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des fonctions supprimées, mais ils y renonçaient et adhéraient activement h l'aboli tion du culte.
Une troisième catégorie est celle des prêtres qui abdiquèrent non plus seulement les fonctions que leur avait confiées l'élection populaire, mais leur état sacerdoral; ils se « déprêtrisaient », ce qui constituait la véritable apostasie.
Quelques-uns des premiers auraient pu dire que renoncer à une fonction usurpée en violation de la loi canonique, ce n'est pas commettre une faute, mais tout au contraire faire cesser une cause de scandale. Mais renoncer au sacerdoce, c'est renier les engagements pris devant Dieu, oublier que le caractère imprimé par l'ordination est indélébile, et se mettre en état de révolte contre l'Église à laquelle on a juré de consacier toute sa vie.
Le signe sensible de cette abdication sacrilège était la tradition des lettres d'ordre, et quelques malheureux y joignirent jusqu'à leur acte de baptême. Il se trouva, après la Terreur, des casuistes qui prétendirent que cette remise d'un simple morceau de papier n'était pas capable de les dépouiller de leur qualité de prêtres ; que pour sauver leur vie, ou leur liberté, ils avaient déposé leurs pièces, mais en protestant intérieurement de leur ferme intention de rester prêtres. D'autres alléguèrent que ces lettres portaient les armes et le sceau de l'évêque qui les avait ordonnés, et que ces attributs féodaux étaient proscrits par les lois. Mais de pareils subterfuges ne firent prendre le change à personne : le peuple, mal préparé à saisir de telles arguties, regarda tous les traditeurs comme de véritables apos-
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tats, et, si plus tard ces apostats repentants demandèrent à être réintégrés dans leurs pouvoirs ecclésiastiques, assermentés et insermentés furent d'accord pour ne les réconcilier qu'après qu'ils eussent réparé le scandale qu'ils avaient causé ^.
I. Le 26 juin 1795, deux des curés constilutionncls de Paris s€ présentèrent au Presbytère qui était détenteur de l'autorité par suite de la mort de Gobel. Tous deux avaient livré leun^ lettres de prêtrise et voici comment, d'après leur récit, ils furent amenés à cet acte de faiblesse. On ne les excusera pas, mais on comprendra que des hommes d'une constance douteuse se soient laissés inUmider par les menaces qui leur étaient adressées.
Presbytère de Paris. — 8 messidor an III, a 4* séance. 27 juin 1793.
N. T. C. F. Corpet, curé de St-Germain TAuxerrois. déclare que lors de Tenlèvement de Targenterie, qui eut lieu avant la fermeture des églises, lui, déclarant, réclama des commissaires la faculté d'enlever d'un reliquaire d'argent la Vraie Croix qui y était renfermée, et qu'il laissa ce précieux dépôt dans une armoire de la sacristie ; que, quelques jours après, sur une dénonciation faite contre lui au Comité de la Mairie comme fanatisant ses paroissiens, ce Comité décerna contre lui un mandat d'amener; que, traduit au Comité révolutionnaire de sa section et interrogé sur le fait de la réclamation du bois de la Vraie Croix, il y déclara l'avoir réclamé comme objet de sa vénération et de cnlle des fidèles ; que, mis en liberté par le Comité révolutionnaire, plusieurs des membres qui le composaient lui conseillèrent néanmoins de s'absenter quelques jours de chez lui dans la crainte de quelque nouvel acte arbitraire de la part du même Comité ; qu'en effet, il apprit que pendant plusieurs jours consécutifs, un émissaire de l'administration de police de la Mairie était venu le demander et avait use de menaces s'il ne se présentait pas; que c'est dans cet état d'agitation et de trouble qu'il céda aux sollicitations de plusieurs personnes en allant remettre ses lettres au Secrétaire du département, et en déclarant que, connaissant la volonté du peuple, il renonce à ses fonctions ; qu'étant rentre chez lui pour s'y trouvera l'heure où cet émissaire avait annoncé devoir revenir, il fut do nouveau mis en arrestation, et qu'il eût
Enfin, pour donner aux apostasies un caractère plus irréparable encore, les persécuteurs prétendirent exiger de leurs victimes une faiblesse de plus : non contents de les écraser, ils voulaient les déshonorer; après les avoir contraints à renoncer à leurs engagements, ils voulaient les forcer à les violer, en se mariant, et à mettre ainsi un obstacle insurmontable à toute réconciliation ^ .
infaiUiblemcnt été incarcéré, si le Comité do sa section n'eût répondu de lui.
