LA LOI DES SUSPECTS D
se recrutent et le jour où les représentants du peuple altérés sentent que cette populace en fureur ne sera apaisée que lorsqu'elle aura trouvé des victimes, ils la laissent se ruer sur les prisons remplies de suspects... Quand ils apprennent que le sang coule à flots, ils éprouvent enfin un soulagement en pensant que le sang qui coule aurait pu être le leur.
Les poursuites que l'indignation publique avait réclamées contre les auteurs des massacres de Septembre furent bientôt abandonnées : il y aurait eu trop de coupables à poursuivre et les complicités montaient trop haut pour que le glaive de la Loi ait pu les atteindre*. En revanche, quand il fallut inquiéter les prêtres.
I. M. Aulard, dans son cours sur Danton, et ensuite au t. Il de ses Etudes et leçons sur la Révolution (pp. 39-106), s'est efforcé de prouver que non seulement Danton n'est pas l*auteur responsable des massacres de septembre, mais quMl fit tout ce qui dépendait de lut pour les empêcher. Pour en faire la preuve, il insiste sur rétat d'exaspération où avait mis la population parisienne l'annonce de l'arrivée imminente des Prussiens ; il montre l'affollement de Roland et des ministres, ses collègues, qui, dans un moment de panique, songèrent à quitter Paris ; la Commune de Paris est sans autorité et l'assemblée législative en désarroi. C'est alors que Marat entre dans le Comité de sur\'eillance de la Commune et y fait prévaloir ses conseils sanguinaires, avec le concours avoué de Sergent et de Panis et la complicité de Fabre d'Eglantine, secrétaire de Danton au ministère de la Justice. Roland et les autres ministres, Pction, le maire de Paris, la commune et la Législative voyaient le moment où les fureurs populaires allaient 8C tourner contre eux ; à leur point de vue, les massacres des prisons sont une diversion providentielle qui les sauve ' Ils laissent faire; tout au plus, ils laissent tomber du bout de leurs IcvTes blanches de peur des protestations qui sonnent faux tant on les sent peu convaincues. Ils arrivent à sauver quelques individus, mais se désintéressent du sort des victimes et Roland va jusqu'à parler dans sa proclamation des « justes colères du