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d'ailleurs pieux et respectables, qui ne virent aucune difficulté à prêter serment à la Constitution de 1791. Pieux, ils l'étaient incontestablement, d'une piété plus ou moins teintée de jansénisme ; chez plusieurs l'attachement à la doctrine réprouvée par l'Eglise était même très accentué, et je ne serais pas surpris, si, dans leur testament, ces impénitents n'avaient pas consigné une dernière fois leur appel contre la Bulle i'nîgenUus. Toutefois, le jansénisme du clergé de Paris se manifestait en général dans les mœurs plus que dans la doctrine : sévères pour les autres, ils étaient impitoyables pour eux-mêmes ; pénétrés de la sainteté des sacrements qu'ils avaient à dispenser, ils officiaient avec lenteur et gravité ; leur dévotion, pour n'être aucunement tendre, était cependant solide et profonde. Dans leurs rapports avec les âmes, ils se montraient paternels et charitables, mais sans que leur bonté se traduisit par des élans venus du cœur, ni que leur charité les inclinât à l'indulgence. Dans leur direction, ils suivaient les méthodes opposées à celles des Jésuites ; ils s'appliquaient à inspirer aux fîdèles la crainte de Dieu plus que l'amour de ses perfections ; dans le ministère du confessionnal, ils s'inspiraient d'un austère rigorisme plus capable de faire trembler leurs pénitents à la pensée des jugements de Dieu, que de les rassurer sur les miséricordes de son infinie bonté.

C'est surtout dans cette catégorie de prêtres que furent élus, en 1791, les curés de Paris ; mais, si pénétrés, si fiers, qu'ils fussent de l'éminente dignité de leur charge, ils ne surent pas tous, à l'heure de la

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persécution, se garder d'humiliantes défaillances, châtinient de leur orgueil.

En très grande majorité, le clergé constitutionnel était composé de prêtres qui, dans des circonstances ordinaires, auraient convenablement rempli leur devoir. Avant la Révolution, ils vaquaient honorablement à leurs fonctions : suffisamment instruits pour donner un enseignement approprié aux besoins des fidèles, assez zélés pour faire leur service quotidien sans négliger personne ; assez désintéressés pour se contenter d'émoluments modestes, ils étaient soumis à leur curé, pleins de respect pour Monseigneur l'Archevêque, et attachés à leur foi. On y trouvait, à la vérité, peu d'hommes d'un talent extraordinaire, et surtout très peu de ces apôtres qui s'oublient pour se donner sans compter ; d'une science médiocre, d'une vertu plutôt négative, d'une activité qui ne s'exerçait pas en dehors du cercle étroit où ils tournaient d'une allure quelque peu routinière, ils manquaient essentiellement de l'héroïsme qui fait les martyrs.

La Constitution civile ne fut pas pour eux l'occasion de doutes angoissants : il s'agissait simplement de continuer à faire ce qu'ils avaient fait jusque là, de rester dans les postes auxquels ils avaient été canoniquement appelés ou qui leur étaient conférés par une loi de l'Etat. Ce qu'il y aurait de changé, c'était leur situation matérielle, qui allait être notablement améliorée, leur disait-on, puisque le moindre d'entre eux devait toucher i.ooo livres par an. En acceptant la Constitution, ils pensaient faire acte de bons citoyens puisque tous les services publics étaient réorganisés.

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il convenait que l'église participât à cette réorganisation, et leur devoir patriotique était de s'y prêter sans faire d'opposition ; et ils s'y prêtaient d'autant plus facilement qu'ils en bénéficiaient. Les charges inutiles étaient supprimées, la réduction des gros traitements allait profiter aux petits, et il leur semblait équitable que les revenus des prébendes opulentes, qui entretenaient w le faste des évêques » ou a l'oisiveté des chanoines », profitassent aux humbles ouvriers qui portaient depuis longtemps le poids du jour et de la chaleur. Il y avait donc pour eux à la fois un devoir civique h remplir et un profit à retirer, peut-être même quelques jalouses rancunes à satisfaire.

