I. II. l^. Jean, op. cit., -«Oa
3. Pisaiïi, lU'pcrtoirv. hiotjraphiqiie de l'Episcopnt camtiUUionnel.
M. DE JLir.NE, EVKQLE DE CHALOXS 79
M. de Juigné, évêquc de Chatons (1 76^1-1 782).
L'abb(» de Juigné. placé Ires jeune sous la direction do ce vélcTan, risquait d'(^lre gagné au parti que favorisait son supérieur : il n'imita que ses vertus ; cependant, en i']i\fi. quand il fut appelé à l'évéché de Chàlons-sur-Marne, les \ouvelles Ecclésiasib(/ucs le comblèrent d'éloges : « doux et modéré, rempli de zélé dans ses visites pastorales », il allait consoler les amis do l'Eglise, affligés par des nominations dues à des influences ullramontaines. M. de Juigné ne répondit pas aux espérances qu'on avait fondées sur lui : il ne témoigna aucune sympathie pour les amis des \onrelles Ecclésiastiques, et, quand il eut établi dans son diocèse la fêle de saint Vincent de Paul, qui était la « l)éte noire » des Jansénistes, on le déclara m aussi imbu do préventions qu'aucun évéque constitutionnaire ^ »
Très attaché à ses devoirs d'évêque, M. de Juigné publia des mandements fort remarqués, et un Rituel qu'il réédita sous le titre de Pastoral, lorsqu'il fut archevêque de Paris : c'était un excellent manuel d'administration et de théologie pratique, en tout conforme aux récentes décisions de Rome. Personne n'a dit qu'il en ait été le seul rédacteur, et même on nommait ceux qu'il avait chargés de tenir la plume ; mais c'est une marque de talent que de savoir choisir judicieusement ses collaborateurs 2.
I. CV*il-à-diro partisan do la Constitution ou RuUo Inigenitus. ». On a dc'sipno Tabbé lirvors, chanoino de Sainlllonoré et
8o M. DE jriG.NK EST NOMMÉ A PARIS
Ce qui caractérise M. de Juigné plus que les publications faites sous sa direction, c'est son zèle et sacliarilé; il était le père des pauvres, des orphelins et des aflligés; en un mot c'était un homme de cœur. En 1775, la ville de Saint-Dizier, qui appartenait alors au diocèse de Châlons, fut dévastée par un terrible incendie; h la première nouvelle du désastre, l'évêque réunit tout ce qu'il a d'argent, en emprunte môme à ses serviteurs, fait atteler son carrosse, et franchit en une nuit les quatorze lieues qui le séparaient de ses diocésains éprouvés. Le feu continuait ses ravages : l'évoque s'élance dans les maisons en flammes, dans l'espoir de sauver quelque victime ; il disparut dans les nuages de fumée et fiaillit périr ; la nouvelle de sa mort se répandit jusqu'à ChîUons, où elle jeta la consternation. \ussi fut-il reçu avec des transports de joie quand il rentra dans sa ville épiscopale^.
-V. de Jnigné est nommé à Paris.
Ce fut le choix spontané du roi Louis \VI, qjii lo transféra à l'archevêché de Paris. Il y trouva un diocèse fortement troublé par les affaires du Jansénisme; les sévérités de l'inflexible Christophe de Beaumont n'avaient servi qu'à exciter les esprits frondeurs des Parisiens : la Cour ne l'avait pas approu\é, le Parlement
t'ahl>é Pliinkelt, profosscur au collège de Navarre ; il utilisa cortainemenl la plu me de Tabbé Charrier, sou aumônier et hiblio thécaire.
ï. Fisquet, op. cit., 607. — Sicard, l'Ancien clergé de France, 1, /iC4.
M. DE jriG-NÉ EST ?îOXf>lÉ A PAIUS 8l
a\ail fulminé contre lui, et, dans le clergé mèfne, la rigueur de la répression avait apitoyé sur le sort de révoltés qui avaient su se donner des airs de victimes.
Le nouvel archevêque employa tout ce qu'il avait de prudence et de bonté pour apaiser le conflit, mais le succès ne répondit qu'en partie à ses elTorts. Lors de la publication de son Pastoral, les jansénistes s'acharnèrent contre lui ; les écrits de Maulti'ot et do Larrièrc en font une critique acerbe; et, en 178(5, l'ouvrage fut dénoncé au Parlement qui reçut la plainte et l'enterra *.
Les calamités publiques se joignirent aux désordres des esprits pour accabler la France. La récolle désastreuse de 1788 aggrava une situation déjà très difficile, c\ pendant l'hiver 1788-1789, la misère dépassa celle dos années précédentes, accroissant dans une proportion nouvelle les charges du généreux archevêque. Les (ioo.ooo livres que rapportait l'archeiéché de Paris lui u\aicnt permis jusqu'alors de donner a>ec magnifirence : chaque jour, des centaines de pauvres rece- ^ aient à la porte du palais archiépiscopal les aliments préparés pour eux ; on ne sait pas le nombre de pauvres honteux et d'ecclésiastiques sans ressources à qui une pension était servie, mais cette dépense montait chaque année à plus de 100.000 livres. Quand il s'agissait d'une grande infortune, d'une famille k tirer d'une position critique, c'étaient 10.000, ao.ooo livres que
1. Les Jansénistes ne so décoiirajrcrenl pas : et on lit, dans los \ourfeiles ecclésiastiques dr* 10 oi ->'% avril, 'f) mai. 3 juin, 10 cl •Wjitillpl i7X<), do copieux articirs on la doctriiir do rarcIio\ô(iu(' ('>l alUKiiiÛL* u\cc autant du passion que d'iiijn^lico.
Si M. DE JlIG^'K tST NOMMÉ V l»\IUS
l'archc\è(|no doimail criin coup, \ussi, afin de se rrscrver aussi lar<^o (|ur possible la part dfs inalheurou\, M. de Juififurs'inlordisainoul luvo.ro qu'il appelait un (( larcin fiiil à l'indif^onro ». On lui proposait d'acheter les volumes dorés sur tranche d'une hiblio- Ihecjue princière. u Des livres couverts d*or, tandis qu(* lues pauvres sont couverts do haillons ! \e luVn parlez pas ^ î »
Au débul de rhi>er de 1788, il fallut trou>er beaucoup plus (pie ce ([ue rendait rarchevèché ; en tendant la main, le prélat recueillit 3oo.ooo livres; puis il >endit son argenterie, et enfin, h bout de ressources, il obtint sous la caution de son frère le marquis, un prêt de 100,000 écus -.
Tel était l'archevêque de Paris : tel il sera pendant l'émi^iation en faisant partager les ressources (ju'il a\ait sau>éesdu naufrage à des centaines de préln^s exilés •*. F^t (piand Napoléon >oudra lui IViirc accepter un canom'cat de Saint-Denis en 180G. il \aincra ses résistances en lui disant : (( Mais. Monseigneur, c'est