Que le lendemain il désavoua cette démarche en adressant au Département une pétition dans laquelle il fait sa profession de foi, et redemanda ses lettres ; que depuis ce temps il n'a cessé de manifester le regret le moins équivoque ; qu'il n'a repris ses fonctions en particulier, et ensuite en public, qu'après y avoir été autorise' par des personnes qui a\ aient connaissance de ses dispositions, et en cédant au besoin des fidèles.
N. T. C. F. Mahieu, curé de St-Antoine, déclare que quoique bien informé d'un arrêté de sa section portant qu'elle renonçait au culte catholique, il continua cependant de l'exercer pendant 8 jours, que lors de l'arrivée des commissaires pour enlever Targenterie que la Municipalité lui avait laissée en dépôt, obligé d'en constater la remise, il se transporta avec eux à la Sacristie, où il résista à la sollicitation des membres du Comité révolutionnaire, qui le pressèrent de remettre ses lettres. Qu'un de ses paroissiens âgé de 80 ans ayant eu le courage de lui offrir rhospitalité, la crainte ne tarda pas cependant à s'emparer de ce vieillard et de son épouse, et que pressé par eux, il s'est laissé aller à porter ses lettres au secrétariat.
Que le regret qu'il ressent de celte faute produit en lui do réloignement de reprendre ses fonctions; qu'il craint de ne pouvoir plus annoncer la parole do Dieu avec la même conftance et avec fruit, et que, quoique sollicité par ses paroissiens d'exercer le saint ministère, il hésite à se rendre à leur vœu.
I. <( Le mariage des prêtres en ridiculisant le clergé, ridiculisa la religion. »(AMlard, Culte de la Haison, p. ai.) Cette appréciation gagnerait à être méditée par ceux de nos contemporains qui n'ont
Depuis le début de la Révolution la question du mariage des prêtres s'était posée à l'instigation de quelques misérables qui portaient impatiemment la loi qu'ils avaient juré de respecter : Aubert, Bernard. Chassant, Crosne, Boulay, de Moy, Dumouchel, Lindet, s'étaient mariés des 1792 et, pour atténuer l'infamie de leur parjure, ils avaient essaye de donner une couleur patriotique à ce qui n'était, le plus souvent, cpie la consécration d'une liaison coupable, mais hypocritement dissimulée. La masse du clergé avait prolesté contre cette violation de la dignité du sacerdoce et c'est là ce qui suggéra à la haine savante, à la barbarie raffinée des ennemis de l'Église la pensée de contraindre des prêtres vertueux, mais faibles, à se déshonorer d'une façon irréparable.
Je n'ai disposé que de documents incomplets, car, a Paris, les lettres furent brûlées, comme je l'ai déjà dit, tandis que dans certains départements, elles furent soigneusement classées, des listes d'abdicataires furent tenues avec soin, et envoyées à la Convention, qui les fit ranger dans ses archives, où elles se trouvent encore*. Le total des renonciations au sacerdoce auquel je suis arrivé pour Paris et sa banlieue, n'en est pas moins désolant. Le nombre des prêtres parisiens qui se
pas l'air de croire à rimportance du célibat occlésiasUque el moncnt une campagne paradoxale pour juslifier quelques malheureux prêtres qui ont manqué à leurs engagements.
1. Ces listes, avec pièces à l'appui, forment aa liasses cotées F'o 87a à 893, et quelques lettres de prêtrise sont à la liasse F*' n6i ou aux cartons C. a8o (ig-aS brumaire) etD. XXXVIll. I. liasse 9. On y rencontre de grandes lacunes, principalement pour certains départements méridionaux.
marièrent pendant la Révolution s'élève à 116. 11 faut y ajouter 26 religieux qui n'avaient pas d'emplois paroissiaux et enfin quelques prêtres insermentés qui, pour se soustraire à une mort qu'ils croyaient certaine, ou aux horreurs d'une longue détention, préférèrent trahir leurs vœux sacrés ^
1 . Parmi les insermentés qui se marièrent, on est surpris de trouver Tabbé Guyard, qui, enferme aux Carmes en septembre i7()a, avait été du petit nombre de œux qui avaient échappé à la mort. Il s'était marié le 27 décembre 1798; repentant, il avait été absous par M. de Malaret en mars 1797: six mois après il retournait avec sa femme. (Arch. Nat., AF/IV 1900.)
