PRÊTRES INSERMENTÉS
Sans asile, le pauvre abbé fut incarcéré et condamné h mort le 8 thermidor *.
La capture la plus importante avait été faite au Mont Valérien^. A l'endroit où se dresse aujourd'hui le fort qui domine Paris, il y avait un calvaire, auprès duquel vivaient des ermites, dont quelques-uns étaient prêtres, mais dont la plupart étaient de pieux chrétiens qui menaient là une vie de retraite et de pénitence. Le couvent avait été confisqué et vendu en 1791, mais Tachcteur, tout en cultivant les terres et en exploitant les bois, avait permis aux solitaires de rester dans leur maison. En 1793, la communauté comptait une cinquantaine de personnes, qui vivaient ignorées ou peut-être volontairement oubliées par l'indulgence de la municipalité do Rueil. De plus, aux anciens ermites s'étaient joints des prêtres insermentés qui venaient s'y reposer quand ils étaient traqués par la police et trouvaient là une cachette insoupçonnée où ils pouvaient refaire leurs forces épuisées par la vie pleine de fatigues et de dangers qu'ils avaient à mener. Un jour vint cependant où cet asile fut découvert : tous ses habitants furent conduits en prison. Trois des prêtres réfugiés au Mont-Valérien furent guillotinés : l'abbé Rougane, déjà arrêté une première fois au Séminaire Saint-Sulpice, était un polémiste ardent : il allait les poches bourrées de brochures qu'il distribuait à tout venant ; il en avait fait dix fois plus qu'il n'en fallait pour se faire condamner, mais cependant il déconcerta ses juges par la verdeur
1. Arch. Nat., F^ /,0i8. — \V. 433, d. 972. 3. Ibid., F7 477^".
de ses réparties *. Dom Nonant, supérieur des Chartreux, avait participé en 1789 a la rédaction des cahiers du clergé de Paris ; c'était un saint prêtre qui mourut comme il avait vécu *. L'abbé de Fénelon, petit neveu de l'arohevèque de Cambrai, après avoir eu une charge à la cour, avait renoncé aux honneurs et s'était installé au Séminaire des Missions Etrangères. Il se consacrait à l'évangélisation des jeunes savoyards qui exerçaient à Paris de petits métiers, comme celui de décrotteur, ramoneur ou montreur de marmotte ; le saint abbé s'occupait de leur instruction, les préparait à la première communion, veillait sur leur persévérance et cet humble ministère était couronné de succès. Incarcéré au Luxembourg, M. de Fénelon s'employa à ramener à Dieu ses compagnons de captivité ; c'étaient pour la plupart des nobles : les hommes étaient libertins et incrédules, les femmes légères et coquettes, et, dans leur insouciante frivolité, les prisonniers avaient fini par reprendre sous les verrous leur vie de dissipation. On riait beaucoup au Luxembourg, on y rimait, on y dansait : c'est tout ce que ces pauvres gens savaient faire quand ils n'essayaient pas de lier de coupables intrigues amoureuses : ils voulaient s'étourdir et oublier la mort qui les guettait. A ces écervelés M. de Fénelon rappelait qu'après avoir comparu devant le Tribunal Révolutionnaire, ils auraient à subir un autre jugement et celui-là bien plus redoutable encore et cependant combien d'entre eux n'y pensaient pas l