VERS LA SUPPRESSION DU CULTE PUBLIC
l'exemple des Jacobins : depuis le mois d'octobre, une indemnité de quarante sous était allouée aux citoyens qui assistaient aux réunions, ce qui en avait complètement modifié la composition, car toute proposition ayant l'apparence de la raison était assurée d'être reçue par les huées de la populace qui ne voyait dans la Révolution que le triomphe des idées les plus violentes. Enfin, comme ces réunions de sections ne se tenaient que deux fois par semaine, il s'était créé des sociétés populaires qui siégeaient dans les locaux des sections les autres soirs et qui étaient, si c'est possible, encore plus avancées. De plus les sociétés populaires s'étaient fédérées et avaient élu un comité central où avaient pris place les politiciens les plus suspects : à la tête du Comité central était le Belge Proly, qui sera accusé par la suite d'être un agent provocateur k la solde de l'étranger : Desfieux, Dubuisson, le portugais Pereira, quoique membres des Jacobins, n'avaient pas une meilleure réputation et Robespierre les fera exclure du club. Us agissaient à coup de surenchères sur la crédulité des ouvriers, cherchaient à prévaloir sur les autres sociétés délibérantes et à se substituer à elles dans la faveur publique par l'étrangeté de leurs motions. Ils travaillaient, consciemment ou non, à discréditer la Révolution auprès de ses partisans les plus convaincus, et Robespierre, au jour de sa puissance, le leur fera expier.
La Convention subissait sans protester l'action du Club des Jacobins, dont les députés les plus en vue faisaient tous partie. L'esprit politique pouvait encore s'y faire entendre et ce public relativement choisi était
CALE?IDRIER RÉVOLUTIONNAIRE 55
accessible à certains raisonnements. La Commune aurait bien voulu s'attribuer un rôle prépondérant, comme au mois de mai précédent, mais la médiocrité de ceux qui la composaient la paralysait. Les sociétés populaires accusaient la Convention de tiédeur et les Jacobins de modérantisme, et, à cause de cela, elles étaient plus que suspectes auprès des hommes de gouvernement qui dominaient l'assemblée ; mais, tout en «e défiant d'elles, ils avaient soin d'éviter une rupture qui eût exaspéré la populace; ils manœuvraient pour se soustraire à cette influence dangereuse, s'eflbrçaient de la dominer par la crainte ou tout au moins de la domestiquer et de la canaliser pour l'exploiter le jour où ils auraient besoin d'en user.
On peut conclure de ce qui précède que la Convention, si hostiles que fussent ses dispositions unanimes envers la religion, représentait alors la prudence, sinon la modération ; elle tendait au môme but que les violents, mais pensait y parvenir par d'autres moyens.
Ce fut pourtant une œuvre de déchristianisation à laquelle elle se livra quand elle adopta le nouveau calendrier qui substituait le culte de la Nature à celui du Créateur ^. Les dénominations prétentieuses ou grotesques imaginées par Romme et Fabre d'Eglantine fussent tombées sous le ridicule si elles n'avaient été soutenues par tous les ennemis des anciennes croyances, (c Par le nouveau calendrier, avait dit le Montagnard <-liarlier, nous avons voulu tuer le fanatisme*.))