Je rouf^is en trouvant parmi ceux qui se marièrent, trois clianoinefl de Notre-Dame, tant il est vrai que les rèjçlcs en vigueur touchant la collation des bénéfices laissaient des brebis galeuses s'introduire dans les corps les plus respectables. L'un d'eux que je ne désignerai pas autrement, parce que son nom est encore porté par une famille des plus honorables, avait été nommé très jeune, sans avoir reçu la prêtrise, par suite de la résignation faite par son oncle en sa faveur. En 1792, il s'engagea dans un régiment de hussards, et. dénoncé comme ecclésiastique, il eut à comparaître devant le tribunal révolutionnaire ; son attitude déplorable lui valut d'être acquitté. 11 mourut longtemps aprè^ d'un accident qui était peut-être un suicide. Le second, M. de L..., était exilé en province en 1789 ; il rentra à Paris, fut arrêté et se maria pour sortir de sa prison. Le sens moral était singulièrement oblitéré chez lui, à moins que ce fut le sens commun : quand, vn i8o3, il demanda l'absolution au cardinal Caprara, il s'appliqua à démontrer que son mariage n'était pas une mésalliance, qu'il vivait épousé la fille d'un gentilhomme, ancien député de la (Constituante (et c'est exact), menacé de mort pour avoir refusé de \oter la mort du roi (!). — M. C. de L... était, au début de la liévolution, retenu par lettre de cachet dans une maison de franciscains. Marié en i79'4, ce n'est qu'en 1817 que, devenu veuf et ayant perdu l'emploi dont il vivait, il adressa à l'abbé dcQuelen. alors secrétaire de la Grande Aumôncrie, quelques lettres où il i'xpose sa détresse ; la charité de l'abbé de Quelen finit par le convertir et il semble qu'il mourut dans des sentiments de véri-
Je sais que pour un certain nombre, ce mariage no fut qu'un simulacre, et que, légalement unis, les prétendus époux restèrent étrangers l'un à l'autre ; mai*^ trop souvent ces unions fictives ne tardèrent pas à changer de caractère, et d'ailleurs, aux yeux de l'Église, le scandale donné par le mépris de la loi était le même. Quand le cardinal Caprara, légat chargé d'appliquer le (Concordat, eut à s'occuper d'absoudre les prêtres apostats ou mariés, il ne montra pas beaucoup moin^ de sévérité pour ceux qui avaient cru habile de sau>er leur >ie en simulant une désobéissance aux engagements par lesquels ils s'étaient liés.
Peu de curés constitutionnels de Paris échappèrent à la persécution : j'ai la preuve que douze furent incarcérés (M. Brugière, de Saint-Paul, le fut à trois
table repentir. — C'est à tort qu'on désigne comme chanoine de \olre-Danie, René de Sahugnel d'Espagnac, guillotiné a\cc Danton. Celui qui était clianoine était Louis-Honoré conseiller clerc au Parlement, frère du précédent, qui émigra ot ne mourut qu'en i8'i() ; n'étant pas dans les ordres sacrés, il s'était marié.
Une chute plus retentissante fut celle du P. Grandjcan, provincial des Dominicains, qui avait publié, en i7<)o et 1791, diver» écrits contre la Constitution Civile. En 179^, il contracta, pour éviter la prison, un mariage, soi-disant fictif, avec une roligieu'io de son ordre ; et quand ils demandèrent l'absolution au cardinal Caprara, ils avaient deux enfants (AF/IV, 1905). Le P. X. Faucher, qui a réuni une ({uantité énorme de documents sur les dominicains contemporains de la Révolution, m'a dit que ce triste dénouement ne le surprenait qu'à demi, car au moment où le P. Grandjcan fut élu provincial, les Pères reçurent de Home de M*>èn"* remontrances, pour avoir porté leurs suffrages sur un sujet dont la réputation était loin d'être intacte. Ainsi, pour lui, comme {)our les précédents, l'arbre tomba du coté où il penchait.
reprises;; huit aposlasièrcnt formoHoiiionl^ ; poiirsopl autres, la sécurité dont ils paraissent avoir joui i>eudant la Terreur porterait à penser (pi'ils avaient désarmé par quelque lâcheté la rigueur do leurs ennemis- ; il y a la certitude que huit lîvroronV \eurs litres sacerdotaux, mais refusèrent de se déprt'^lviser''*;
1. MM. Colombart, do Sainl-Nicolas-dos-Chainiw, l)tilK)is, do Saint-Médard, I^lyl, de Sairit-Thomas-d'Acinhi, Piraxi^x, do la Madeleine, SéjourncH», de Sainl-Philipî>e, \arh»l, de Saint Ambroise. Aubert, de Saint-Aug'tiRtin (N.-!). des \ irtoin'K)eldr May, de Saint-L<aurent, ces doux dernier» inaric-s depuis i7ya.
