‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 96 sur 191 · Billiémaz à Roland, Archives nationales, F · texte numérisé non relu

Billiémaz à Roland, Archives nationales, F

2. Conseil de la commune, 26 octobre. Cette délibération fut envoyée à Roland. La copie est aux Archives nationales.

i8q YVES-ALEXANDRE DE MARBEUF

à retirer un pouvoir qu'on était libre de donner et qu'on ne croit plus utile. Vous voyez ma raison : elle est motivée par cette seule expression... Vous demandez en outre un paiement sans expliquer pourquoi et sans me fixer la quotité. Vous avez proposé de prêcher l'ordre, la paix, la liberté, l'égalité. Je vous ai fait passer la somme de six cents livres pour soutenir votre zèle dans cette belle carrière. Je ne vous ai rien promis, je ne me suis engagé à rien. Vos courses n'ont pas été longues ; votre mission a été courte. Voilà, monsieur, les explications et la réponse que vous me demandez. »

C'est à Laussel qu'il faut attribuer les mesures les plus violentes prises contre les prêtres insermentés. Dans sa séance du 14 décembre et sur la réquisition de Laussel, procureur de la commune, le Conseil général arrête : « Que les prêtres réfractaires au serment seront tenus de se déporter aussitôt, à défaut de quoi ils seront conduits de brigade en brigade à la ville frontière la plus voisine. Les commissaires de police et tous les citoyens sont invités, requis au besoin, de dénoncer les personnes qu'ils connaîtraient pour ne s'être pas conformées au présent arrêté. » '

Des visites domiciliaires commencèrent le 23 septembre 1792 et durèrent jusqu'à la fin du mois. On en fit de nouvelles les 17 janvier, 4 février et 5 avril 1793. Lors des visites de septembre 1792, plusieurs prêtres furent arrêtés et relâchés sous caution « de vider le territoire )>, entre autres M. Pierre de Castellas, chanoine de Saint- Just. On saisit les malles de M. de Sartiges, chanoine-comte émigré ; cinq caisses contenant les livres de M. l'abbé de Montazet, émigré ; une malle « très conséquente » à M. de Castillon « remplie de titres et papiers », renfermant aussi « l'argenterie des Verbe- Incarné ». — La visite du 10 février fut faite dans chaque section par dix citoyens. La force armée avait été requise, les portes de la ville, dès dix heures du soir, rigoureusement consignées et les rivières surveillées. La générale fut battue à quatre heures du matin et la visite commença à cinq heures.

Tant que M. Nivière-Chol conserva la mairie, les visites furent assez bénignes et ne donnèrent pas les résultats attendus par les jacobins. M. Linsolas rend au maire ce témoignage « qu'il lit prévenir par dessous main les réfractaires qu'il connaissait ». Toutefois,

en février, six prêtres furent arrêtés. Le maire, pour moins exposer les prisonniers, donna ordre de les mettre à Pierre-Scyse en attendant leur déportation à la Guyane. M. Linsolas a conservé la lettre d'un des prêtres incarcérés, lettre fort intéressante qui donne les noms d'emprunt des vicaires généraux : M. Linsolas se cachait sous le pseudonyme de Chaumont \ M. de Castillon sous celui de Lebrun '. « Les prisonniers, dit l'auteur de la lettre, surabondent de joie dans leurs tribulations... Ils n'ont ensemble qu'un cœur et qu'une âme. )) Quelques-uns redoutent « l'exportation d'outre-mer » ; mais « Celui qui pourvoit aux besoins des êtres qui ne sèment ni ne moissonnent, pourvoira sans doute aux besoins de ceux qu'il a associés à ses peines ». Il reste environ éoo livres à distribuer aux prisonniers; tous les frais de geôle, nourriture, logement, sont payés à ce jour. L'auteur de la lettre fait part de la consolation que les six prêtres prisonniers ont éprouvée en communiant à la fin d'une retraite, faite par chacun d'eux en particulier dans leur prison. Des hosties consacrées avaient été portées à Pierre-Scyse par un diacre. L'auteur dit encore qu'il veille avec soin le moment du départ pour la Guyane afin de distribuer le linge et les objets que le Conseil lui a fait remettre. Il mentionne aussi deux prêtres prisonniers dont l'un désire se mettre en règle, et l'autre parle de revenir et de se rétracter.

Il a paru possible de reconstituer la liste des prêtres alors prisonniers à Pierre-Scyse, et cela à l'aide des dossiers personnels conservés aux archives du département. Voici leurs noms : Humbert Rey, aumônier des religieuses de Saint-Pierre, à Lyon; Benoît Poncet, chartreux; Saint- Aubin, prévôt de la collégiale de Saint-Just ; Grand, chanoine de Saint-Just ; Alexandre Corneille, chanoine de Saint- Paul ; Claude Dumas, ex-perpétuel de Saint-Just. — Le prêtre qui désirait se mettre en règle était un M. Martin ; celui qui parlait « de revenir et de se rétracter » est simplement désigné par l'initiale B. D'autres devaient leur être adjoints dans la suite.

Les prêtres, prisonniers à Pierre-Scyse, ne furent pas envoyés à la Guyane. Relaxés dans les derniers jours du siège de Lyon, ils moururent presque tous sur l'échafaud.