Et puis, refuser le serment, c'était se priver volontairement de tout moyen d'existence, se condamner à vivre de ressources précaires, s'exposer à des vexations de toute sorte. Ils avaient d'ailleurs pour se rassurer l'exemple de prêtres qu'ils avaient toujours regardés comme des modèles, et enfin, beaucoup étaient gagnés par le vertige qui tourna tant de têtes au début de la Révolution ^ Grisés parles harangues sentimentales et patriotiques des rhéteurs, ces hommes droits, mais un peu naïfs se croyaient appelés à travailler à la grande cause dont tout le monde parlait, et cela leur semblait beaucoup plus utile que de risquer de mourir de faim.

Pour ces individus à l'esprit terre à terre, c'était une

I. L'enthousiasme qui saisit en 1789 toute la nation et jusqu'aux évêques, est fort bien décrit dans les articles publiés par VaJalié Sicard dans le Correspondant des 2 5 mars et a5 avril 1909.

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satisfaction de penser qu'ils allaient coopérer à la régénération de la Société, et sans prendre d'autre peine que de continuer à mener leur existence coutumière.

Quelques religieux vinrent se ranger sous la houlette des pasteurs constitutionnels : la suppression progressive des couvents les obligeait à rentrer dans le monde pour y vivre difficilement d'une maigre pension; beaucoup, il faut le dire, avaient quitté sans regret une vie de privations et de pénitence, et, dans les communautés les plus relâchées, le poids des quelques observances qui s'étaient maintenues paraissait insupportable à des gens touchés par le vent d'émancipation qui avait soufflé à travers les portes insuffisamment closes de leurs monastères. Parmi les plus jeunes et les plus zélés, il s'en rencontrait un assez grand nombre qui voyaient avec effroi s'ouvrir devant eux une existence vide et inoccupée... — Pourquoi ne pas saisir l'occasion qui s'offrait de se consacrer au ministère paroissial P Chez les Capucins, en particulier, quelques Pères furent tentés par cette perspective : continuer leur vie de missionnaires sous l'habit séculier, n'étaitce pas sauver une partie de leur vocation à l'apostolat? Quelques-uns se réjouissaient même de pouvoir s'adonner à cette vie sans trouver à chaque pas les entraves de la règle, avec une liberté d'action que ne contrarieraient plus les remontrances maussades de quelque vieux Père gardien. Pas très théologiens, ils ne saisissaient pas tous en quoi l'église constitutionnelle pouvait être condamnable ; peu au courant des dangers de la vie extérieure, ils entraient dans cette

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nouvelle carrière avec une ardeur confiante, sans se douter que plus d'un y rencontrerait la pierre sur laquelle trébucherait son inexpérience.

Ainsi constitué d'éléments hétérogènes, le clergé assermenté n'avait jamais eu qu'une unité factice? : l'Eglise est essentiellement un corps hiérarchisé, et, à Paris, de 179 1 à 1793, le chef de la hiérarchie, Gobel, manquait de l'autorité qui inspire le respect et impose l'obéissance. A part deux anciens curés, son conseil métropolitain ne comptait que des individus sortis on ne savait d'où, que rien ne recommandait à l'estime du clergé, et dont plusieurs, en commençant par Denoux. le premier des vicaires, s'étaient rapidement disqualifiés. La scandaleuse afîaire du mariage de l'abbé Aubert à Sainte-Marguerite, et surtout l'installation de ce prêtre marié dans une cure importante, avaient fait connaître Gobel comme un esprit faible, irrésolu, prêt à toutes les capitulations de conscience, et, comme son passé était loin d'être irréprochable, il avait perdu toute influence, aussi incapable d'encourager le bien que d'empôcher le mal. Son diocèse était dans l'anarchie : les curés menaient leur paroisse comme ils pouvaient, recrutant leur clergé à leur guise et à leur image. Telle paroisse avait un clergé zélé et régulier, telle autre ne comptait que des prêtres déconsidérés, et parfois, quand le curé était un homme sans caractère, incapable d'être le maître chez lui, des dissensions furieuses éclataient au grand scandale des fidèles.

A la lin de l'année 1792. la Commune de Paris, sous l'inspiration de Ghaumette, avait cru devoir interdire les messes de minuit, et, ce fut le premier conflit aigu

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