a. MM. Coroller, de Saint-Louis-en-l^Ile, Hnot, de Saint-Kliennodu-Mont (peut-être élait-i! déjà mort en novembre i7<).'i ?), Jacquot, de Saint-Marcel, Garât, du (jrr>HCaillou, MaliicMi, de Saint-Sulpice, Poupart, de Saint-EnAtacho et Sibjre, de .Saint- François.
3. MM. Antheaume, de Saînt-JacifUCft-dulIantPa», HetHon, do Saint-Leu. I)csforj?es, de Saint-Sauveur, DiJclH;.Hne, de Saint- V'ictor, Lejjrand, de Saint-Rocb, Leinairc, de Sainto-VlarK"erîle, Mahieii,de Saint-Antoine et Corpet, do Sainl-Cierrnain-rAuxerrois. — M. Gorpel ayant à se justifier, en 1795, devant \o Pre?»byl/;re constitutionnel, de la tradition de rp» lettres, raeorita en terme» émouvantt) comment il fut poursuivi et Iraqué tant qu'il ne le» eût pas remises: les amis cliez qui il avait reçu d'alxirrl i'IioHpita lilé, furent avisés qu'en recelant un prêtre rebelle ils «'erpoHaipnt à être emprisonnés; ils le supplièrent de seloi^jner pour ne pa>* les compromettre. C'est alors que, sans asile, rejeté partout où |i se présentait comme un pestiféré, il perdit la tête et livra ses lettres. Le lendemain, repentant, il alla le» réclamer à la section au risque de se faire arn^ler, mais on ne voulut pas 1rs lui rendre. M. Mahicu, non pas le curé de Saint-Sulpice, mais ctdui de Saint- Antoine, contraint dans les mêmes conditions à faire un acte qu'il regardait lui-même comme une apostasie, refusa, le aO juin 1705, de se laisser réintégrer dans sa cure et répondit (c qu'il ne croyait « plus pouvoir annoncer la parole de Dieu avec la même cx>nnancc <( et avec fruit, et que, quoique sollicité par ses paroissiens « d'exercer le saint ministère, il hésite à se rendre à leurs vœux ». Et en effet, il vécut retiré au faubourg Saint- Antoine, disant la messe chez lui et s'abs tenant de tout ministère.
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enfin, neuf conserveront une attitude dont ils n'auront pas à rougir et subiront de longues détentions sans faiblir. Ce sont: MM. Brugière, de Saint-Paul, Clausse, de Saint-André-des-Arcs, Roussineau, de Saint-Germaindes-Prés, de Viennet, de Saint-Merry, Trianon, de Saiut- Jacques-le-Majeur, Chevalier, de Saint-Gervais, Le BlancdeBeaulieu,deSaint-Séverin, Bénière,de Chaillot et Brongnard, de Saint-Nicolas-du-Chardonnel. Ce dernier avait été jusqu'à tenir pour non avenu l'ordre de fermer les églises ; le 38 brumaire, tous les offices furent célébrés comme de coutume à Saint-Nicolas, et M. Clausse, dont l'église était sous scellés, fut invité à chanter une des deuxgrand'messes. Dès le lendemain, M. Brongnard fut dénoncé « pour avoir provoqué un rassemblement considérable de dévots et de dévotes ». 11 répondit que si la Commune avait l'intention de ne plus le payer, il se croyait libre de continuer son ministère sans recevoir de traitement. 11 fut envoyé le 3 frimaire à Sainte-Pélagie, le 10 pluviôse à Saint- Lazare, amené à la Conciergerie le 7 thermidor, et le lendemain jugé, condamné et exécutée Son confrère, le curé de Chaillot, avait été guillotiné quelques jour> avant 2. Quant à M. Le Blanc de Beaulieu, prévenu qu'on le cherchait, il s'était caché avec son premier vicaire, chez une veuve Boiscervoise, qui habitait rue Monlorgueil ; il y passa quelques jours, et, dénoncé encore, put s'enfuir à temps, mais sa charitable hôtesse fut mise en arrestation avec ses filles et ses servantes 5.