I. Les vicaires généraux changeaient de nom très souvent. M. Linsolas prend successivement le nom de Villardot, de Beaupand. — M. de Villers se cache sous celui de Forestier.

l82 YVES-ALEXANDRE DE MARBEUF

Au milieu de tant de troubles, le diocèse de Lyon se trouva dans un lamentable état. Les Corps administratifs ayant urgé la prestation du serment, il y eut un nouvel exode de prêtres : les paroisses furent abandonnées et livrées à toutes les manœuvres des schismatiques. M. Linsolas constate que sur les huit ou neuf cents paroisses .que comprenait le diocèse, Lyon excepté, à peine comptait-on trente paroisses ou succursales qui fussent restées, en majeure partie, attachées à l'église catholique. Il insère dans les matériaux qui ont servi à la rédaction de ses Mémoires , une lettre de M. Turles que le Conseil avait envoyé à Saint-Etienne, Rive-de-Gier et lieux circonvoisins, lettre qui, dit-il, « fera connaître l'état pitoyable de ces cantons et donnera la mesure de ce qii était alors la presque totalité du dio- .cèse. » En voici quelques lignes : « Je n'ai pas de nouvelles bien satisfaisantes à vous donner des paroisses dont je suis chargé. Le peu qu'il y a de bon est bon dans la force du terme ; mais c'est en bien petit nombre. Je serai pour huitaine à Saint-Paul-en-Jarez où l'on m'annonce cinquante catholiques. Il y a cela de remarquable qu'il y en a dans toutes les paroisses, ne fut-ce qu'un. Je connais en effet deux paroisses où il ne s'en trouve qu'un seul... et j'observe que ce petit nombre est partout le tourment de tous les autres par le remords que sa présence et sa conduite ravivent dans leur conscience. »

A l'annonce d'un tel désarroi, et ne consultant que son zèle, M. de Castillon décida de rentrer à Lyon. Il y arriva vers le 12 novembre 1792, sous un déguisement.

Son premier soin fut de réorganiser le Conseil archiépiscopal. Il y appela quelques professeurs de théologie de l'ancien séminaire Saint-Irénée, ainsi que le supérieur des lazaristes, M. Daudet. Ce dernier, partant pour l'exil deux mois auparavant, avait été attaqué sur le chemin et percé de coups de stylet. Guéri de ses blessures, il put rentrer à Lyon et fournir au vicaire de M. de Marbeuf une active collaboration. C'était un prêtre d'une grande rigueur de principes. Invité à prêter serment à la Constitution civile, il avait répondu : « Ce serment contrarie trop les devoirs et les obligations que m'impose ma conscience pour pouvoir y acquiescer. Dans cette afîlùre, qui est toute spirituelle et du ressort du gouvernement de

MASSACRES DK SEPTEMBRH 183

rÉglise, j'espére que vous voudrez bien me laisser la liberté de me conformer à la doctrine et aux enseignements qui me sont donnés par le Corps épiscopal de l'Église gallicane '. »

M. Linsolas, accompagné de M. Chaillou, sulpicien, réussit à rentrer à Lyon le 21 novembre. Ils avaient pris des passeports de marchands suisses et arrivèrent à la faveur de la nuit. M. Linsolas vit aussitôt M. de Castillon qui le pria de vouloir bien l'aider dans l'administration du diocèse. Comme M. Linsolas refusait, le vicaire général signala aussitôt à M. de Marbeuf combien ce refus serait préjudiciable au bien de la religion. L'Archevêque fit acte d'autorité. Dans sa lettre du 20 décembre 1792, il donnait à M. Linsolas les pouvoirs, et il lui imposait la charge de vicaire général en vertu de l'obéissance qu'il avait jurée le jour de son ordination. M. Linsolas se soumit humblement ^

Aussitôt qu'il eût connaissance du désordre qu'avait jeté parmi ses prêtres le serment de liberté-égalité, et du départ du plus grand nombre pour l'exil, M. de Marbeuf sentit son cœur se serrer. Il décida de venir à Lyon et pria ses vicaires généraux de lui en faciliter l'accès. Mais ceux-ci lui écrivirent pour le supplier de demeurer hors des frontières : « Le temps était trop peu favorable : le Prélat que sa taille élevée et son air majestueux feraient aisément reconnaître, serait infailliblement arrêté. Que deviendrait le diocèse privé de son Chef ? »

M. de Marbeuf avait aussi consulté de hautes autorités. La lettre par laquelle il annonçait qu'il retarderait l'exécution de son projet, se croisa avec celle de ses vicaires généraux qui le dissuadaient de partir. Il leur mandait ses intentions en ces termes : « Quoique ma détermination fût prise d'aller vous rejoindre — et vous savez que je tiens à mes déterminations — j'ai cru devoir, dans les circonstances où la France se trouve, demander l'avis de plusieurs personnes marquantes, en qui j'ai pleine confiance et dont je respecte l'autorité. Elles m'^ont répondu que, quelque louable que soit mon projet, la prudence du moins m'interdisait de le suivre; que je m'exposais à laisser un siège qui tient un des premiers rangs dans l'église de

Page 1