment sur ses gardes contre la surprise, et l'on est fondé à croire qu'il y a très bien réussi dans toutes les démarches faites jusqu'à présent '. »

Il est aisé de le voir, M. Bonnaud, opposé à tout ce qui de loin comme de près touchait au gallicanisme, était d'une seule pièce, ennemi des demi-mesures. On ne lui eût pas fait admettre que les prélats qui jouèrent un rôle politique, tel Lefranc de Pompignan, Cicé au ministère, et aussi de Boisgelin, s'appliquassent encore k rechercher un modus vivendi. En réalité les tentatives, dans ce sens, furent infructueuses. S'il faut louer les bonnes intentions des prélats, il ne semble pas qu'on puisse accuser le rigorisme de l'abbé Bonnaud, rigorisme qui ne manqua pas tout au moins de clairvoyance ^.

L'abbé Bonnaud eut d'ailleurs quelque raison de se plaindre des évèques du Comité des affaires ecclésiastiques de France et de leur président, M. de Boisgelin. La correspondance de M. de Salamon, révèle, à ce sujet, une inqualifiable manœuvre dont fut victime le vicaire général de M. de Marbeuf.

L'internonce mande, le 6 février 1792, que Sa Sainteté va recevoir un excellent ouvrage de M. Bonnaud « ouvrage qu'il a lu en manuscrit et qui est encore sous presse ». Il a fait entrevoir à l'auteur que les premières feuilles feraient plaisir au Pape. Il ajoute : « M. Bonnaud est le premier ecclésiastique, après le Saint Père^ qui ait osé dire que nous enlever nos biens était un sacrilège, que les biens temporels appartiennent à l'Église, que, dans tous les temps, dans toutes les religions possibles, le clergé a eu des biens et des immunités. Voilà du courage ! Aussi, quand ce digne ecclésiastique me consulta, je lui dis : Hâtez-vous de faire imprimer. »

L'internonce écrit à nouveau le 13 février : « Voilà la suite de l'ouvrage de l'abbé Bonnaud. Après une conférence que nous avons eue ensemble j'ai pensé, à cause du Corps épiscopal, qu'il fallait en changer le titre et, qu'au lieu de mettre : Réclamation du second Ordre,

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