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laO LE TRIBUNAX REVOLUTIONXAIRE

proposer et à voter les lois les plus sanguiaaîres ; mais un jour la peur les groupera en une coalition passagère, composée des ennemis de la veille et de ceux du lendemain, unis pour renverser l'oppresseur. Quand il sera à terre, ils le chargeront de toutes les infamies qu'ils ont commises et dont ils rougissaient d'avoir été les complices.

Si la Terreur était pour Robespierre le moyen de gouvernement, son instrument préféré était le Tribunal Révolutionnaire. Du 3 avril 1798 au 2 avril 1794» ce tribunal sanglant avait prononcé 5o5 condamnations capitales. Du i3 germinal an II (3 avril 1794) au 22 prairial (10 juin), soit en 4o jours, il avait fait 677 victimes *. On jugea qu'il ne fonctionnait pas avec assez de rapidité et s'embarrassait dans une procédure surannée. La loi du 22 prairial supprima les quelques garanties qui restaient encore aux accusés : puisqu'on voulait se borner à condamner, point n'était besoin de perdre le temps du tribunal en formalités inutiles *. Plus d'instruction préalable (art. 12) : par le fait qu'ils étaient renvoyés devant le tribunal, ceux qui y comparaissaient étaient présumés coupables ; innocents, ils n'y auraient pas été déférés. Plus de témoins à décharge (art. i3), plus de défenseuis (art. 16). Les sentences rédigées d'avance, et même, comme il fut prouvé dans le procès de Fouquicr-Tinville, des sentences

1. Campardon. Le Tribunal révolutionnaire de Paris^ a vol., 1866.

— Borrial .Saint-Prix. Jxi Justice révolutionnaire, i vol. Paris, 1870.

— Wallon, Histoire du Tribunal révolutioimaire, 6 volumes, 1880, et aux Archives Nationales, la série \V.

a. Duvergier, Lois et décrets^ VU, aSa

LE TRIBUNAL REVOLUTIOXXAIHE 121

signées en blanc, où on avait négligé de porter les motifs de la condamnation, et jusqu'au nom exact des condamnés. Les jugements exécutoires sans délai ni appel, et souvent des fournées de suspects, inconnus les uns aux autres, mais déclarés complices de crimes imaginaires, étaient en 24 heures amenés h la Conciergerie, jugés, condamnés et conduits au couperet de la guillotine. Dans cette troisième période qui dure du 23 prairial jusqu'au 9 thermidor, la machine à condamner expédia 1.356 jugements portant sentence de mort, soit une moyenne de 27 par jour.

La très grande majorité des prêtres condamnés par le Tribunal Révolutionnaire venaient de province, expédiés par les Comités locaux, et en général, les ecclésiastiques ne représentent que le dixième des victimes faites par la Terreur. Il y eût cependant 3o prêtres parisiens guillotinés : 9 insermentés et ai constitutionnels.

L'un de ces derniers était Tabbé Bénière, curé de Ghaillot. Nous l'avons vu, en 1789, prendre une part active aux préparatifs de la Révolution ; il en fût récompensé par un siège de député suppléant, qu'il n'eut d'ailleurs pas l'occasion d'occuper. Dans son enthousiasme tout au moins naïf, il avait mis au service de la cause sa fortune qui était coîisidérable, sa parole qui n'était pas très éloquente, et sa plume, qui n'a produit aucun chef-d'œuvre. 11 faisait imprimer les allocutions qu'il prononçait à tout propos, et les distribuait à profusion ; il contribuait pour de fortes sommes à toutes les souscriptions patriotiques, et, par ce moyen, il avait groupé une ou deux douzaines d'in-

laa PRÊTRES CONSTITLTIO!«?ÎELS

dividus qui le croyaient un grand homme. Son ardeur fut cependant bien mal payée : il fut arrêté à la fin de brumaire an II. Personne ne prenait cette arrestation au sérieux : qui eût pu croire à la culpabilité de ce brave homme, un peu vaniteux peut-être, mais patriote, bienfaisant, et certainement inofîensif? C'était une erreur : comme tous les gens qui ont fait le bien, il avait des ennemis acharnés : une première fois, le 7 pluviôse, il avait échappé à une condamnation et le Tribunal Révolutionnaire l'avait absous. Il aurait dû être remis en liberté, mais, contre tout droit, il fut maintenu en prison, jugé de nouveau le 2 3 messidor, et cette fois condamné à mort. Il n'avait pas abdiqué, n'avait pas livré ses lettres et mourut comme un bon prêtre K On peut dire qu'il périt victime de haines particulières et ses dénonciateurs furent poursuivis après le 9 thermidor 2.

11 y eut à Paris deux périodes particulièrement dangereuses pour les prêtres : d'abord, les mois de brumaire et de frimaire jusqu'au vote de la loi qui défendait aux sociétés populaires de s'immiscer dans les affaires de police.

Ensuite, en floréal, il se produisit une recrudescence qui amena un grand nombre d'arrestations. Un décret rendu par la Convention le 27 germinal avait, interdit le séjour des villes aux ex-prêtres et aux cx-nobles ; et on vit refluer sur la banlieue environ 2.000 personnes appartenant à ces deux classes de suspects. Leur sur-

I. Arch. Nat., F^.ABgS. — W. >iii, d. 9^5. a. Ibid., F7./4627.

veillance était confiée à un représentant nommé Crassous et à un commissaire nommé Rousseville, tous deux farouches ennemis des prêtres. Rousseville, à en juger par ses rapports, était d'une activité débordante ; toujours en route, il stimulait ses subordonnés qui s'attendaient à chaque instant à le voir paraître, et se croyaient tenus de faire du zèle. Il faut dire que, dans les petites paroisses rurales de la banlieue, les habitants, gens pacifiques et traditionnels, avaientsuivi très mollement les exemples de la capitale. Les églises s'étaient rouvertes, le curé, même rétracté, avait été rappelé et les choses s'étaient remises à marcher comme avant, Crassous et Rousseville, en venant surveiller les nobles qui s'étaient retirés aux environs de Paris, ne tardèrent pas à se rendre compte de cette situation et entreprirent d'y mettre bon ordre : les municipalités qui n'étaient pas assez révolutionnaires furent u épurées », comme on disait ; on arrêta les prêtres et les laïques soupçonnés de « fanatisme » notamment à Rungis, Fontenay-aux-Roses, Vilry, Choisy, Vincennes, Maisons- Alfort, Romainville. Noisy- Je-Sec, Bondy, Bobigny, Clichy, Auteuil, Colombes. A Neuilly, Rousseville découvrit qu'une propriété avait été aménagée en maison de santé, sous le nom mythologique de (( Séjour d'Hygie » *, et que les prétendus malades étaient simplement des prêtres réfractaires ou des nobles soupçonnés d'intelligence avec les

I. A cette époque, peu de gens savaient bien TorthoRraphe, mais la mythologie était étudiée partout dans ses plus grands détails, et nul n*avait le droit d'ignorer ([^u' a Hygie » était la déesse de la santé.

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