‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 187 sur 364 · I. Arch. Nat., F"./i659, FW · texte numérisé non relu

I. Arch. Nat., F"./i659, FW

loA M. d'a^iguebelle

la Révolution « avec celte joie de Thomme libre par « instinct, et patriote avant 1 époque du patriotisme ». Il produit des attestations qui établissent son civisme et notamment son exactitude à faire son service dans la Garde Nationale, où il avait le grade de caporal. Il échappa à une condamnation capitale, et s'attacha d'abord à l'église constitutionnelle de Saint-Germainl'Auxerrois^ puis à la paroisse de Saint-Philippe-du- Roule, dont il fut Tunique vicaire jusqu'en 1816. A cette date, il fut nommé curé de Clichy> qui était alors un pauvre village, comptant quelques centaines d'habitants à peu près ruinés par le passage des troupes alliées et aussi peu religieux qu'ils étaient fervents au temps lointain où saint Vincent de Paul était curé de leur paroisse. S'inspirant des exemples de son saint prédécesseur, M. d'Aiguebelle fit preuve d'une charité inépuisable et, comme il était très pauvre lui-même, il s'imposa, pour venir en aide aux infortunés, des privations qui, bien qu'il n'eût que 60 ans, achevèrent de ruiner sa santé. Le 24 décembre 1822, il baptisa encore un enfant, et l'acte qu'il rédigea d'une main tremblante est à peine lisible. Le jour de Noël, il ne devait pas y avoir de messe de minuit : mais dans la soirée du 24, le pieux curé voulut descendre à l'église, contiguë au presbytère, pour se réconforter dans la prière. . . Le lendemain, dans l'après-midi, des voisins remarquèrent que les portes de l'église ne s'étaient pas encore ouvertes : en efTet personne, pendant la matinée, ne s'était présenté pour entendre la messe. On

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pénétra dans le presbytère, et on trouva le curé étendu dans l'escalier ; un flambeau qu'il tenait à la main s était éteint en tombante M. d'Aiguebellc avait été terrassé par la mort au moment où il allait supplier le Divin Enfant de réveiller la foi dans les cœurs endurcis de ses paroissiens, et c'est dans ces dispositions que Dieu était venu le chercher pour l'introduire dans le lieu de repos éternel.

M. d'Aiguebelle avait été vicaire de Saint-Roch ; son attitude pendant la persécution n'avait pas été absolument irréprochable ; elle tranche cependant sur les défections qui se produisirent lamentablement autour de lui. Le curé, Louis-Alexandre Legrand, avait été arrêté le 7 septembre, à cause des incidents que nous avons déjà étudiés : c'est de la prison des Madelonnettes qu'il envoya ses lettres de prêtrise, dans l'espoir d'acheter ainsi sa liberté. Il n'en fut rien : il passa à Sainte-Pélagie, puis à Bicètre, d'où il adresse force requêtes pour obtenir d'être interné dans une maison de santé, où il pourra recevoir les soins que réclame une douloureuse infirmité dont il est atteint : il fait sonner bien haut qu'il a donné sa démission, rendu ses lettres, abdiqué son caractère sacerdotal ; il obtient enfin son transfert le 7 prairial 2. Sa renonciation fut définitive, et, en 1790, il resta sourd aux appels de ceux qui l'invitaient à reprendre la conduite de sa paroisse.

L'abbé Gravier, premier vicaire, originaire des

I. Notice rédigée par M. Heuqueville, ancien curé de Clichy. (Archives de la paroisse de Clichy).

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Vosges, était venu à Paris après avoir encouru la disgrâce de M. de Champorcin, évêque de Toul. M. Marduel, curé de Saint-Roch, l'avait recueilli à sa communauté, et l'employait dans le ministère de la prédication auquel il s'adonnait avec succès. Mais, d'un caractère difficile, M. Gravier se brouilla avec son bienfaiteur, puis, quand vint l'époque du serment, s'agita beaucoup en faveur de la Constitution civile: son zèle fut récompensé par le titre de premier vicaire, mais il ne s'entendit pas mieux avec le curé jureur qu'avec le curé insermenté : M. Legrand lui ayant adressé quelques critiques sur ses prédications, il s'emporta, le traita d'ignorant et d'hypocrite, et attribua à la jalousie les conseils dictés par l'expérience et le désir du bien. Très avancé dans les opinions révolutionnaires, M. Gravier marcha contre les Tuileries le 10 août, comme caporal de la Garde Nationale, prit part au combat et fut blessé à la jambe. Fort de l'autorité que lui donnait cette blessure, il usait de tout son crédit pour diminuer l'influence du curé, et contribua à le faire soupçonner, puis incarcérer ; dans un moment d'irritation, il avait résigné ses fonctions de premier vicaire, mais il continuait à venir dire la messe, et quand M. Legrand fut mis en prison, il prit la direction de la paroisse. Or, l'église ayant été fermét? à la fin de brumaire. Gravier prit avec le prêtre sacristain Delamarre l'initiative d'une réunion qui fut tenue le 25 brumaire pour prolester contre une mesure qu'il était permis de croire illégale; mais il faisait mauvais alors do réclamer justice : arrêté le 39 brumaire, et mis à l'Abbaye, Gravier essaya de se faire pardonner

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