‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 169 sur 364 · I- Guillaume, Etudes révolutionnaires^ 2' série, p · texte numérisé non relu

I- Guillaume, Etudes révolutionnaires^ 2' série, p

58 ABDICATION DE GODEL

Nous connaissons les actes extérieurs des ennemis de la religion, nous ignorons leurs menées secrètes : en dehors des séances officielles, il se tenait des conciliabules où s'élaborait le plan de campagne. Aux mesures concernant la fermeture des lieux de culte, il fallail faire correspondre un mouvement du clergé en faveur de l'abolition du culte. On frapperait ainsi l'imagination populaire en montrant les ministres de la religion d'accord avec ceux qui voulaient la supprimer.

Seulement les prêtres qu'on savait disposés à l'apostasie étaient des sujets tarés et leurs actes ne pouvaient faire aucune impression : l'évêque Gobel, au contraire, avait conservé, à tort ou à raison, un peu de considération et son titre lui en aurait tenu lieu ; c'est donc l'évêque Gobel qui va être mis en demeure de donner l'exemple, et on le savait assez lâche pour céder : il céda en effet, mais non pas sans avoir fait une résistance désespérée. Le i6 brumaire (6 novembre), veille du jour choisi, il hésitait encore ; ses vicaires, qu'il voulait associer à la manifestation répugnante qu'on lui imposait, étaient réunis autour de lui et une vive discussion était engagée, les uns pensant qu'il n'y avait pas moyen de reculer, les autres faisant entendre les dernières protestations de leurs consciences révoltées. L'un d'eux, Amable Lambert, qui vécut jusqu'à 86 ans, et ne mourut qu'en 1849, a raconté les péripéties de cette soirée tragique ^ La séance durait encore lorsque parurent

I. Ami de la Beligion. T. CX.XXVI, pp. aSg-a/n. — Le récit de Tabbé Lambert ne concorde pas sur plusieurs points avec celui que fit Gobel au cours de son procès devant le Tribunal Révohi-

ABDICATION DE GOBEL 5q

trois individus se présentant comme tes envoyés de la Commune de Paris : Pereira, Anacharsis Clootz et Bourdon (de rOise) ; ils venaient sommer Gobel d'exécuter la promesse qu'il regrettait peut-être, cl lui apportaient un ultimatum devant lequel il n'y avait pas à biaiser ni à reculer ; par leurs menaces (et qui sait quels secrets infamants ils n'avaient pas surpris ?) ils terrifièrent le malheureux et ne le quittèrent qu'après avoir minutieusement réglé avec lui toute la mise en scène de la sinistre comédie qui devait se jouer le lendemain.

Le 7 novembre (17 brumaire), Gobel et onze de ses vicaires* se présentèrent dans la matinée devant le Conseil général du département et y formulèrent une

tionnaire (Arch. Nat., VV 345, d. G7C) et que suit M. Aulard dans M)n ouvrage sur le Culte de la Raison (pp. 4o-46).

Gobel prétend que Clootz et le portugais Pereira sont venus le trouver à 11 heures du soir, alors qu'il était déjà couché et endormi. Mais tout Tinterrogatoire de Gobel est rempli d'inexactitudes : il fixe au 37 frimaire cette entrevue qui est du 17 brumaire ; puis il dit avoir répondu qu*il ne ferait rien sans avoir consulté son conseil épisc/)pal, et ce conseil, dit-il, se serait prononcé pour l'abdication par 1 4 voix contre 3. On comprend mal comment ce conseil aurait pu être convoqué au milieu de la nuit, tandis que la version de Lambert, d'après laquelle les délégués de la Commune auraient trouvé le conseil délibérant, a pour lui toutes les vraisemblances. Ajoutons que Gobel prétend qu'à II heures il était endormi : il faut alors convenir qp'il avait le sommeil facile à la veille d'un acte comme celui qu'il se disposait à accomplir.

I. Trois des quatorze vicaires épiscopaux qui avaient voté i'alxlication étaient absents Baudin, Tournaire et Telmon ; ils adressèrent par écrit leur adhésion à la démarche de (îobcl ; les trois qui refusèrent de s'y associer étaient : Girard, Mille et Lothringer.

