LE CLERGE ET LA GARDE NATIONALE
avait pris le nom de sa mère et exerçait vaguement la médecine à Sceaux et à Bourg-Égalité (ci-devant Bourgla-Reine). Le garde national, après avoir vérifié le signalement et examiné le papier d'un air soupçon neux, les rendit enfin à Tabbé déguisé et lui dit : u Tu mens ! tu es un calotin réfractaire et tu te nommes Guillon )), puis, avant que son interlocuteur ait pu revenir de son émoi, il lui dit à l'oreille : « Médecin des corps, soignez surtout les âmes j>. L'abbé Guillon reconnut alors le soldat : c'était l'abbé Borderies, du collège Sainte-Barbe, qui devait être par la suite vicaire à Saint-Thomas-d'Aquin, vicaire général de Paris et évêque de Versailles ^
Parmi les nombreux moyens auxquels recourait la police pour découvrir les suspects, il en est un qui n'était pas nouveau, et dont elle usait sans vergogne : la violation du secret des correspondances. Les dossiers du Comité de Sûreté générale sont pleins de lettres saisies à la poste, et, dans les plus inoflFènsives, la malveillance savait trouver de quoi asseoir une accusation capitale.
quand l'abbé Guillon crut devoir passer outre aux défenses formulées par Mgr de Quelen, ctalla donner ies derniers sacrements à Tabbé Grégoire, qui mourait sans vouloir se réconcilier avec TEglise. Revenu bientôt à d'autres sentiments, M. Guillon se dévoua au service des cholériques et reçut de Mgr de Quelen des marques d'estime. 11 ne i>ouvait cependant plus être question de lui pour un diocèse : le Pape le préconisa évoque du Maroc, m partibus, et le roi des Français le nomma aumônier de la chaf)elle royale de Dreux : en fait c'était un exil et le roi qui tenait à se faire bien venir du clergé l'éloignail de Paris et de la Sortx)nne. Mgr Guillon mourut à Montfermeil le 16 octobre 18^17. I. Ami de la Religion^ i3 octobre 18/48.
lO PREMIÈRE ARRESTATION
Tel paraît avoir été le cas de M. Emery, supérieur de Saint-Sulpice, arrêté à Toccasion de diverses lettres écriles, transmises ou reçues par lui. Il fut mis en arrestation le jour de la Pentecôte (19 mai 1793) et après quelques jours passés « à la chambre de sûreté de la Mairie de Paris », il fut écroué à Sainte-Pélagie*. Le 33 mai, il lui fut demandé compte de ce que pouvait contenir sa correspondance ; on savait que M. Emery avait un frère qui habitait Thoiry, près de Gex, et faisait mettre à la poste à Genève les plis que Tabbé lui envoyait ; parmi ces plis qui furent interceptés, on en avait saisi un à l'adresse de l'archevêque de Paris, qui résidait alors à Constance 2. Cette lettre, signée Essex, avait éveillé de graves soupçons : conçue en termes volontairement obscurs, elle contenait entre autres quelques réflexions sur la marche des événements politiques et des allusions à l'organisation du culte à Paris. Ce qui la rendait encore plus compromettante, c'est que le pseudonyme d'Essex cachait la personne de l'abbé Edgeworth de Firmont, celui qui avait ac<:ompagn6 Louis \V1 à la guillotine 3.
M. Emery, de Gex, avisé de cette saisie, avait pris peur, et s'était caché; trois lettres qu'il écrivait à son frère le Supérieur les 4 et 30 avril et le 13 mai furent saisies. En y voyant les inquiétudes que ces lettres trahissaient, on était amené à penser que de graves secrets avaient été surpris. Les recherches augmen-