‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 184 sur 364 · ARRÊT DE LA PERSÉCUTIO · texte numérisé non relu

ARRÊT DE LA PERSÉCUTIO

arrachée au découragement, à la lâcheté ou à la tiédeur : « Mais les aristocrates qui, d'une part, poussent « aux manifestations anti-religieuses, aux farces ridi- « cules,et qui, d'autre part, vont dire au peuple: «Vous « voyez bien que la Convention est un rassemblement « d'athées... que les Jacobins sont des impies », ceux-là (f porteront la peine de leur perfidie. Leur but est de u soulever contre la République les catholiques et les (( protestants en leur faisant croire que la République « veut persécuter toutes les religions *. » C'était un moyen de compromettre les Proly et autres, et de les présenter comme les complices de l'étranger, mais il n'y avait pas qu'eux à tenir de tels propos, et les bons Français s'affligeaient en voyant la guerre que les uns faisaient à grand renfort de cris et de menaces, les autres par la voie des insinuations doucereuses et d'une prétendue indulgence, à toute croyance chrétienne. L'attitude de Robespierre avait amené une modification dans la conduite des plus acharnés persécuteurs : à la séance du 8 frimaire ce fut Hébert lui-môme qui s'éleva contre les démonstrations inconvenantes et impolitiques des sécularisateurs à outrance. « Ils font des (( processions et des cérémonies religieuses pour Marat, (( comme on faisait pour les saints !... C'est un nouveau « piège des ennemis du peuple pour discréditer la « Révolution et lui donner un vernis de ridicule. Déjà « Ton a dit que les Parisiens étaient sans foi et sans « religion et qu'ils avaient substitué Marat au lieu de « Jésus 2. »)

I. Moniteur, t. XVIIT, p. laô. — Guillaume, p. aoA. j. (îuiUaume, p. 3o5.

g8 LOI DL l6 FRIMAIRE \!f II

Chau mette enfin arriva le 9 pour présenter une motion destinée à placer toutes les religions sous la pro- I tection de la loi : il renouvela ses ana thèmes contre 1 i arrêté malencontreux du 3 frimaire, u Peu nous im- | a pcjrte, dit-il, que tel soit théiste ou athée, catholique « ou bien calviniste ou protestant. Informons-nous i u seulement s'il est républicain ! Ne nous mêlons pas ' u de ses lubies ; mélons-nous d'administrer, de lui ' « assurer le libre exercice de ses droits, même de celui ,

« de rêver H » et il déposa une proposition ainsi conçue : « Le Conseil du département arrête qu'il u'en- <( tendra aucune proposition, pétition ou motion sur u aucun culte, ni aucune idée métaphysique ou reli- « gicuse. — 3** 11 déclare que l'exercice des cultes étan |

« libre, il n'a jamais entendu et il n'entendra jamais 0 empêcher les citoyens de louer des maisons, de payer « des ministres, pour quelque culte que ce soit, pounu « que l'exercice de ce culte ne nuise pas à la société u par ses manifestations. » Cet arrêté ne fut pas adopté sans opposition et les Conventionnels n'en revenaien \ pas d'entendre ces appels à la tolérance. Le i5, Robespierre donna lecture d'un rapport conçu dans le même sens, et le iC, la loi fut votée *.

t. Guillaume, p. -joH.

a. Cliampton, op. cit., p. a5o, adoptant les idées d'Ed^^ar Quinel, formule ce jufi^mcnt : « Que Robespierre et d'autres aient été trop a favorables aux prêtres, c'est incontestable. Nous savons qu'en <t quelques endroits le décret de frimaire parut énerver la Révoluu tion. » Mais plus loin, il ajoute qu'il était « urgent, nccessatrr, a do réprimer de» actes qui exaspéraient les ca m pagines et les u brouillaient avec ta Révolution » (p. aSt).

LOI DU iG FlUMAIRE AN II 99

Etait-ce une loi de liberté ? La fermeture des églises élail maintenue, mais la célébration privée était de nouveau permise ; les sociétés populaires n'avaient plus le droit qu'elles s'étaient arbitrairement attribué de faire la police et d'arrêter ceux qu'elles accusaient de fanatisme. Kn théorie, les comités et la police Citaient exclusivement chargés d'empêcher les manifestations religieuses susceptibles de causer des troubles. C'était une garantie donnée à la liberté des consciences, mais bien insuHisante, car aucune des lois antérieures n'était révoquée, et en vertu d'une disposition complémentaire votée le i8 frimaire, les arrêtés particuliers pris par des représentants en mission demeuraient intacts. Toutes facilités étaient donc laissées aux proconsuls provinciaux pour donner libre coursa leurs passions irreligieuses. Ils n'avaient qu'à mettre en avant quelque prétexte, et la loi avait pris soin de leur en fournir, et de transformer les prêtres on agitateurs ayant des visées politiques; comme, dans ce cas, les lois d'exception étaient à leur ser- \ice, ils gardaient le moyen de persécuter tout à leur aise. Là où les administrations n'étaient pas hostiles, il se produisit une petite détente ^ ; à Paris, depuis que la Commune avait rapporté son brutal arrêté, le culte catholique n'était plus absolument proscrit; cependant il n'était pas véritablement libre.

Quelques auteurs, comme M. Aulard et ses disciples, ont eu le tort de prendre trop au sérieux cette loi soi-

I, Lettre des représentants en mission à l'armée du Nord, citée par Champion, op. cit., p. a53.

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disant protectrice du 16 frimaire. Une preuve indiscutable de sa complète inefïîcacilé, c'est que lorsque Grégoire, le i" nivôse an III, fit sa fameuse proposition en faveur de la liberté des cultes, proposition qui ne faisait que renouveler les dispositions de la loi de frimaire, la Convention refusa de l'écouter, et passa â l'ordre du jour : c'est que la loi de frimaire était virtuellement abrogée, ou plutôt qu'elle n'avait jamais existé que sur le papier. Nous allons voir comment à Paris était respecté le principe que cett« loi était censée consacrer.

La chapelle du couvent de la Conception, rue Sainl- Ilonoré, avait été achetée par un sieur Chassain et quelques prêtres insermentés de la paroisse Saint-Roch l'avaient louée pour y célébrer leurs offices en se conformant à la loi * ; mais la section de la place Vendôme, devenue section des Piques, était composée de sectaires qui exerçaient sur ce groupement religieux une surveillance inquisitoriale. En février 1794, quatre citoyennes, habitant le faubourg Saint-Denis, sont dénoncées au Comité de Sûreté générale parce que le 2 février (i4 pluviôse) elles sont venues entendre la messe h la Conception ; l'une d'elles, Marthe Clouel, qui était maîtresse d'école, avait aggravé son cas en y amenant quelques-unes de ses élèves : je dois dire qu'il n'est pas à ma connaissance que cette dénonciation ait été suivie d'aucune arrestation *.

L'abbé Mille, ancien curé d'Evry, près Corbeil, et

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