6o A.BDICATIO!f DE GOBEL

première fois leur intention d'abandonner leurs fonctions* ; puis, accompagnés par Chaumette et ses amis, ils se rendirent à la Convention, et là, s'élant avancé à la barre, Gobel prononça un discours qui se terminait ainsi ; « Aujourd'hui que la Révolution marche à « grands pas vers une fin heureuse, puisqu elle amène « toutes les opinions à un seul centre politique. — « aujourd'hui qu'il ne doit pas y avoir d'autre culte (( public que celui de la Liberté et de la sainte Égalité. « parce ({ue le Souverain le veut ainsi, — conséquent à « mes principes, je me soumets à sa volonté et Je (t viens > ou s déclarer ici hautement que, dès aujour- (( d'hui, je renonce à exercer mes fonctions de ministre « du culte catholique. — Ces citoyens, mes vicaires ici u présenls, se réunissent à moi. En conséquence, nous a vous remettons nos titres. Puisse cet exemple servir

I. D'après M. GuiHaume (Etudes révolutionnaires, première série, p. Sg et 2' série, p. i54), Gobel et ses vicaires auraient déclaré devant le Conseil général du déparlement que : a soumis « à la voix de la Philosophie... ils venaient abjurer le caractère de « prêtres et déposer leurs lettres de prêtrise ». Je ne crois pas à raulheiiticité de ce petit discours : il est en contradiction absolue avec les termes calculés dont Gobel se servit devant la Convention ; le rédacteur de ce procès-verbal a du y insérer non le*i Xjarolcs de l'évêque, mais la Rlose que Chaumette, ou quelque autre, avait cru devoir y ajouter précisément parce qu'il était trop pâle et pas assez explicite dans le sens de l'apostasie.

Le récit de cette sc^ne fut fait dans un journal VAnti-fédéraliste qui passait pour recevoir son inspiration du Comité du SaJut Public, et où on lit ce passai du dii^cours de (iobel : « Je renonce, dès à présent, à mes fonctions de ministre catholique >» : il n'est pas question d'abjurer le caractère sacerdotal et c'est dans le discours de Chaumette que les intentions de Gobel sont ainsi interprétées.

ABDICATION DE GOBEL Ôl

« à consolider le règne de la liberté et de l'Égalité!

« Vive la République ! ^ »

Il est à remarquer que, dans ce discours» Gobel avait

pris soin de dire qu'il ne renonçait qu'à lexercice de ses fonctions épiscopales, et que les titres <ju'il remit ce jour-là n'étaient que les procès-verbaux de son élection et de son intronisation. Il entendait se réserver le droit denier son apostasie 2, mais celte ligne de retraite

I. Moniteur^ t. XVIII. — Révolutions de Paris, n" 3i5, p. 312. En i7f>r>, le neveu de Gobel, Priqueler, son ancien vicaire épiscopal» écrivit aux Annales religieusesy politiques et littéraires une letlrc qui fut insérée dans le n" 18 (pages 208-311) où il essayait de démontrer que Gobel n*avait pas apostasie ; il a<lre^sait an journal une copie du discours que son oncle avait prononcé à la barre de la Convention. L'abbé de Boulogne, qui a\ail provoqué cette lettre par Tarticle paru dans le n" 16 (pp. 100- 102 et notes) y répondit en donnant les arguments que j*ai développés plus haut.

Voir aussi les IVouvellcs ecclésiastiques, du 11 septembre 179'».

!!. Voici» par exemple, une lettre qu'un mois après (iobel écri- \ait « au citoyen Weiss, curé constitutionnel de Kirchberg, dans ia vallée de Masaevaux » :

Paris» isle de la Fraternité, quai de TE^alité, n* 17, ce là frimaire de Tan 3 de la République française U et!., ou 3 décembre 1793, vieux style.

Citoyen,

Les circonstances résultantes de i*opinion i)ubliquc dans cette grande cité ont exigé de moi que je me démisse du ministère épiscopal et curial, que le peuple m'avait confié en 1791. J'en ai fait le sacrifice et les membres de mon conseil épiscoi)al se sont joints à moi. Deux raisons ont justifié dans mon sens cette démarcbe. La première est que là où il n'y a plus do brebis à paître, cesse la garde du pasteur. La seconde est la leçon que Notre Divin Sauveur fit à ses apâtrcs, en Saint- Mathieu, ch. x, vers. i4 : « Lorsqu'on ne voudra ni vous recevoir, ni écouter

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