DE ROBESPIERRE II
les principaux furent condamnés à mort, et, parmi ceux qui échappèrent au supplice, on en vit qui, errants, proscrits, traqués et trahis, succombèrent par la misère ou le suicide. Le mouvement fédéraliste est brisé par ce coup de force, et les insurrections de Lyon, de Marseille, de Bordeaux, de Bretagne et de Normandie sont cruellement réprimées *. Le parti
furent traduits devant le Tribunal révolutionnaire, et 7S mis en arrestation. Mais il en est qui figurent sur plusieurs listes, ce qui ramène le nombre des Girondins ou modérés à 139. (Aulard, Histoire politique de la Révolution^ p. Sga.)
1. On a fait un crime à quelques constitutionnels d'être entrés ilans le mouvement fédéralislc, et» en brumaire an II, quand les insermentés furent englobés dans la persécution religieuse, on affecta de croire, que, s*élant rangés parmi les ennemis de la République, c'est en ennemis qu'ils méritaient d*être traités.
Il est certain que trois évoques constitutionnels (Fauchet, du Calvados, Expilly, du Finistère et Roux, des Bouches-du-Rhône), ainsi que plusieurs prêtres, furent guillotinés comme fédéralistes : et que plusieurs ecclésiastiques, membres de la Convention, appartinrent au i)arti Girondin.
Je ferai remarquer cependant que ces derniers étaient les moins nombreux, que sur iG évêques constitutionnels députés, quatre, Fauchet, Royer, Cazenouve et Saurine, peuvent se ranger parmi l'opposition de droite, et que sur 36 prêtres, quatre seulement tirent preuve de sentiments modérés : les autres, presque tous défroqués, furent les plus acharnés des renégats. — Et d'ailleurs, ni le clergé est entré dans les assemblées, ainsi que dans les administrations départementales et communales, n'est-ce pas à la sollicitation des révolutionnaires, qui voulaient opposer à ce qu'ils appelaient a la coupable abstention » des insermentés, le zMe patriotique du a véritable clergé national » ? Engagés dans la twiitique, ils se croyaient en droit de soutenir leurs opinions, de se classer dans un parti ; quand il fut défendu d'appartenir au parti battu, ils en subirent les conséquences. Etait-ce là un motif pour envelopper dans une persécution générale tous les membres d'un clergé où les politiciens n'avaient jamais représenté qu'une inflme minorité ?
Il8 LA DICTATURE
avancé avait le champ libre, et, devant les diflicultés renaissantes, il se mit à improviser, sans plan, sans système, au petit bonheur, les mesures qu'il jugeait urgentes, si opposées qu'elles fussent à la légalité. Les Montagnards étaient accusés par leurs ennemis de faire un gouvernement révolutionnaire: ils ac<îeptèrent le mot et se parèrent de ce titre que Thistoire a consacré.
Trois hommes se disputaient la première place à la tête des Montagnards : Marat, peu sociable, effrayait par ses motions froidement atroces, et le souvenir des massacres de septembre le rendait par trop compromettant ; d'ailleurs le couteau de Charlotte Corday délivra la terre de ce monstre, le i3 juillet 1793.
Danton, plus mesuré, même dans ses violences, illustré par son incontestable patriotisme, n» sut pas, le 3i mai, se montrer à la hauteur de la situation : au lieu de foudroyer ses adversaires par quelque puissante invective, au lieu de leur montrer encore une fois la Patrie en danger les invitant à oublier leurs querelles et h se réconcilier pour la défendre, il se lança dans des négociations louches qui le compromirent de part et d'autre.
Robespierre, le plus effacé des trois rivaux, n'hésita pas à tenir tête à ses contradicteurs et les réduisit au silence : il était dès lors le chef de son parti, et, ce parti étant le plus fort, il était le maître de la France.
Ce n'est pas qu'au début son autorité ait été incontestée : même en frimaire an II, il fut parfois obligé de se taire, quand il aurait voulu parler, tergiverser pour donner au hasard l'occasion de lui tendre une