‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 94 sur 191 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

Archives nationales, F

Marguerite-Augustine de MARBEUF, Marquise dHELLENVILLIERS, sœur de l'Archevêque de Lyon

Chalier était un délégué du Club des Jacobins de Paris. Piémontais d'origine, élevé par les dominicains, il avait quitté inopinément leur noviciat pour courir le monde en qualité de voyageur de commerce, et vint échouer à Lyon.

Les auditeurs et admirateurs de Chalier ne voulurent pas se laisser distancer par les frères et amis de la capitale : ils exigèrent leur jour de massacre. Le Comité de surveillance de Paris venait en effet d'avertir les affidés des départements « qu'une partie des conspirateurs détenus dans les prisons avait été mise à mort par le peuple, acte de justice qui avait paru nécessaire ». Il n'hésitait pas à croire « que la nation entière s'empresserait d'adopter un moyen si nécessaire au salut public ». C'était un mot d'ordre : il fut suivi.

Le 9 septembre, une foule d'émeutiers armés de piques et de poignards, se porta contre les prisons. En arrivant à Pierre-Scyse, ils se heurtèrent à l'énergie de M^'^ de Bellecize qui, en l'absence de son père, commandant de la forteresse, refusa d'ouvrir les portes. Le maire Vitet accourut en hâte et se fit remettre I^s clefs, en se portant garant de la vie des prisonniers. Ce fut une lourde faute ; car aussitôt la populace se rua sur les cachots, s'empara de trois officiers du Royal-Pologne et les massacra ; puis, élevant sur des piques la tête des victimes, elle se dirigea vers la prison de Roanne.

Quatre prêtres s'y trouvaient. Grâce à l'initiative et au dévouement de la femme du geôlier, trois purent s'échapper. Par le moyen d'une planche jetée en travers de la rue, ils gagnèrent l'un des étages de la maison voisine. Le quatrième ecclésiastique, M. Claude Régny, ancien professeur de dogme au séminaire Saint-Charles, fut trouvé par les « buveurs de sang ». Il disait pieusement son bréviaire. Traîné hors de la prison, ils se mit à genoux : les assassins le décapitèrent, puis mutilèrent son cadavre. Cela fait, et précédée des têtes des quatre victimes, la horde se précipita dans la rue Saint- Jean pour se rendre à la prison Saint-Joseph. Un chevalier de Saint- Jean, ancien vicaire de Saint-Nizier, l'abbé Joseph Lanoix qui, affolé et sous les habits de sa servante, essayait de gagner un asile plus sûr, fut reconnu, percé de coups de poignards et enfin décapité.

La foule ne trouva à Saint-Joseph qu'un prisonnier, l'abbé Guillermet, ancien curé de Baneins-en-Dombes. Chassé de sa paroisse

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pour refus de serment, il se rendait utile dans les hôpitaux de Lyon, prodiguant son dévouement aux malades et aux infirmières, préparant à la première communion les enfants de la Charité : la dénonciation d'un renégat le lit condamner à un an de prison. Les terroristes se saisissent du prisonnier : ils lui hachent les doigts, lui coupent les mains et la langue, enfin lui tranchent la tête. Ils suspendirent aux tilleuls de Bellecour les trophées sanglants de leur facile victoire.

Telles furent les septembrisades de Lyon d'où s'élança vers le ciel l'avant-garde de nos martyrs.

Au nombre des prêtres qui réussirent à s'enfuir de la prison de Roanne se trouvait M. Girard, curé de Lucenay ; il devait recevoir bientôt, de M. de Marbeuf, les lettres de vicaire général; il fut aussi, à Saint-Maurice-en-Valais, durant toute la révolution, Tintermédiaire le plus actif et le plus intelligent entre l'Archevêque exilé et les vicaires généraux préposés au gouvernement du diocèse. Il avait été dénoncé, en mars 1791, par les officiers municipaux de Lucenay, paroisse à la tête de laquelle il était depuis sept ans, pour avoir déclaré en chaire « qu'il aimerait mieux se faire hacher en morceaux que de prêter serment ». Le dimanche qui suivit cette déclaration, il lut la lettre de M. de Marbeuf au département, et donna rendezvous à ses fidèles paroissiens pour le dimanche suivant. Il avait convoqué la municipalité elle-même. Devant la foule accourue, il réfuta article par article la Constitution civile du clergé et soutint que les électeurs, qui allaient se rendre à Lyon pour l'élection d'un nouvel évêque, « étaient sans caractère, sans qualité, et qu'ils ne pouvaient y concourir en sûreté de conscience » . En vain le maire ordonna-t-il au curé de lire Vlnslruction sur la Constitution civile du clergé. Non seulement le curé opposa un refus formel, mais V Instruction ayant été lue par un officier municipal, il déclara « qu'il "ne remonterait plus dans sa chaire profanée ». Ce fut à la suite de ces incidents que l'abbé Girard se trouva incarcéré à Lyon.. En le sauvant du poignard des sicaires, la Providence réservait à M. de Marbeuf un auxiliaire précieux, homme décidé et d'un dévouement à toute épreuve ^

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