‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 209 sur 364 · I. Aulard, op. cil., pp. 3o7-3aa · texte numérisé non relu

I. Aulard, op. cil., pp. 3o7-3aa

3. Giiillaiime, Etudes récolntionnaires, i** série, chap. xiv à xix.

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mette et Cloolz aux fêtes de la Raison, comme ils auraient assisté à mi office musulman, s'il avait plu au dictateur d'introduire en France la religion de Mahomet. La plupart ne virent cependant dans toutes ces parades et ces déclamations qu'une farce dépourvue de sel ; les gens de goût et de sens commun, comme il en restait encore quelques-uns, les sceptiques, héritiers de l'esprit gouailleur de Voltaire, les hommes positifs qui voulaient à une situation embarrassée d'autres remèdes que des mots et des gestes, levèrent les épaules devant les attitudes de pontife de l'Apôtre du nouvel évangile ; mais ils avaient soin de n'en rien laisser voir, parce qu'ils n'auraient pas tardé à s'en repentir. Quant aux catholiques, à qui on avait dit, après le vote de la loi du i6 frimaire, que Robespierre voulait protéger la religion, ils s'offusquèrent à bon droit de ces parodies sacrilèges qui ressemblaient trop aux fêtes de la Raison, et ceux qui s'étaient fait quelques illusions se virent obligés d'y renoncer. Ils assistèrent en spectateurs désintéressés à la catastrophe du 9 thermidor.

L'organisation de la France présentait alors un mélange incohérent, mais en tout cas bien étrange, de centralisation et de décentralisation. L'anarchie semblait en être la formule : les sociétés révolutionnaires, dépositaires illégitimes, mais toutes puissantes du pouvoir absolu, paraissaient agir sans direction, sans contrôle et sans frein. Les représentants en mission sont également pourvus de pouvoirs discrétionnaires : et quand cet autocrate se nomme André Lebon, Carrier ou Fouché, ses passions se donnent libre cours ;

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libertins ou sanguinaires, ils font penser à Caligula OU a Behanzin. Il n'y a plus d'élections : ce sont les sociétés ou les représentants qui « épurent n les; autorités locales pour les avoir à leur image, qui nomment, destituent, emprisonnent sans recours à une loi qui n'existe pas, ou, si elle existe, n'est pasappliquée.

Cependant au milieu du chaos apparaît la volonté directrice de la Société-mère des Jacobins, qui transmet des ordres, dénonce les suspects et dicte les arrêts de mort... et derrière ce pouvoir anonyme, mais qui s'exerce au grand jour, on en devine un autre, occulte. Tout le monde sait qu'il en est le dépositaire, mais on se garde bien de le nommer. Je ne connais aucune pièce prouvant qu'à un moment quelconque Robespierre a donné un ordre écrit aux Jacobins, «\ la Commune de Paris ou au Tribunal révolutionnaire : souvent même il ne donnait pas d'ordre, même verbal, mais tant pis pour les maladroits qui ne savaient pas deviner ! Nul cependant n'ignorait que Pache et Fleuriot, à la Commune, Henriot à la tête de la Garde Nationale, Dumas, CofTinhal et Fouquier-Tinville, au Tribunal révolutionnaire, étaient les hommes de Robespierre, les confidents de sa pensée et les exécuteurs de sa volonté.

Seule, la Convention aurait pu faire contre-poids, mais sa majorité était à genoux devant le tyran et l'opposition était divisée en deux partis impuissants : les chefs avaient été immolés en germinal, leurs lieutenants proscrits: tout désir de revanche devait être tenu secret. Il fallut qu'ils sentissent que la proscrip-

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tion allait les atteindre pour qu'ils osassent lever la tête. C'est alors que se forma la coalition, que grossirent les dissidents du parti au pouvoir : ceux qui estimaient que leurs services avaient été mal rétribués et ceux qui s'irritaient de ne pas voir toutes leurs convoitises immédiatement satisfaites.

L'heure vint où allait se livrer la dernière bataille : il fallait vaincre ou mourir: et il ne s'agissait pas alors de cette formule devenue vide de sens à force d'avoir été répétée par les politiciens d'estaminet ou les stratégistes en chambre. Vaincre ou mourir avait ici un sens précis : d'un côté le pouvoir et de l'autre Téchafaud.

Robespierre entra dans la lice en ayant la conscience nette que la partie qu'il commençait avait pour enjeu sa léte, et, quoi qu'il fît, il fut écrasé par une majorité qui n'avait qu'un article dans son programme ; renverser le dictateur.

Parmi ses vainqueurs, il y avait surtout des athées, prédicateurs de matérialisme et ennemis acharnés de toute religion positive. Avec eux marchaient les apostats qui poursuivaient d'une haine farouche ceux qui n'avaient pas voulu les imiter et dans la constance desquels ils trouvaient une condamnation de leur conduite. Enfm suivait la troupe de ceux qui, absolument indifférents au fond, renchérissaient par courtisannerie, lâcheté ou ambition dans le sens des idées extrêmes qui semblaient dominer.

Ce fut cependant cette majorité d'incroyants, de renégats et d'impies qui par lassitude mit fin à la période sanglante de la persécution ; comment cela

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put-il arriver et comment un tel efîet sortit d'une cause qui, à première vue, ne paraissait pas destinée à le produire ?... c'est un des problèmes les plus curieux et les plus déconcertants de l'époque révolutionnaire, si riche cependant en contradictions et en incohérences. Le parti qui avait vaincu Robespierre était une coalition d'éléments disparates, composée des survivants des deux partis qui avaient été écrasés avec Danton et Hébert. Tout en se combattant, tout on se méprisant et en se traitant respectivement de a royalistes » et de « buveurs de sang, » ils étaient d'accord pour détester une tyrannie dont ils avaient failli être les victimes; mais, pendant que les uns réprouvaient franchement les excès du régime déchu, et d'autant plus qu'ils avaient été contraints de s'y associer, les autres n'en voulaient à Robespierre que de n'avoir pas su réussir et durer, d'avoir discrédité des idées qui étaient les leurs, en les maniant avec imprudence et pour son seul proflt personnel. Pour eux, la seule forme possible de gouvernement, au moins jusqu'à la paix, était la forme révolutionnaire et par là ils entendaient la concentration de toute autorité entre les mains de TAsseniblce et des Comités choisis par elle. Ainsi était violé le principe fondamental de la séparation des trois pouvoirs, législatif, judiciaire et exécutif, qui étaient inscrits dans la Déclaration des Droits de l'Homme, et que les Constituants avaient regardé comme une des plus précieuses de leurs conquêtes ; le gouvernement révolutionnaire était donc inconstitutionnel : ses auteurs en tombaient d'accord, mais ils prétendaient que dans la situation exceptionnelle où se trouvait le pays, il fallait

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