I. Arch. Nat., W. 3C
34 M. PIHORET
gramme comportait une station à la chapelle de la rue du Bac, M. llody et M. Pihoret reçurent poliment M. Mahieu et les municipaux dont 11 s'était fait accompagner, mais ils lui déclarèrent qu'ils ne recevraient pas la procession : ils exerçaient leur culte dans une chapelle privée, sous la sauvegarde des lois, mais rien ne les obligeait à y introduire une procession venant d'une autre église. Le jour de la fête, la procession passa, escortée par la Garde nationale, devant la cliapelle qui était fermée; quelques membres du clergé s'étant introduits par une petite porte, voulurent faire I ouvrir de force, mais M. Poiret, qui portait le Saint-
' Sacrement, et qui était un homme j>acifique, fit signe
• de poursuivre la route sans provoquer un conflit qui eût été scandaleux. Dans la journée, quelques agitateui-s, à la tête d'une bande tapageuse, pénétièrent
* violemment dans la maison des Missions ; il n'y avait . pour la défendre qu'un vieux missionnaire impotent,
M, Bramany : les perturbateurs enfoncèrent les portes.
; firent tous les dégâts possibles, et renconti*ant le vieux
prêtre le maltraitèrent brutalement t.
En 1793, M. Poiret était mort et M. Hody avait émigré; M. Mahieu était devenu curé constitutionnel do Saint-Sulpice. Averti que, pas plus que l'année précédente, sa proc^s.sion ne serait reçue aux Missions, il répondit par une dénonciation et M. Pihoret fut conduit à Sainte-Pélagie. Quelques jours après, M. Pihoret
I fut rejoint en prison par M. Mahieu lui-même, arrêté
I. Ilisloirc. di' la SocitUi^ des Missions étrangères, par Adrien Lannay, II, :i73-375.
M, TAILHARDAT SD
pour avoir manifcslé en faveur du célibat ecclésiastique. \Comme on voit, on est toujours le clérical de quelqu'un.
Le lo août 1793, anniversaire de la prise des Tuileries, il y avait de grandes fêtes nationales : depuis trois jours, on démolissait les tombeaux royaux de Saint- Denis et on jetait à la voirie ce qui restait des princes et des grands ensevelis dans la basilique. Les reliques des saints partageaient le sort de la dépouille de nos rois. C'est alors que la sainte Couronne d'épines fut sau\x»c par la curiosité d'un archéologue et déposée au Cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale. — Un des numéros du programme était l'holocauste des attributs de la royauté, qu'on devait jeter solennellement dans un bûcher allumé sur la place de la Bastille. In prêtre assermenté de Saint-Eustache, l'abbé Tailhardat, y était allé en badaud. Quand le feu fut mis au bûcher, le bois doré du trône noircit, mais ne flamba pas : les gamins criaient : Brûlera ! brûlera pas î ! ! M. Tailhardat, qui était un vrai parisien, quoique natif de Clermont-Ferrand, se mit à faire chorus et ajouta : « c'est qu'il est encore solide ! » Ce propos, recueilli par les voisins, fut aussitôt qualifié d'incivique, et l'abbé, après avoir été vivement houspillé, fut mis en prison, comme un dangereux contre-révolutionnaire, soudoyé par Pitt et Cobourg. 11 en fut quitte cependant pour une détention de quelques semaines.
Un homme qui passait pour plus suspect encore, c'était l'abbé lluet, ancien chapelain de la Sainte-Chapelle de Yincennes ; attaché à la paroisse de Vincennes
26 M. BAIDLIN
SOUS un curé assermenté, il avait cependant des allures inquiétantes et ses absences faisaient jaser les oisifs de Vincennes. On finit par savoir que de temps à autre, il passait la Seine et allait à Ivry, au château de la marquise de la Coudrette, chez qui était déjà caché I un autre prêtre qu'on ne pouvait arrêter, faute de
I savoir exactement son nom, mais qu'on cherchait acti-
1 vement. Le 26 septembre, 1798, au petit matin, le
î ' château fut cerné par la Garde Nationale et (^n trouva
M. Iluet qui venait de dire sa messe ; on le conduisit à j la prison de la Force et il ne recouvra sa liberté que
j treize mois après, le 21 vendémiaire an 111 ^ Juscjuà la
fin de la Révolution, il continuera à exercer son niinis- • tèreàNogent, puis à Rosny, dont il deviendra curé
; en 1802.
1 L'abbé Bauduin, grand-mailre du collège du Cardi-
nal Lemoine, n'avait pas prêté serment ; il était relire chez son neveu, chirurgien, rue de Gramont. Le 6 octobre 1793, sur une dénonciation, il fut arrêté pour exercice clandestin du culte. Son neveu rédigea un j mémoire, que contresignèrent deux de ses confrères,
I pour établir que le suspect, âgé de 76 ans, était goiit-
\ teux, à demi paralysé et souffrait d'autres maladies
internes. Après vingt jours de détention, il fut rendu ; à son neveu, et, en 1790, il eut encore assez d'énergie
pour prendre rang dans le clergé insermenté qui ouvrait au culte l'église de la Conception, rue Saint- Honoré*.